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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401047

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401047

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401047
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBOIRON-BERTRAND MAX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 19 mars 2024 et le 9 avril 2024, M. D H et Mme F A épouse H, représentés par Me Busson, demandent au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté n° PC 060 346 23 T 0044 du 6 octobre 2023 par lequel le maire de la commune de Lamorlaye a délivré un permis de construire à Mme E et M. B pour un projet de démolition totale d'un bâtiment et la construction de deux maisons d'habitation ;

2°) de suspendre sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative l'exécution de la décision implicite du 1er février 2024 par laquelle le maire de la commune de Lamorlaye a rejeté leur recours gracieux ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Lamorlaye une somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est présumée remplie en vertu des dispositions de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ;

- leur intérêt pour agir est établi, en qualité de voisin immédiat, dès lors que le projet contesté est de nature à affecter directement les conditions d'utilisation et de jouissance de leur bien ;

- le permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions des articles L. 431-2 et R.431-9 du code de l'urbanisme dans la mesure où le plan de masse ne fait pas ressortir l'ensemble des plantations présentes avant travaux ni celles qui seront abattues par la construction du projet ;

- le dossier de permis de construire est incomplet, dès lors que les photographies de l'environnement proche et lointain ne figurent pas sur le plan de situation et ne sont pas correctement situées ainsi que le prévoit le d) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, et que le document graphique prévu par le c) de ce même article ne permet pas d'apprécier l'insertion paysagère du projet ;

- le projet méconnaît l'article UL 7 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de Lamorlaye dès lors que la façade Est, laquelle comprenant des ouvertures qualifiables de " baies ", devrait être implantée à au moins huit mètres de la limite séparative alors qu'elle est implantée à 4,1 mètres ;

- les clôtures prévues au projet ne respectent pas les prescriptions de l'article UL 11 de ce règlement ;

- le maire de Lamorlaye a méconnu les dispositions des articles L. 153-11 et L. 424-1 du code de l'urbanisme en ne sursoyant pas à statuer dès lors que le projet est de nature à compromettre l'exécution du PLU adopté par une délibération du 4 octobre 2023, et en particulier les dispositions 4.1 " Caractéristiques des façades, des toitures et des clôtures ", 4.3 " Performances énergétiques et environnementales ", 5.1 " Traitement des espaces libres ", 5.2 " Les espaces protégés " et 6.3 " Nombre de places à réaliser pour les véhicules motorisés ", dispositions communes à toutes les zones ainsi que les articles UL 3.4 relatif à l'emprise au sol, UL 4.1 relatif aux caractéristiques des façades, toitures et clôtures, UL 5.1 relatif au traitement des espaces verts et UL 5.3 relatif aux coefficients de biotope.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, la commune de Lamorlaye, représentée par Me Boiron conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des époux H d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la demande de suspension est irrecevable par voie de conséquence de l'irrecevabilité de la requête au fond, faute d'accomplissement des formalités de notification prévues par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué.

Par un mémoire enregistré le 9 avril 2024, Mme E et M. B représentés par Me Elberg, concluent au rejet de la requête et à la mise à la charge des époux H d'une somme de 8 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent qu'aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué.

Vu :

- la requête de M. et Mme H enregistrée le 8 mars 2024 sous le n° 2400879 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 10 avril 2024 à 15 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Grare, greffière :

- le rapport de M. Binand, juge des référés ;

- les observations de Me Busson représentant les époux H qui reprend les moyens et arguments déjà exposés dans ses écritures, en faisant valoir en particulier que :

- ils justifient d'un intérêt pour agir en leur qualité de voisin immédiat ayant une vue directe sur le projet ; leur requête est recevable dès lors que leur recours a bien été adressé à la mairie ;

- la condition d'urgence est présumée dès lors que les fondations des deux habitations sont en cours de construction ;

- le dossier de demande de permis de construire est entaché d'incomplétude dès lors qu'il ne représente pas suffisamment le caractère boisé de l'environnement paysager, qu'aucune photographie sincère de leur maison n'est jointe au dossier et que la présentation des arbres abattus est insincère compte tenu du fait que deux arbres ont été omis sur les plans de masse, que neuf arbres ont été abattus sans autorisation et qu'enfin les arbres replantés n'ont pas été localisés sur les plans de masse ;

- la mairie a commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de surseoir à statuer alors qu'elle avait déjà refusé deux permis de construire précédemment et que le nouveau plan local d'urbanisme avait été adopté l'avant-veille ;

- le permis de construire délivré méconnaît les dispositions du nouveau plan local d'urbanisme révisé et notamment les articles relatifs aux toitures non pentues, aux clôtures, à l'obligation de replanter des arbres d'essence identique et le classement en cœur boisé inconstructible ;

- le projet méconnaît l'article UL 7 du règlement du plan local d'urbanisme au regard de la finalité poursuivie qui est d'éviter toute vue ce qui ne peut être respecté par une baie comportant un ouvrage opaque puisque celle-ci est susceptible d'être ouverte ;

- il méconnaît l'article UL 11 dès lors que le muret de clôture, à côté du portail donnant sur la rue a une dimension supérieure à celle prévue et que la clôture doit être soit une haie soit un grillage mais ne peut être les deux.

- les observations de Me Boiron pour la commune de Lamorlaye qui développe les arguments déjà exposés en insistant sur ce que :

- le dossier est complet dès lors que d'une part, les omissions ou inexactitudes sur le nombre d'arbres abattus, qui représente au maximum huit arbres sur un total de cent trente, n'ont pas faussé l'appréciation, et que d'autre part, le caractère boisé de l'environnement est correctement représenté ;

- l'article UL 7 du règlement du plan local d'urbanisme fournit une définition précise de la notion de baie et ne trouve pas à s'appliquer à la façade Est en l'absence de vitrage transparent posé sur l'ouverture créée ;

- le projet ne méconnaît pas l'article UL 11 de ce règlement dès lors que la haie prévue ne servira pas de clôture et que le projet ne modifie pas le muret, déjà existant et qui n'a ainsi pas à être mis en conformité, sauf pour les modifications destinées à aménager le portail conformément aux prescriptions qui lui sont applicables ;

- le maire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de surseoir à statuer dès lors que le projet porte une atteinte très minime à la servitude de cœur boisé prévue au plan local d'urbanisme en cours de révision compte tenu de la superficie totale du lotissement et du respect de l'orientation d'aménagement et de programmation sur les franges boisées qu'il prévoit ;

- et les observations de Me Khafif pour Mme E et M. B qui développe les arguments déjà exposés en insistant sur ce le fait qu'il est justifié de l'achat de trente-six arbres pour assurer l'obligation de plantation qui leur incombe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré a été produite pour la commune de Lamorlaye le 15 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L.521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. Par un arrêté du 6 octobre 2023, le maire de la commune de Lamolaye a délivré à Mme E et M. B un permis pour la démolition et la construction de deux maisons d'habitation après division. Par la présente requête, M. et Mme H demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

3. En premier lieu, en l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que le dossier de demande de permis de construire déposé le 21 juillet 2023 par Mme E et M. B serait entaché d'omissions, d'inexactitudes ou d'insuffisances de nature à avoir faussé l'appréciation portée par l'administration sur la conformité du projet à la réglementation applicable, notamment au regard des obligations posées par les articles L. 431-2 et R. 431-9 du code de l'urbanisme et de celles prévues au c) et d) de l'article R. 431-10 de ce code ne sont pas propres à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige. Il en est de même des moyens tirés de la méconnaissance par cet arrêté des dispositions de l'article UL 7 et de l'article UL 11 du règlement du plan local d'urbanisme applicable sur le territoire de la commune de Lamorlaye.

4. En second lieu, au regard des caractéristiques du projet, et notamment de son ampleur limitée, le moyen tiré de de ce le maire de Lamorlaye, en ne décidant pas de sursoir à statuer à la demande de permis de construire en raison du fait que ce projet pourrait faire obstacle à l'application du plan local d'urbanisme en cours de révision ou la rendre plus onéreuse, a entaché son arrêté d'erreur manifeste d'appréciation, n'est pas en l'état de l'instruction de nature à susciter un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense ainsi que sur la condition d'urgence, qu'en l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par M. et Mme H n'est de nature à justifier la suspension de l'arrêté du 6 octobre 2023 par lequel le maire de Lamorlaye a accordé le permis de construire litigieux. Par suite, les conclusions présentées par les requérants sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Lamorlaye et de Mme E et M. B, qui ne sont pas, dans la présente instance de référé, les parties perdantes, le versement à M. et Mme H d'une somme au titre des frais exposés au cours de l'instance et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants le versement des sommes que la commune de Lamorlaye et Mme E et M. B demandent au titre des mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme H est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la commune de Lamorlaye et de Mme E et M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme D et F H, et à la commune de Lamorlaye et à Mme C E et à M. G B.

Fait à Amiens, le 18 avril 2024.

Le juge des référés,

Signé :

C. Binand

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°2401047

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