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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400906

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400906

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400906
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU4
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 mars 2024, M. B A, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Somme a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfecture de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation de son conseil à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il craint pour sa vie dans son pays d'origine en raison de la situation de violence généralisée affectant la province dont il est originaire ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Binand, magistrat désigné.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan, déclare entré en France le 25 novembre 2022. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 1er décembre 2023. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Somme a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte de manière suffisamment précise les motifs de droit et les considérations de fait sur lesquels le préfet de la Somme s'est fondé pour faire obligation à M. A de quitter le territoire français, tirés notamment de ce que ce dernier entre dans le champ d'application du 4° de l'article L. 611-1 du même code, dès lors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée et qu'il ne dispose pas d'un titre au séjour à un autre titre. Par suite, le préfet de la Somme, qui n'était pas tenu de décrire l'ensemble de la situation de l'intéressé, n'a pas entaché cet arrêté d'un défaut de motivation.

3. En second lieu, si M. A fait valoir qu'il craint pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine en raison de la situation de violence généralisée affectant la province de Baghlan dont il est originaire, une telle allégation n'est accompagnée d'aucun document, rapport ou source d'information publique pertinente et disponible à la date du présent jugement, alors qu'il n'est aucunement démontré que la situation de la province de Baghlan était toujours caractérisée à la date de la décision attaquée par un niveau de violence important, comme il a pu l'être jugé en 2020 et que sa demande d'asile a d'ailleurs été rejetée. Dans ces conditions, et alors au demeurant qu'il ne fait état d'aucun élément concernant sa vie privée et familiale, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de renvoi dont il fait l'objet méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, ces décisions ne sont pas entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

4. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". En outre, l'article L. 612-10 de ce code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

5. Il ressort des dispositions citées au point précédent que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

6. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que pour justifier de la décision d'interdire M. A de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de la Somme s'est fondé sur la durée de présence de l'intéressé et son absence d'attaches sur le territoire français. Il a en outre pris en considération les circonstances qu'il n'avait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que son comportement ne troublait pas l'ordre public. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale a suffisamment motivé sa décision et, à supposer ce moyen soulevé, ne l'a pas davantage entachée d'erreur d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A doivent être rejetées, en ce compris celles à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Somme et à Me Tourbier.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 30 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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