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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400701

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400701

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400701
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHOMEHR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 février 2024, Mme A B, représentée par Me Homehr, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Aisne lui a refusé un la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de l'Aisne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sans délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit au regard des articles L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 5221-2 du code du travail dès lors que le préfet ne pouvait légalement refuser la délivrance du titre de séjour sans se prononcer préalablement sur sa demande d'autorisation de travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 13 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fumagalli, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante de la République du Congo née le 7 avril 1970 est entrée sur le territoire français le 13 octobre 2018 sous le couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour en tant que conjointe de ressortissant français et valable un an à compter du 5 octobre 2018. L'intéressée a été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 30 octobre 2019 au 29 octobre 2021 portant la mention " vie privée et familiale ". Le 6 octobre 2021, l'intéressée a sollicité la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 janvier 2024, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. Aux termes de l'article L.421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail () ". Aux termes de l'article L.5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ". Aux termes de l'article R.5221-1 du même code : " I.-Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne () II. La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la demande d'autorisation de travail présentée pour un étranger qui est déjà présent sur le territoire national doit être adressée au préfet, autorité investie du pouvoir décisionnel, par l'employeur et que, dans l'hypothèse où les services de la préfecture ou les services chargés de l'emploi ont été saisis d'une telle demande, le préfet ne peut refuser l'admission au séjour de l'intéressé au motif que ce dernier ne produit pas d'autorisation de travail ou de contrat de travail visé par l'autorité compétente. En pareille hypothèse, il appartient en effet au préfet de faire instruire la demande d'autorisation de travail par ses services avant de statuer sur la demande d'admission au séjour.

4. Le préfet de l'Aisne a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité par la requérante au motif que l'intéressée, malgré une demande en ce sens de la préfecture, n'a pas produit la demande d'autorisation de travail que son employeur devait souscrire pour elle en vertu de l'article R. 5221-12 du code du travail.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été recrutée en dernier lieu par la société SAS Challancin en tant qu'agent de service par un contrat à durée indéterminée à compter du 6 avril 2023. Les services de la préfecture de l'Aisne ont adressé à Mme B un courrier en date du 7 septembre 2023 lui demandant de justifier de la détention préalable d'une autorisation de travail. Par une lettre du 14 septembre 2023, produite en défense, l'intéressée a répondu ne pas être en mesure de produire la demande d'autorisation de travail prévue, ni de justifier qu'une telle demande ait été souscrite par son employeur dès lors que ce dernier aurait refusé de déposer une telle demande. S'il incombait à l'administration de faire instruire la demande d'autorisation de travail par ses services avant de se prononcer sur la demande de délivrance de titre de séjour en qualité de salarié de Mme B, qui séjournait régulièrement sur le territoire à la date de cette demande, il appartenait à l'employeur de cette dernière de souscrire une telle demande, ce qui n'a pas été le cas en l'espèce ainsi que le fait valoir le préfet de l'Aisne. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de l'Aisne et à Me Homehr.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Richard, premier conseiller,

M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

La présidente,

signé

C. Galle

Le rapporteur,

signé

E. Fumagalli Le greffier,

signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400701

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