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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401083

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401083

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401083
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU4

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté les requêtes de Mme B et M. D, ressortissants congolais, contestant les arrêtés du 26 février 2024 leur refusant l'admission au séjour au titre de l'asile, leur faisant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire, le secrétaire général de la préfecture disposant d'une délégation de signature régulière. Les requérants invoquaient notamment la méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, mais le tribunal a jugé les moyens non fondés. La solution retenue est le rejet des demandes d'annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête, enregistrée le 20 mars 2024 sous le n° 2401083, Mme C B, représentée par Me Homehr, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Somme lui a refusé l'admission au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de délivrer un titre de séjour à titre principal, et de procéder au réexamen de sa situation à titre subsidiaire ;

3°) de mettre la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence de son signataire ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision fixant l'obligation de quitter le territoire qui en constitue le fondement ;

- cette décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête de Mme B ne sont pas fondés.

II) Par une requête, enregistrée le 20 mars 2024 sous le n° 2401084, M. A D, représenté par Me Homehr, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Somme lui a refusé l'admission au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de délivrer un titre de séjour à titre principal, et de procéder au réexamen de sa situation à titre subsidiaire ;

3°) de mettre la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soulève les mêmes moyens que ceux exposés par Mme B dans la requête

n° 2401083.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête de M. D ne sont pas fondés.

Mme B et M. D ont chacun été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 mars 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Binand, magistrat désigné.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B et M. A D, son compagnon, tous deux ressortissants de la République démocratique du Congo, nés respectivement le 3 décembre 1989 et le 31 juillet 1987, ont chacun présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile le 5 janvier 2024. Par les requêtes enregistrées dans les instances n° 2401083 et n° 2401084, ils demandent au tribunal chacun en ce qui le concerne, d'annuler les arrêtés du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Somme a refusé leur admission au séjour au titre de l'asile, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le République Démocratique du Congo ou tout autre pays dans lequel ils établiraient être légalement admissibles pour leur reconduite à la frontière et leur a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. Les requêtes de Mme B et de M. D présentent à juger des questions semblables, qui ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour qu'il soit statué par un même jugement.

3. En premier lieu, les arrêtés contestés ont été signés par M. Emmanuel Moulard, secrétaire général de la préfecture de la Somme, qui dispose d'une délégation de signature en application de l'arrêté du préfet de la Somme du 15 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département ". L'arrêté dispose que cette " délégation comprend la signature de toutes les décisions () en matière de police des étrangers par le code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ". Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, le préfet de la Somme a indiqué de manière suffisamment précise l'exposé des motifs de droit et des considérations de fait sur lesquels il s'est fondé pour prendre ses arrêtés, tirés notamment de ce que les requérants ne peuvent plus se maintenir sur le territoire français en raison du rejet définitif de leur demande d'asile. L'arrêté comporte en outre les considérations de fait qui ont conduit l'autorité préfectorale à faire application des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour leur interdire de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, en exposant l'appréciation qu'elle a portée sur chacun des critères prévus à l'article L. 612-10. Il en est de même des décisions fixant le pays dont les requérants sont les ressortissants comme pays de renvoi. Par suite, et alors que le préfet de la Somme n'était pas tenu de décrire l'ensemble de la situation des intéressés, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des arrêtés attaqués doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions concernant les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. Rien ne fait obstacle à ce que les enfants de Mme B et M. D les accompagnent dans le pays de renvoi, où ils n'établissent pas qu'ils auraient des difficultés à s'insérer ou à poursuivre leur scolarité, ni que les décisions litigieuses aurait pour effet de faire obstacle à la reconstitution de la cellule familiale dans ce pays dont l'ensemble de la famille a la nationalité et où il n'est pas établi qu'elle ne pourrait y mener une vie normale, alors d'ailleurs que les demandes d'asile des requérants et de leurs enfants ont été rejetées. En particulier, si les requérants se bornent à soutenir que leur enfant mineur né le 18 janvier 2011 est atteint de la tuberculose et qu'il ne pourrait bénéficier de soins en République démocratique du Congo, ils n'apportent aucun élément probant à l'appui de leurs allégations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

7. En quatrième lieu, si les requérants se prévalent de craintes pour leur vie ou leur liberté en cas de retour dans leur pays d'origine, ils n'apportent pas d'éléments circonstanciés à l'appui de leurs allégations, alors d'ailleurs que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En cinquième lieu, il résulte de qui a été dit dans les points qui précèdent que les arrêtés du préfet de la Somme, en tant qu'ils portent obligation de quitter le territoire français, ne sont entachés d'aucune des illégalités invoquées par les requérants. Par suite, l'exception d'illégalité de ces décisions soulevées à l'encontre de ces arrêtés en tant qu'ils portent interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, doit être écartée.

9. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que les requérants sont entrés récemment sur le territoire en mars 2023 avec leurs enfants mineurs. Ils ne justifient pas de liens privés ou familiaux particulièrement intenses sur le territoire français, ni davantage être isolés dans leur pays d'origine qu'ils n'ont quitté qu'au début de l'année 2023 selon leurs déclarations formulées à l'occasion de leurs demandes d'asile, qui ont été rejetées ainsi qu'il a été dit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de Mme B et de M. D doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, en ce compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

11. Enfin, l'arrêté attaqué par la requête n° 2401084 de M. D correspond à un litige similaire à celui enregistré sous le n° 2401083 dirigé par Mme B, contre l'arrêté qui la concerne. Pour contester ces arrêtés du préfet de la Somme, les requérants bénéficient de l'aide juridictionnelle totale et sont assistés par Me Homehr. En conséquence, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 et d'appliquer un abattement de 30% sur le montant de l'aide juridictionnelle correspondant à la requête enregistrée sous le n° 2401084.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme B et de M. D enregistrées dans les instances

n° 2401083 et n° 2401084 sont rejetées.

Article 2 : Il est appliqué une réduction de 30 % sur le montant de la part contributive à l'aide juridictionnelle versée à Me Homehr au titre de la requête de M. D enregistrée sous le n° 2401084.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à M. A D, au préfet de la Somme et à Me Homehr.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 30 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2401083 - 2401084

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