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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401001

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401001

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401001
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU2
Avocat requérantDUBOIS-TOUBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2401330 du 14 mars 2024, le premier vice-président du tribunal administratif de Lille a transmis au tribunal, sur le fondement de l'article R. 312-8 du code de justice administrative, la requête, enregistrée le 6 février 2024, au greffe du tribunal administratif de Lille, présentée par M. B.

Par cette requête, enregistrée le 14 mars 2024 au greffe du tribunal, M. C B, représenté par Me Dubois-Toube, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 février 2024, par lequel le préfet de l'Aisne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la Côte d'Ivoire comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ou tout autre pays où il est admissible et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu des liens et attaches dont il dispose en France ainsi que l'article 3-1 de la convention de New-York ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il a la volonté de régulariser sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Truy, magistrat honoraire, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Truy, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant ivoirien, né le 20 janvier 1986, est entré en France le 13 octobre 2016 muni d'un visa de court séjour. Il s'y est maintenu et a fait l'objet d'un premier arrêté en date du 11 juillet 2022 portant obligation de quitter le territoire, notifié le 18 juillet 2022, auquel il s'est soustrait. De son union avec Mme A D, en situation irrégulière, est né un enfant le 17 août 2023. A la suite de la garde à vue dont il a fait l'objet dans le cadre d'une enquête pour violences sur concubine, s'agissant d'une affaire classée sans suite, par un arrêté du 4 février 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Aisne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays dont il est originaire comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure voire tout autre pays où l'intéressé serait admissible et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

2. En premier lieu, la décision obligeant M. B à quitter le territoire français vise, notamment, les 1° et 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de sa situation personnelle et familiale, ainsi que le maintien de l'intéressé sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée, la circonstance que la décision ne préciserait pas de manière exhaustive les éléments de sa situation étant sans incidence sur sa légalité.

3. En deuxième lieu, à supposer que M. B ait entendu se prévaloir, à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, des dispositions codifiées aux articles

L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont relatives aux conditions de délivrance d'un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale, le moyen est inopérant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, et ne peut, pour ce motif, qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

5. M. B est entré en France le 13 octobre 2016 muni d'un visa de court séjour valable du 12 octobre au 10 novembre 2016. Il s'y est maintenu irrégulièrement et s'est soustrait à un premier arrêté du préfet de Seine-et-Marne en date du 11 juillet 2022, notifié le

18 juillet 2022, portant obligation de quitter le territoire. S'il soutient toucher des revenus en France, l'expérience dont il se prévaut est récente et ne nécessite aucune qualification particulière. En outre, alors qu'il déclare vivre en concubinage, il n'établit ni l'ancienneté ni même la pérennité de celui-ci et sa concubine est en situation irrégulière. De même, si un enfant est né le 17 août 2023 de cette union, M. B a récemment été placé en garde à vue pour violences sur concubine. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire, prononcée à son encontre le 4 février 2024, porte une atteinte disproportionnée à sa vie personnelle et familiale.

6. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

7. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que M. B, qui a la possibilité de reconstituer sa cellule familiale au pays où le couple justifierait être admissible, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ou que l'arrêté le concernant aurait été pris sans la prise en compte des intérêts supérieurs de son enfant.

8. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français " et selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

9. D'une part, M. B ne fait état d'aucune circonstance humanitaire susceptible de justifier qu'il ne lui soit pas interdit de retourner sur le territoire français. D'autre part, compte tenu des éléments de la situation de l'intéressé décrits aux points 1 à 5 du présent jugement, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet de l'Aisne a fixé la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à trois ans s'agissant d'une personne s'étant maintenu irrégulièrement sur le territoire national et s'étant soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles qu'il présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Aisne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

G. Truy

La greffière,

Signé

F. Joly

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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