lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2400831 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 mars 2024, Mme A, épouse C, représentée par Me Sadoun, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet a examiné sa situation au regard des stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 29 décembre 1968 alors que sa demande est fondée sur les stipulations de l'article 6-5) du même accord ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme dès lors qu'elle justifie d'une présence continue et régulière en France depuis plus de cinq ans, que sa famille proche réside sur le territoire français et que sa fille est scolarisée en France depuis plus de trois ans ;
- elle méconnaît les stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'elle aura pour effet de bouleverser la scolarité de sa fille ;
- pour les mêmes motifs, elle est entachée d'erreurs de fait et d'une erreur manifeste dans l'appréciation s'agissant de ses conséquences sur sa situation personnelle,
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour qui en constitue le fondement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Binand, président ;
- et les observations de Me Sadoun, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, épouse C, ressortissante algérienne née le 13 mai 1975, est entrée en France le 26 mars 2017 et a sollicité le 10 mai 2022 la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 26 janvier 2024, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement.
Sur le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sous trente jours :
2. L'arrêté contesté a été signé par M. Alain Ngouoto, secrétaire général de la préfecture de l'Aisne, lequel disposait pour ce faire d'une délégation de signature du préfet de l'Aisne en date du 13 septembre 2023 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, incluant les décisions en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
3. En premier lieu, la circonstance que le préfet de l'Aisne, sans se borner à examiner sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ou au titre de son pouvoir de régularisation la demande de délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dont Mme A l'avait saisi, a également examiné d'office, comme il le lui était loisible, la possibilité d'admettre l'intéressée au séjour pour exercer une activité salariée est, par elle-même sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont l'arrêté attaqué serait entaché à ce titre doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a vécu en France durant sa petite enfance jusqu'à l'âge de douze ans, puis en Algérie, où elle s'est mariée en 1999, avant d'entrer de nouveau sur le territoire français, le 26 mars 2017 avec sa fille cadette, née en Algérie le 8 décembre 2007, chacune étant munie d'un visa de court séjour. Elle fait valoir disposer en France d'attaches familiales constituées, outre sa fille cadette, scolarisée en classe de première à la date de l'arrêté attaqué, par ses parents, en situation régulière de séjour, ses deux frères, qui sont français et son fils majeur, qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire. Elle n'est pas isolée dans son pays d'origine, où elle a vécu durant trente ans et où réside d'ailleurs toujours son mari, avec lequel il n'est pas contesté que sa fille et elle conservent des contacts réguliers. Dans l'ensemble de ces circonstances compte tenu de la durée de son séjour et des attaches familiales respectives nouées avec la France et l'Algérie, et en dépit de l'insertion par les activités associatives humanitaires que Mme A fait valoir, le préfet n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de cette dernière une atteinte disproportionnée aux buts qu'il a poursuivis et n'a donc pas méconnu les stipulations rappelées au point précédent. Il n'a pas davantage commis d'erreur de fait ou d'erreur manifeste d'appréciation, en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation pour admettre Mme A au séjour, alors qu'il ne ressort pas des pièces qu'elle verse au dossier que le maintien de sa présence en France serait justifié par des considérations d'ordre médical ou tenant à une poursuite satisfaisante du cursus scolaire de sa fille, en l'absence de justificatifs étayant ses allégations sur ce point. Il s'ensuit que les moyens soulevés en ce sens doivent être écartés.
6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. Si la requérante soutient que sa fille ne sera pas en mesure de poursuivre utilement sa scolarité en Algérie, à défaut de maîtriser la langue arabe utilisée dans l'enseignement secondaire, elle n'apporte toutefois aucun élément de nature à étayer cette assertion. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, qui, au demeurant, n'a pas pour effet, par elle-même, d'interrompre la scolarisation de sa fille, a méconnu les stipulations de la convention internationale des droits de l'enfant rappelées au point précédent.
8. En quatrième et dernier lieu, il résulte de tout ce qui vient d'être dit, que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ne peut qu'être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A, doit être rejetée en toutes ses conclusions, en ce compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A épouse C et au préfet de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme Parisi, conseillère,
- M. B, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.
Le président-rapporteur,
Signé
C. BINAND
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
J. PARISILe greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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