vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401046 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU3 |
| Avocat requérant | HOMEHR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Homehr, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile, a abrogé son document provisoire de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a signalée aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français:
- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de fait en l'absence de mention faite à sa relation de couple et à la présence de son enfant sur le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
Sur la légalité de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales .
Par un mémoire, en défense enregistré le 26 mars 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 avril 2024.
La présidente du tribunal administratif d'Amiens a désigné M. Le Gars pour statuer sur les demandes telles que celle faisant l'objet du présent litige.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Le Gars, magistrat désigné.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante congolaise née le 13 décembre 1995, est entrée en France, selon ses déclarations, le 18 décembre 2021. Le 29 avril 2022, elle a sollicité son admission au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée le 31 octobre 2022 par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par la cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 14 février 2024, dont elle demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a signalée aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 10 avril 2024. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Alain Ngouoto, secrétaire général de la préfecture de l'Aisne, lequel disposait pour ce faire d'une délégation de signature du préfet en date du 13 septembre 2023 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions légales et réglementaires sur lesquelles elle se fonde, notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et relève les éléments relatifs à la situation personnelle de Mme B, notamment la circonstance que sa demande d'asile a été définitivement rejetée. Par suite, et alors même qu'il s'est abstenu de relever que
Mme B vivrait avec un compatriote résidant régulièrement sur le territoire français et leur enfant, circonstance dont au demeurant elle n'a pas fait état dans sa fiche de renseignements transmise à la préfecture, le préfet n'a pas entaché sa décision d'un défaut de motivation ni d'erreur de fait.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Si Mme B fait valoir être entrée sur le territoire français le
18 décembre 2021 et y résider avec un compatriote, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 11 juin 2029, et leur enfant, né le 5 juillet 2023, elle n'établit toutefois pas l'intensité, la stabilité et l'ancienneté de la relation de couple. Elle se prévaut seulement de la copie d'acte de naissance de leur enfant délivrée le 10 juillet 2023 et d'un avis d'impôt sur le revenu établi en 2024 pour justifier de leur communauté de vie, et n'apporte aucun élément de nature à démontrer que son compagnon participe à l'entretien et à l'éducation de leur enfant. Par ailleurs, il est constant que l'intéressée est en situation irrégulière en France et que ses deux premiers enfants, âgés de huit ans et de deux ans, sa mère, deux sœurs et son frère résident en République démocratique du Congo où elle a vécu la majeure partie de sa vie jusqu'à l'âge de vingt-six ans. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
9. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 qu'il n'est pas établi pas que le compagnon de Mme B participe à l'éducation et à l'entretien de leur enfant. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la légalité de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
10. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles
L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () "
11. Si la requérante ne se prévaut pas d'une ancienneté de séjour significative en France, elle fait valoir la présence sur le territoire français du père de son troisième enfant, qu'elle n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'elle ne représente pas une menace à l'ordre public. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet de l'Aisne a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens au soutien des conclusions dirigées contre la décision attaquée, la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans doit être annulée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 14 février 2024 par laquelle le préfet de l'Aisne lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le surplus des conclusions à fin d'annulation doit être rejeté.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, qui annule seulement l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, implique uniquement qu'il soit enjoint au préfet de l'Aisne de procéder à l'effacement du signalement dont fait l'objet Mme B au sein du système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour. Il y a lieu d'impartir au préfet de l'Aisne un délai de sept jours pour exécuter cette mesure d'injonction.
Sur les frais d'instance :
14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme B au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle de
Mme B.
Article 2 : La décision du 14 février 2024 par laquelle le préfet de l'Aisne a interdit à Mme B le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Aisne de procéder dans un délai de sept jours à l'effacement du signalement aux fins de non admission pour la durée de l'interdiction de retour dont fait l'objet Mme B au sein du système d'information Schengen.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de l'Aisne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
signé
V. LE GARS
La greffière,
signé
S. CHATELLAIN
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2401046
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026