lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2400637 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | JU4 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 février 2024, Mme A B, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de son admission au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il méconnait son droit d'être entendu ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de son état de santé dégradé ;
- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations ente le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Binand pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Binand, magistrat désigné ;
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 25 février 1996, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 9 janvier 2024. Par cette requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 février 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé son admission au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République démocratique du Congo ou tout autre pays dans lequel elle établirait être légalement admissible pour sa reconduite à la frontière.
2. En premier lieu, la préfète de l'Oise a indiqué de manière suffisamment précise l'exposé des motifs de droit et des considérations de fait sur lesquels elle s'est fondée pour prendre son arrêté, tirés notamment de ce que Mme B ne peut plus se maintenir sur le territoire français en raison du rejet définitif de sa demande d'asile. Par suite, et alors que la préfète de l'Oise n'était pas tenue de décrire l'ensemble de la situation de l'intéressée, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
4. En l'espèce, il est constant que l'arrêté attaqué a été pris à l'issue du rejet de la demande d'asile présentée par Mme B. La requérante, qui a donc nécessairement été mise en mesure de faire valoir ses observations orales et écrites quant à la mesure d'éloignement à laquelle elle s'exposait en cas de rejet de cette demande ne se prévaut à l'instance d'aucun élément qu'elle n'aurait pu porter utilement sur ce point à la connaissance de l'autorité préfectorale avant l'édiction de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
5. En troisième lieu, Mme B soutient que la préfète de l'Oise a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en prononçant son éloignement alors qu'elle doit poursuivre la prise en charge médicale des pathologies gynécologiques qui lui est dispensée en France. Toutefois, les documents médicaux qu'elle produit, faisant seulement état d'une hospitalisation pour une myomectomie dont les suites ont été simples et d'une ordonnance de prescriptions, remontant au printemps 2023, dont la teneur ne renseigne ni sur les soins en cours, ni sur les difficultés que Mme B pourrait rencontrer pour y accéder en République démocratique du Congo, ne sont pas de nature à établir que la préfète de l'Oise, en lui faisant obligation de quitter le territoire français sous trente jours, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En quatrième lieu et dernier lieu, si la requérante se prévaut de craintes pour sa vie ou sa liberté en cas de retour dans son pays d'origine, elle n'apporte pas d'éléments circonstanciés à l'appui de ses allégations, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui n'est opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, en ce compris les conclusions à fin d'injonction ainsi que les conclusions présentées au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la préfète de l'Oise et à Me Tourbier.
Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 30 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
C. BINAND
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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