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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400973

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400973

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400973
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDOGAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 13 mars, 26 avril et

3 juin 2024, le dernier n'ayant pas été communiqué, M. B A, représenté par Me Dogan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour revêtu de la mention "vie privée et familiale", sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il verse régulièrement et de bonne foi la part contributive à l'entretien et à l'éducation de son enfant de nationalité française depuis deux ans et qu'il exerce son droit de visite ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale, dès lors qu'elle se fonde sur le refus de titre de séjour, lui-même illégal ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu de son intégration sur le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 mai 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

27 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain, né le 15 avril 1979, déclare être entré en France le 13 janvier 2016. Il a présenté, le 3 juillet 2023, une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité de parent d'enfant français mineur. Par un arrêté du 26 janvier 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

3. M. A est le père d'un enfant de nationalité française né le 13 février 2013, dont les modalités de garde ont été fixées par un jugement du tribunal judiciaire de Compiègne du

8 février 2021. Compte tenu toutefois des troubles cognitifs et d'apprentissage de la fillette et de l'absence d'un lien régulier entre cette dernière et son père, un droit de visite médiatisé a été temporairement fixé, pendant trois mois, à l'échéance desquels ce droit de visite avait vocation à s'exercer les dimanches des semaines paires, de 10 heures à 17 heures. Il ressort cependant d'un rapport de carence établi le 18 novembre 2021 que les parents ont, d'un commun accord, décidé de ne pas mettre en œuvre la mesure de visite médiatisée. Par ailleurs, alors qu'il se prévaut, d'une part, d'un rapport rédigé le 24 janvier 2022 par la psychologue scolaire de l'enfant, il ressort de ce document que la fillette voit son père de manière irrégulière et, d'autre part, d'une convocation pour l'inscription de cette dernière en institut médico-éducatif, il n'établit ni s'y être rendu, ni que l'enfant y soit effectivement inscrite. Enfin, il ressort de la main-courante, établie le 13 mars 2024, soit postérieurement à la décision attaquée, que M. A, qui souhaitait porter plainte pour défaut de respect de son droit de visite, n'a pas pu faire état de dates précises auxquelles ce droit aurait été méconnu. Par ailleurs, si l'intéressé soutient ne pas avoir reçu notification du jugement du

11 octobre 2022 par lequel le montant de la pension alimentaire, initialement fixé à 50 euros par le jugement du 8 février 2021, a été porté à 80 euros, il ressort en tout état de cause des pièces du dossier que l'intéressé ne s'est acquitté d'aucune obligation alimentaire entre les mois de janvier et juin 2023, sans en justifier sérieusement. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en considérant qu'il n'établissait pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, la préfète aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées.

4. En deuxième lieu, alors même qu'il réside dans un logement de manière régulière,

M. A, qui est célibataire et ne justifie pas d'autre attache en France que celle de sa fille à l'entretien et à l'éducation de laquelle il n'établit pas contribuer effectivement, n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise aurait entaché d'une erreur manifeste l'appréciation de sa situation personnelle.

5. En troisième lieu, M. A, qui n'a pas démontré l'illégalité de la décision par laquelle la préfète de l'Oise a refusé de lui octroyer un titre de séjour, n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie d'exception.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

7. Compte tenu des éléments exposés au point 3 du présent jugement, et alors que

M. A, qui ne justifie pas de la perception de revenus déclarés, ni de l'exercice d'une activité professionnelle, et ne se prévaut pas d'autre attache familiale en France, ni ne conteste pas ne pas être dépourvu d'attache au Maroc, n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement prise à son encontre méconnaitrait les stipulations rappelées au point précédent.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fins d'injonction, ainsi que celles qu'il présente sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de l'Oise et à Me Dogan.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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