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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400902

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400902

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400902
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPEREIRA EMMANUELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mars 2024, M. A B, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2024, par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Cameroun comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision lui refusant le séjour est entachée d'une erreur de droit, dès lors que sa situation ne relève pas des dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de son intégration en France et de son état de santé ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle aurait des conséquences excessives et disproportionnées sur sa situation personnelle ;

- la décision de lui octroyer un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'une erreur d'appréciation, compte tenu du délai nécessaire pour valider son diplôme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,

- et les observations de M. B, assisté de Me Pereira.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant camerounais, né le 5 janvier 2002, déclare être entré en France le 10 octobre 2018, alors qu'il était âgé de seize ans et a bénéficié de trois titres de séjour successifs jusqu'au 23 février 2023. Par un arrêté du 14 février 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Cameroun comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. / Elle est renouvelée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a présenté une demande de titre de séjour en qualité de travailleur temporaire. D'une part, s'il soutient que cette demande ne pouvait que constituer une demande de renouvellement du titre de séjour dont il a bénéficié jusqu'au 23 février 2023, lequel lui aurait été délivré sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne le démontre pas, alors au surplus qu'il avait atteint l'âge de dix-neuf ans le 5 janvier 2021. D'autre part, alors même qu'il était autorisé à travailler dans le cadre d'un contrat d'apprentissage jusqu'au 31 août 2023, il ne justifie pas de l'effectivité d'une relation d'emploi au-delà de cette date et, s'il fait valoir un contrat pour une formation en maçonnerie débutée au mois de décembre 2023, il ne justifie pas d'un emploi associé à cette formation. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait commis une erreur de droit en examinant sa demande sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la circonstance que l'instruction de sa demande ait duré une année étant sans incidence sur la légalité de la décision qu'il conteste.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

5. M. B déclare être entré sur le territoire français le 10 octobre 2018, alors qu'il était âgé de seize ans et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité, puis il a bénéficié de trois titres de séjour, en qualité de travailleur temporaire, jusqu'au 23 février 2023. S'il justifie de l'obtention de deux certificats d'aptitude professionnelle en 2021, puis en 2023, dans le secteur du " bâtiment et travaux publics ", à l'occasion desquels il a conclu des contrats d'apprentissage, ainsi que de plusieurs formations ponctuelles complémentaires, suivies concomitamment, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que ces formations, qui ne constituent pas une circonstance exceptionnelle par elles-mêmes, aient abouti à un emploi. Par ailleurs, alors qu'il est constant qu'il est atteint d'une pathologie nécessitant un suivi annuel, cette circonstance n'est pas non plus de nature à justifier par elle-même le caractère exceptionnel de la situation de l'intéressé, qui n'a, au demeurant, pas présenté de demande de titre de séjour à raison de son état de santé. Enfin, s'il se prévaut d'une inscription dans un club sportif depuis plusieurs années, M. B est célibataire, n'a pas d'enfant, et ne fait état d'aucune attache particulière en France. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.

6. En troisième lieu, M. B ne démontre pas ne pas pouvoir poursuivre sa formation au Cameroun, ni qu'il ne pourrait y bénéficier du suivi de son état de santé. Par suite, et compte tenu des éléments de sa situation exposés précédemment, l'intéressé, qui ne conteste pas ne pas être dénué de toute attache dans son pays d'origine, n'est pas fondé à soutenir que la décision d'éloignement prise à son encontre aurait des conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle.

7. En dernier lieu, s'il ressort des pièces du dossier que M. B est inscrit à une formation jusqu'au mois de juin 2024, l'intéressé n'établit pas la nécessité de rester sur le territoire français pour achever cette formation, ni l'échéance d'examens auxquels il serait convoqué. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours, alors qu'il ne soutient, ni même n'allègue avoir demandé à bénéficier d'un délai différent, résulterait d'une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fins d'injonction, ainsi que celles qu'il présente sur le fondement des dispositions des articles L.-761 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de l'Oise et à Me Pereira.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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