vendredi 13 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2400684 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 23 février 2024, le 18 avril 2024 et le 20 avril 2024, M. C B, représenté par Me Racle, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Aisne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 12 mars 2024 et le 31 mai 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Parisi, conseillère ;
- et les observations de Me Racle, représentant M. C B, présent, ainsi que les observations de ce dernier.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant tunisien né le 12 octobre 1996, est entré sur le territoire français le 13 février 2018, selon ses déclarations. Par un arrêté du 26 janvier 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de français, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
3. S'il est constant que M. B est marié à une ressortissante française depuis le 5 novembre 2022, il n'établit pas, par la seule production d'une attestation de son épouse et d'une facture à leurs deux noms datés du 10 mai 2020, l'ancienneté de leur relation, avant le mois de juillet 2022, date à laquelle le requérant affirme avoir emménagé avec son épouse à Saint-Quentin. En outre, s'il ressort des pièces du dossier que M. B est pleinement investi en sa qualité de beau-père des enfants de son épouse et notamment qu'il participe activement à l'éducation du fils de celle-ci qui nécessite un suivi éducatif spécialisé, aucune des pièces produites ne permet d'établir qu'une séparation avec cet enfant aurait des conséquences dommageables sur la santé de ce dernier. En outre, M. B ne se prévaut d'aucun obstacle à ce qu'il retourne en Tunisie, où résident par ailleurs ses parents et ses sœurs, le temps nécessaire à l'accomplissement des démarches permettant son entrée régulière en France. Dans ces conditions, la séparation d'avec son épouse et ses beaux-enfants induite par de telles démarches n'apparaît pas, à la date de l'arrêté attaqué, qu'il appartient au juge de l'excès de pouvoir de prendre en compte pour en apprécier la légalité, comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cet arrêté a été pris. Dans ces conditions, eu égard aux circonstances propres à la vie familiale du requérant et aux conditions de son séjour sur le territoire français, et en dépit de sa volonté d'insertion professionnelle, la préfète de l'Oise n'a pas méconnu les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales citées au point précédent. Un tel moyen doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, de autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
5. Si M. B se prévaut des liens qu'il a noués avec les enfants de sa conjointe nés d'une précédente union, et notamment avec le fils de cette dernière dont l'éducation nécessite un suivi spécialisé, et du bouleversement qu'engendrerait son départ forcé du territoire, l'arrêté attaqué n'a pour effet, ainsi qu'il a été dit, de le séparer de ces derniers que pour le temps utile à la régularisation de sa situation sans qu'il ressorte des pièces du dossier qu'une telle séparation emporterait par elle-même, eu égard aux circonstances tenant à la vie familiale du requérant exposées au point 3, des conséquences qui seraient de nature à caractériser une méconnaissance des stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant qui viennent d'être rappelées. Il s'ensuit qu'un tel moyen doit être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction de la requête ainsi que de celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- M. A, magistrat honoraire,
- Mme Parisi, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
J. PARISI
Le président,
Signé
C. BINAND
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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