lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2400824 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | JU4 |
| Avocat requérant | HAIK |
Vu la procédure suivante :
I) Par une requête, enregistrée le 3 mars 2024 sous le n° 2400824, Mme B A, représentée par Me Ndayisaba, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé son admission au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur le refus de séjour :
- cette décision est entachée d'un vice d'incompétence de son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision méconnait les dispositions de l'article L. 314-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que la préfète n'a pas saisi le maire de la commune où il réside ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- la préfète de l'Oise s'est crue liée par le rejet de sa demande d'asile pour l'éloigner et n'a pas procédé à l'examen de sa situation personnelle ;
Sur le pays de renvoi :
- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est entachée d'un vice d'incompétence de son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
II) Par une requête, enregistrée le 12 mars 2024 sous le n° 2400969, Mme B A, représentée par Me Haik, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé son admission au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à titre principal ou, à défaut de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail dans les mêmes conditions ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence de son signataire ;
- il méconnait son droit d'être entendu ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation tiré des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Binand pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Binand, magistrat désigné.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante rwandaise née le 1er janvier 1993, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 23 janvier 2024. Par ces requêtes, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 février 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé son admission au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Rwanda ou tout autre pays dans lequel elle établirait être légalement admissible pour sa reconduite à la frontière.
2. Les requêtes de Mme A sont dirigées contre le même arrêté et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour qu'il soit statué par un même jugement.
Sur le refus d'admission au séjour au titre de l'asile :
3. En premier lieu, l'arrêté du 15 février 2024 a été signé par M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, lequel disposait pour ce faire d'une délégation de signature de la préfète de l'Oise en date du 14 septembre 2023 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
5. En l'espèce, il est constant que l'arrêté attaqué a été pris à l'issue du rejet de la demande d'asile présentée par Mme A. La requérante, qui a donc nécessairement été mise en mesure de faire valoir ses observations orales et écrites quant à la mesure d'éloignement à laquelle elle s'exposait en cas de rejet de cette demande ne se prévaut à l'instance d'aucun élément qu'elle n'aurait pu porter utilement sur ce point à la connaissance de l'autorité préfectorale avant l'édiction de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
6. En troisième lieu, la préfète de l'Oise a indiqué de manière suffisamment précise l'exposé des motifs de droit et des considérations de fait sur lesquels elle s'est fondée pour refuser d'admettre Mme A au séjour en qualité de réfugiée, en raison du rejet définitif de sa demande d'asile. Par suite, at alors que la préfète de l'Oise n'était pas tenue de décrire l'ensemble de la situation de l'intéressée, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
7. En quatrième lieu, si la requérante soutient que l'arrêté attaqué mentionne à tort qu'elle ne justifie pas disposer d'attaches familiales sur le territoire français, alors qu'elle justifie à l'instance de son mariage avec avec M. C, compatriote séjournant en France depuis 2014 en qualité de réfugié, il ne ressort pas des pièces du dossier, toutefois, que cette relation présente un caractère de stabilité, alors que le mariage n'a été contracté qu'en février 2022 en Ouganda où Mme A était domiciliée alors que son époux résidait en France, sans que l'antériorité de la relation depuis le mois d'août 2021 soit établie, que Mme A n'est entrée en France qu'en décembre 2022, qu'elle n'a pas fait état de sa situation matrimoniale durant l'instruction de sa demande d'asile, qu'elle est hébergée dans un centre d'accueil pour demandeur d'asile dans l'Oise alors que son époux réside dans l'Aisne, et que sont seulement produits, pour établir la communauté de vie alléguée au domicile de son époux depuis son entrée en France, que des documents du fournisseur d'énergie électrique établis aux deux noms mais insuffisamment probants, par leur teneur pour en attester. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que la préfète a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de l'arrêté sur sa situation personnelle.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, si Mme A soutient que l'arrêté attaqué a méconnu les dispositions de l'article L. 314-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est constant qu'elle n'a pas sollicité la délivrance d'une carte de résident conditionnée à la condition d'intégration républicaine prévue par ces dispositions. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
9. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté, la préfète ayant exposé les motifs de droit et de fait, pour lesquels Mme A ne dispose plus du droit de se maintenir en France après le rejet définitif de sa demande d'asile.
10. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Oise n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de Mme A et se serait crue en situation de compétence liée par le rejet de sa demande d'asile pour décider la mesure d'éloignement attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.
11. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur le pays de renvoi :
12. Si Mme A se prévaut de craintes pour sa vie ou sa liberté en cas de retour dans son pays d'origine, elle n'apporte aucun élément probant à l'appui de ses allégations, alors d'ailleurs que sa demande d'asile a été définitivement rejetée motif pris du caractère peu convaincant de ses déclarations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales de ces stipulations doit être écarté. Il en est de même, dans les circonstances de l'espèce qui ont été rappelées, de celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont cette décision serait entachée au regard de ses conséquences sur la situation de la requérante.
13. Il résulte de tout ce qui précède, et alors que la préfète de l'Oise n'a pas assorti la mesure d'éloignement qu'elle a prononcée d'une interdiction de retour sur le territoire français, que les requêtes de Mme A doivent être rejetées, en ce compris les conclusions à fin d'injonction, d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 30 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
C. BINAND
Le greffier,
Signé
N. VERJOT La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2400824 - 2400969
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026