mercredi 13 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2400832 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 mars 2024, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 mars 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle a méconnu le principe du contradictoire garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne repris à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'il n'a pas été en mesure de présenter ses observations ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il se trouve dans l'impossibilité de bénéficier d'un soutien familial dans son pays d'origine, qu'il exerce le métier de menuisier qui est un métier en tension, qu'il paye ses factures et gagne sa vie, et qu'il a tissé des liens amicaux en France ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'ancien article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et est parfaitement intégré.
La préfète de l'Oise a produit des pièces, enregistrées le 7 mars 2024 et le 11 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Parisi, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Parisi, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant serbe né le 22 janvier 1954, est entré sur le territoire français en janvier 2024, selon ses déclarations. Par un arrêté du 4 mars 2024, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, et lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an. Par un arrêté du même jour, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq-jours. Par la requête susvisée, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 4 mars 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, et lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / (). ".
3. L'arrêté attaqué, en tant qu'il oblige M. B à quitter le territoire français, vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier le 2° de son article L. 611-1 dont il fait application. Cet arrêté mentionne que l'intéressé déclare être entré sur le territoire français en janvier 2024 sans le prouver, et qu'il doit être regardé comme s'étant maintenu sur le territoire français à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que la préfète de l'Oise s'est livrée à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prononcer une mesure d'éloignement à son encontre. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : /- le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Le droit d'être entendu, qui est une composante du respect des droits de la défense, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en exécution de cette obligation, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.
6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de son audition suite à son interpellation le 4 mars 2024 par les services de la gendarmerie nationale, produit par la préfète de l'Oise en défense, que M. B a fait l'objet d'un examen de sa situation administrative avant que la préfète de l'Oise ne prenne les décisions attaquées, et que ses déclarations ont été ainsi prises en compte par l'autorité administrative, notamment sa date d'entrée en France et sa situation familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français litigieuse a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
8. Si M. B soutient exercer le métier de menuisier, gagner sa vie et avoir développé des relations amicales en France, il ne produit toutefois aucune pièce à l'appui de ses allégations. Dans ces conditions, et alors qu'il déclare dans ses écritures être entré en France en janvier 2024, M. B ne peut se prévaloir d'attaches privée ou familiale d'une intensité particulière en France eu égard notamment au caractère récent de son arrivée sur le territoire français. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire, la préfète de l'Oise a porté une atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme cité au point qui précède, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Ce moyen doit donc être écarté.
9. En dernier lieu, M. B ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué, qui ne contient aucune décision lui refusant le séjour, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont en outre abrogées à la date de l'arrêté attaqué et reprises à l'article
L. 423-23 du même code, qui ne prévoient pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour. Ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.
La magistrate désignée,
Signé :
J. PARISI
La greffière,
Signé :
S. GRARE
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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