lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2400655 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | JU4 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 février 2024, M. A B, représenté par Me Homehr, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet de la Somme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administratif et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence de son signataire ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- la mesure d'éloignement et la décision d'interdiction de retour méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- c'est à tort que le préfet de la Somme s'est fondé sur l'absence de garanties de représentation suffisantes pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
La requête a été communiquée au préfet de la Somme qui n'a pas présenté d'observations.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Binand pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Binand, magistrat désigné.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain née le 14 avril 1999, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet de la Somme a refusé de renouveler son attestation de demandeur d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le Maroc ou tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible pour sa reconduite à la frontière et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
2. En premier lieu, par un arrêté du 15 janvier 2024, régulièrement publié le même jour au numéro spécial du recueil des actes administratifs de la préfecture de la Somme, le préfet de ce département a donné délégation à M. Emmanuel Moulard, secrétaire général de la préfecture de la Somme, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, documents et correspondances diverses relevant des attributions de l'État dans le département de la Somme à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas les actes et décisions concernant le séjour et l'éloignement des ressortissants étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions litigieuses doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que, pour fonder la décision d'interdire M. B de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet de la Somme, après avoir rappelé les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application, a pris en considération la durée récente du séjour de l'intéressé en France, la nature et l'ancienneté de ses attaches sur le territoire, le fait que son comportement menace l'ordre public ainsi que la circonstance qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Ainsi, M. B a été en mesure de connaitre les motifs pour lesquels cette décision a été prise au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10. Par suite, at alors que le préfet de la Somme n'était pas tenu de décrire l'ensemble de la situation de M. B, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré récemment sur le territoire français en 2024. Il est célibataire et sans enfant à charge, et ne démontre pas disposer de liens privés ou familiaux d'une intensité particulière en France alors qu'il conserve des attaches dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 18 ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soulevé à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour doit être écarté.
5. En quatrième lieu, si M. B soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, il n'apporte aucune dénégation circonstanciée quant à la matérialité des faits de vols commis en réunion le 20 février 2024, relevés dans le procès-verbal de son audition du 21 février 2024, pour lesquels il a été interpellé et placé en garde à vue. Dans ces conditions, et compte tenu de la faible intensité de ses liens avec la France ainsi qu'il a été dit au point 4, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Somme a entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
6. En cinquième et dernier lieu, si M. B soutient que le préfet de la Somme a fait une inexacte application des dispositions du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, qu'il ne justifie pas de garanties de représentation suffisantes, il n'apporte aucun élément de nature à infirmer le bien-fondé des motifs de l'arrêté litigieux selon lesquels il ne dispose pas d'une résidence effective et permanente et qu'il n'a présenté aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité, qui seraient de nature à constituer de telles garanties. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en ce compris les conclusions présentées au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Somme et à Me Homehr.
Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 30 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
C. BINAND
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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