vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2400735 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU3 |
| Avocat requérant | TURPIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 28 février et 20 mars 2024, M. A D, représenté par Me Turpin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2024 par lequel le préfet de l'Aisne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de réexaminer sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de condamner l'Etat au versement d'une somme de 1 000 euros à son avocat sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'illégalité, dès lors qu'il ne constitue par une menace à l'ordre public et ne présente pas de risque de fuite ;
- la décision fixant l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
La présidente du tribunal administratif d'Amiens a désigné M. Thérain pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, en présence de M. B, interprète :
- le rapport de M. Thérain, vice-président,
- et les observations de Me Turpin, avocate commise d'office, assistant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien né le 7 février 1997, déclare être entré en 2019 sur le territoire français, où il a déposé une demande d'asile le 27 mars 2018. Cette demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 mai 2018. Par un arrêté du 23 février 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de l'Aisne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué vise les dispositions législatives et règlementaires dont il fait application et indique les circonstances de fait sur lesquelles il se fonde. Au surplus, le requérant ne démontre pas s'être prévalu devant l'autorité administrative de circonstances particulières dont le défaut de mention constituerait un vice de motivation. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
4. Si M. D se prévaut de ce qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française, laquelle aurait donné naissance à un enfant le 4 avril 2021, il n'apporte aucun élément à l'appui de ces allégations et ne démontre en tout état de cause pas contribuer effectivement à l'entretien et l'éducation de cet enfant. Le requérant ne démontre par ailleurs pas disposer d'autres attaches personnelles en France ni en être dépourvu dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-deux ans. En outre, M. D ne démontre pas la réalité des risques qu'il soutient encourir en cas de retour dans son pays d'origine et qu'il ne décrit d'ailleurs pas. Il s'ensuit que la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant l'Algérie comme pays de destination ne méconnaissent pas les stipulations précitées.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ".
6. Il est constant que M. D a fait l'objet de deux condamnations prononcées par les tribunaux correctionnels de Lille et de Saint-Quentin pour des faits, d'une part, de détention et d'acquisition non autorisées de stupéfiants et recel de bien provenant d'un vol, et d'autre part, de violence aggravée par deux circonstances suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours, dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, refus de se soumettre au prélèvement biologique destiné à l'identification de son empreinte génétique et refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques dans un fichier de police par personne soupçonnée de crime ou délit. Dans ces conditions, le préfet de l'Aisne a considéré à bon droit que le comportement de M. D constituait une menace à l'ordre public à raison de ces circonstances et a légalement pu refuser de lui accorder un délai de départ volontaire pour ce seul motif, sans qu'il soit nécessaire de relever si l'intéressé présentait un risque de fuite.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
8. Alors qu'aucune circonstance humanitaire ne s'y opposait, le préfet de l'Aisne a légalement pu prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. D, et, pour les mêmes motifs que ceux relevés ci-dessus aux points 4 et 6, n'a pas donné à cette mesure des effets disproportionnés en fixant sa durée à cinq ans.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. D, qu'il y a lieu d'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles qu'il présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet de l'Aisne.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024
Le vice-président désigné,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Bordeaux — N° TA33-2604347
Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête en référé suspension de M. A..., ressortissant béninois, contre un arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligeant à quitter le territoire. Concernant l'obligation de quitter le territoire, le juge a jugé les conclusions irrecevables en raison de l'existence d'une procédure spéciale de recours suspensif prévue à l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sur le refus de séjour, la condition d'urgence n'étant pas contestée, le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment le défaut d'examen particulier et la méconnaissance de l'article L. 422-1 du même code, n'était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La requête a donc été rejetée dans son intégralité.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Bordeaux — N° TA33-2604358
Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision de rupture de contrat de Mme B... prise par le maire de Léognan. Le juge a relevé que la requérante n'avait pas introduit de requête distincte en annulation, rendant ses conclusions à fin de suspension manifestement irrecevables. Par ailleurs, il a estimé que l'urgence n'était pas caractérisée, l'agent en période d'essai ne bénéficiant pas d'un droit à la poursuite de son contrat et son absence non justifiée à l'entretien préalable ne permettant pas de retenir un préjudice grave et immédiat.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2602937
Le Tribunal administratif de Montpellier, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision du ministre de l’intérieur du 26 mars 2026 informant M. A... de la perte de validité de son permis de conduire. La requête a été jugée irrecevable car M. A... n’avait pas déposé de recours en annulation parallèle, condition prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative. À titre subsidiaire, le juge a estimé que le moyen tiré de ce que les infractions auraient été commises par son fils n’était pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision, la réalité des infractions étant établie par le paiement des amendes forfaitaires conformément à l’article L. 223-1 du code de la route.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2604046
Le Tribunal administratif de Montpellier, statuant en référé, a rejeté la demande de Mme B... qui sollicitait la suspension de saisies administratives à tiers détenteur émises pour le recouvrement de taxes foncières. La requérante invoquait l'urgence en raison de sa faible pension de retraite et un doute sérieux sur la légalité des saisies, notamment pour non-exigibilité d'une partie de la créance. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, faute pour Mme B... de justifier de conséquences graves liées à l'exécution des saisies. La requête a été rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026