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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400974

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400974

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400974
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCARRO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mars 2024, M. B A, représenté par Me Carro, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2024, par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il occupe un emploi à temps plein ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de la durée de son séjour en France, de sa situation professionnelle et de ce que son comportement ne présente pas de menace pour l'ordre public ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale, dès lors qu'elle se fonde sur un refus de titre lui-même illégal ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que le centre de ses intérêts privés et professionnels est situé en France, où résident ses deux frères, dont celui qui l'héberge ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale, dès lors qu'elle se fonde sur l'obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu de sa drée de présence en France, de la nature et de l'ancienneté de ses liens, de son intégration dans la société française, le seul fait d'être connu des services de police, sans avoir été condamné ne suffisant pas à motiver cette décision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien, né le 25 août 1987, déclare être entrée en France le 7 janvier 2016. Il a présenté, le 20 octobre 2023, une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 14 février 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

2. En premier lieu, si M. A soutient occuper un emploi à temps complet, il ne le justifie pas sérieusement, alors qu'il ressort des pièces du dossier que seul le formulaire de demande d'autorisation de travail mentionne un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet, sans toutefois que le contenu de ce document ne soit corroboré par d'autres pièces, et notamment par un contrat de travail. En outre, si l'intéressé produit les bulletins de paie des mois de juin 2022 à septembre 2023, ceux des mois de mars à septembre 2023 ne correspondent pas à une rémunération à temps complet. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise aurait entaché sa décision d'une erreur de fait en retenant qu'il exerçait son emploi à temps partiel.

3. En deuxième lieu, M. A déclare être entré sur le territoire français le

7 janvier 2016, sans toutefois démontrer l'effectivité de sa présence avant le mois de janvier 2018 et a fait l'objet, après s'être vu refuser l'asile, d'une mesure d'éloignement, le 24 août 2020, à l'exécution de laquelle il s'est soustrait. Il résulte par ailleurs de ce qui a été dit précédemment que l'intéressé, qui ne déclarait pas de revenu jusqu'en 2021, se prévaut d'un emploi d'agent de service, depuis le mois de juin 2022, qui ne place pas dans une situation exceptionnelle. Enfin, s'il est constant qu'il n'a pas été condamné à raison des faits pour lesquels il est défavorablement connu des services de police, M. A n'en conteste toutefois pas l'existence. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise aurait commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'usage de son pouvoir général de régularisation.

4. En troisième lieu, il résulte des deux précédents points que M. A, qui n'a pas démontré l'illégalité du refus de lui délivrer un titre de séjour, n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie d'exception.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

6. M. A, qui soutient, sans le démontrer, être hébergé chez son frère, ne justifie pas, en tout état de cause, de la nécessité de sa présence auprès de ce dernier, ni auprès d'aucun autre membre de sa famille qu'il prétend avoir en France. Par ailleurs, M. A, qui est célibataire et n'a pas d'enfant, ne justifie pas d'autre attache en France. Enfin, il ne conteste pas ne pas être dénué d'autres attaches familiales en Algérie, où résident ses parents, ainsi que sa fratrie. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement qu'il conteste méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées.

7. En cinquième lieu, M. A, qui n'a pas établi l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre serait illégale par voie d'exception.

8. En dernier lieu, M. A, qui ne peut se prévaloir d'une ancienneté de séjour particulièrement importante en France, ni de l'intensité de liens personnels ou familiaux qu'il y a tissés, a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, alors même que la préfète s'est erronément également fondée sur la menace à l'ordre public que présenterait son comportement, compte tenu des faits qui lui sont reprochés, l'intéressé pouvait légalement faire l'objet de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fins d'injonction, ainsi que celles qu'il présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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