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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400685

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400685

lundi 4 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400685
TypeDécision
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantNGOUNOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 février 2024 et le 1er mars 2024, M. A B, représenté par Me Ngounou demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2024 par lequel le préfet de l'Aisne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à titre subsidiaire, sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 de ce code ;

4°) à défaut, d'enjoindre au préfet de l'Aisne, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, de procéder au réexamen de sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il a été pris au terme d'une procédure méconnaissant son droit d'être entendu ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de consultation de la commission du titre de séjour ainsi que du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il est entaché d'erreur de droit dès lors que sa situation n'a pas été appréciée au regard de la convention franco-camerounaise, ni au regard des articles L. 435-1 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui auraient permis son admission au séjour ;

- le risque de fuite au sens de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas établi par le simple fait qu'il se soit soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie de motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour notamment du fait de l'ancienneté de sa présence en France, de son état de santé, lequel empêche son départ de France, et de sa parfaite intégration sur le territoire français ;

- il est illégal du fait de l'illégalité de la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis rejetant implicitement sa demande de titre de séjour dès lors qu'elle est entachée d'un défaut de motivation, qu'elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de consultation de la commission du titre de séjour ainsi que du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que sa situation n'a pas été appréciée au regard de la convention franco-camerounaise, ni au regard des articles L. 435-1 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui auraient permis son admission au séjour et enfin, que cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation puisqu'il justifie de motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation de la requête dirigées contre la décision implicite de rejet du préfet de la Seine-Saint-Denis sont irrecevables, d'une part, puisque dirigées contre une décision qui, ne faisant pas grief, n'est pas susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir et d'autre part, puisque tardives ;

- les conclusions de la requête à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté portant assignation à résidence sont irrecevables dès lors qu'aucun moyen de droit ou de fait n'est soulevé à l'encontre de cet arrêté ;

- en tout état de cause, les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Beaucourt, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beaucourt, magistrate désignée,

- les observations de Me Ngounou, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que le comportement du requérant n'a jamais représenté une menace pour l'ordre public et que l'arrêté attaqué a été pris sans examen particulier de sa situation personnelle et familiale dès lors qu'il est assigné à résidence à Laon alors qu'il dispose d'un domicile en Île-de-France où il vit avec sa concubine et les enfants de cette dernière.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant camerounais né le 15 janvier 1967, déclare être entré en France 20 août 2012. Par un arrêté du 23 février 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Aisne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

4. Il ressort des écritures produites par M. B, et après avoir obtenu confirmation sur ce point par son conseil au cours de l'audience publique, que ce dernier entend seulement exciper de l'illégalité de la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis rejetant implicitement sa demande de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté du 23 février 2024 portant assignation à résidence. Dans ces conditions, il s'ensuit que les fins de non-recevoir opposées par le préfet de l'Aisne ne peuvent qu'être écartées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français ". En outre, l'article L. 733-2 de ce code dispose que : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures () ".

6. L'arrêté attaqué, qui indique que " M. B peut bénéficier d'une adresse stable au DPAR, chez Coallia, 1 rue des Minimes, 02000 Laon " fait obligation à ce dernier de demeurer à cette adresse ainsi que de se présenter tous les jours, y compris les dimanches et les jours fériés, au commissariat de Laon et lui interdit de sortir de l'arrondissement de Laon sans autorisation. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment des justificatifs d'hébergement et de l'attestation de sa concubine au dossier, que le requérant, ainsi qu'il l'a d'ailleurs déclaré lors de son audition par les services de police, justifie résider, depuis le mois d'octobre 2016 au moins, au 57 rue de la République à Bobigny dans le département de la Seine-Saint-Denis, où ses différentes demandes de titre de séjour ont d'ailleurs toutes été instruites. Alors que M. B ne dispose d'aucun quelconque lien ou domicile sur le territoire de la commune de Laon, le préfet de l'Aisne a, en y assignant ce dernier, entaché son arrêté d'un défaut d'examen sérieux.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 23 février 2024 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. L'annulation prononcée par le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Il résulte des dispositions combinées des articles 37, 43 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ainsi que des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative que le bénéficiaire de l'aide juridictionnelle ne peut demander au juge de condamner à son profit la partie perdante qu'au paiement des seuls frais qu'il a personnellement exposés, à l'exclusion de la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle confiée à son avocat. L'avocat de ce bénéficiaire peut demander au juge de condamner la partie perdante à lui verser la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client, si ce dernier n'avait eu l'aide juridictionnelle, à charge pour l'avocat qui poursuit, en cas de condamnation, le recouvrement à son profit de la somme qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

10. M. B n'établit, ni même n'allègue, avoir exposé des frais autres que ceux pris en charge par l'État au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été accordée à titre provisoire par le présent jugement. Dans ces conditions, les conclusions qu'il présente à son profit sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 23 février 2024 du préfet de l'Aisne est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Aisne et à Me Ngounou.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2024.

La magistrate désignée,

Signé

P. BEAUCOURTLa greffière,

Signé

S. GRARE

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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