lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2400904 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | JU4 |
| Avocat requérant | QUENNEHEN-TOURBIER |
Vu la procédure suivante :
I) Par une requête, enregistrée le 11 mars 2024 sous le n° 2400904, M. C E, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Somme a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfecture de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation de son conseil à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il est suivi pour de graves problèmes de santé, qu'un membre de sa famille proche est présent sur le territoire français en situation régulière et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il craint pour sa vie et sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
II) Par une requête, enregistrée le 11 mars 2024 sous le n° 2400907, Mme A B, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Somme a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfecture de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation de son conseil à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Elle soulève les mêmes moyens et arguments que ceux exposés par M. C E dans la requête n° 2400904.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
III) Par une requête, enregistrée le 11 mars 2024 sous le n° 2400908, M. C D, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Somme a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfecture de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation de son conseil à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Il soulève les mêmes moyens et arguments que ceux exposés par M. C E dans la requête n° 2400904.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
M. C E, Mme A B et M. C D ont chacun été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions du 27 mars 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Binand pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Binand, magistrat désigné.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E, Mme A B son épouse et M. C D, leur petit-fils, tous trois ressortissants arméniens nés respectivement le 3 février 1967, le 1er mars 1969 et le 10 août 2002, ont chacun présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides statuant en procédure accélérée le 23 novembre 2023. Par les requêtes enregistrées dans les instances n° 2400904, n° 2400907 et n° 2400908, ils demandent au tribunal, chacun en ce qui le concerne, d'annuler les arrêtés du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Somme a refusé de renouveler leur attestation de demande d'asile, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour leur reconduite à la frontière et les a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
2. Les requêtes de M E, de Mme B et de M. D présentent à juger des questions semblables et connexes, qui ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour qu'il soit statué par un même jugement.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte de manière suffisamment précise les motifs de droit et les considérations de fait sur lesquels le préfet de la Somme s'est fondé pour faire obligation à M. E, Mme B et M. D de quitter le territoire français, tirés notamment de ce que ces derniers entrent dans le champ d'application des dispositions du premier alinéa de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'aucun recours n'a été formé dans les délais contre les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et du 4° de l'article L. 611-1 du même code, dès lors qu'ils se sont vus refuser le renouvellement de leur attestation de demande d'asile qui leur avait été délivrée. Par suite, le préfet de la Somme, qui n'était pas tenu de décrire l'ensemble de la situation des intéressés, n'a pas entaché cet arrêté d'un défaut de motivation.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
5. Il ressort des pièces du dossier que les requérants sont entrés récemment en France en 2021. Ils ne justifient pas disposer de liens privés ou familiaux particulièrement intenses sur le territoire français, en se bornant à invoquer la présence en situation régulière de M. F C E, présenté comme petit-fils de M. E et Mme B et frère de M. D mais dont l'intensité alléguée de la relation qui les lient n'est corroboré par aucune pièce du dossier, ni être isolés en Arménie, où ils résidaient tous les trois avant leur entrée en France. Dans ces conditions, et en dépit de la circonstance d'une part, que M. E et M. D font l'objet d'un suivi médical, sans qu'il ressorte des pièces du dossier, toutefois, que les pathologies dont ils souffrent nécessitent spécifiquement d'être prises en charge en France, d'autre part, que M. D s'implique dans des activités d'insertion professionnelle, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les mesures d'éloignement dont ils font l'objet sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elles emportent sur leur situation personnelle et familiale.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
7. Si les requérants se prévalent de risques pour leur vie et leur sécurité en cas de retour en Arménie, ils n'apportent aucun élément probant au soutien de leurs allégations, alors par ailleurs que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. Par suite, en prenant les arrêtés litigieux, le préfet de la Somme n'a pas méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
8. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". En outre, l'article L. 612-10 de ce code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
9. Il ressort des dispositions citées au point précédent que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
10. Il ressort des motifs des arrêtés attaqués que pour justifier des décisions d'interdire M. E, Mme B et M. D de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de la Somme s'est fondé sur la durée de présence des intéressés et de leur absence d'attaches sur le territoire français. Il a en outre pris en considération les circonstances qu'ils n'avaient pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que leur comportement ne troublait pas l'ordre public. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale a suffisamment motivé ses décisions et, à supposer le moyen soulevé, ne les a pas entachées d'erreur d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. E, Mme B et M. D doivent être rejetées, en ce compris celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
12. Enfin, l'arrêté attaqué par la requête n° 2400904 de M. E correspond à un litige similaire à ceux enregistrés sous les n° 2400907 et 2400908 dirigés par Mme B et M. D contre les arrêtés qui les concernent. Pour contester ces arrêtés du préfet de la Somme, les requérants bénéficient de l'aide juridictionnelle totale et sont assistés par Me Tourbier. En conséquence, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 et d'appliquer un abattement de 30% sur le montant de l'aide juridictionnelle correspondant à la requête enregistrée sous le n° 2400907 et de 40% sur le montant de l'aide juridictionnelle correspondant à la requête enregistrée sous le n° 2400908.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. E, Mme B et M. D enregistrées dans les instances n° 2400904, 2400907 et 2400908 sont rejetées.
Article 2 : Il est appliqué une réduction de 30 % sur le montant de la part contributive à l'aide juridictionnelle versée à Me Tourbier au titre de la requête de Mme B enregistrée sous le n° 2400907 et de 40% au titre de la requête de M. D enregistrée sous le n° 2400908.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, Mme A B, à M. C D, au préfet de la Somme et à Me Tourbier.
Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 30 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
C. BINAND
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2400904 - 2400907 - 2400908
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026