vendredi 3 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401130 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | GEO AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 mars 2024 et le 10 avril 2024, M. A B représenté par Me Dermenghem demande au juge des référés dans le dernier état de ses écritures :
1°) de suspendre sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative l'exécution de la décision par laquelle le maire de la commune de Regny ne s'est pas opposé à la déclaration préalable n° DP 002 636 23 Q0007 déposée par la société TDF le 3 juillet 2023 pour l'implantation d'une station de téléphonie mobile sur un terrain sis au lieu dit " C " sur le territoire de cette commune ;
2°) de mettre à la charge des parties succombantes une somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête en annulation a été présentée dans le délai de recours contentieux et satisfait aux formalités de notification prescrites par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- il justifie d'un intérêt à agir eu égard aux nuisances visuelles causées par le pylône d'une hauteur de 42 mètres sur son exploitation agricole et aux effets sanitaires délétères que la station est susceptible d'emporter sur son cheptel ;
- la condition d'urgence est présumée en vertu de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme, et ce d'autant plus que les travaux ont débuté ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, dès lors que le certificat de non-opposition n'est pas signé par une autorité identifiable, qu'il n'est pas précisé dans le dossier déposé que le projet est soumis à déclaration au titre de la législation IOTA, que la société TDF n'a pas attesté être habilitée par le propriétaire du terrain à déposer la déclaration de travaux, que la procédure de consultation requise par l'article L. 123-19-2 du code de l'environnement n'a pas été suivie, que le projet était soumis à permis de construire dès lors que son emprise au sol réelle, compte tenu de la surélévation de la dalle béton par rapport au niveau naturel, excède 20 m2, que le projet méconnaît l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme compte tenu des inondations fréquentes subies par la parcelle d'assiette ZD 87, l'article R. 111-14 de ce code dès lors qu'il va favoriser une urbanisation dispersée en dehors des parties urbanisées de la commune et l'article R. 111-26 compte tenu des atteintes portées à son environnement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la demande en suspension est irrecevable en l'absence de justification de la notification de la requête en annulation et d'intérêt à agir suffisant, que la présomption d'urgence est renversée au regard de l'intérêt public attaché à l'amélioration des services de téléphonie mobile et qu'il n'est pas satisfait à la condition de doute sérieux prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
Par des mémoires, enregistrés le 9 et le 10 avril 2024, la société TDF, représentée par Me Bon-Julien, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la demande en suspension est irrecevable en l'absence de justification de la notification de la requête en annulation, de la production de l'un des titres de propriété prévus à l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme, de sa présentation dans le délai de recours et d'un intérêt à agir suffisant, que la présomption d'urgence est renversée au regard des intérêts publics et privés qui s'attachent à l'amélioration des services de téléphonie mobile sur le secteur géographique et qu'il n'est pas satisfait à la condition de doute sérieux prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire, enregistré le 9 avril 2024, la commune de Regny, représentée par Me Soncin, conclut, en sa qualité d'observateur, au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant de la somme de 1 513 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la demande en suspension est irrecevable en l'absence de justification de la notification de la requête en annulation, de sa présentation dans le délai de recours et d'intérêt à agir suffisant, que la présomption d'urgence est renversée au regard de l'intérêt public attaché à l'amélioration des services de téléphonie mobile sur le secteur géographique et qu'il n'est pas satisfait à la condition de doute sérieux prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
Vu :
- la requête enregistrée le 23 mars 2024 sous le n°2401136 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision de non-opposition à déclaration préalable prise par le maire de Regny au nom de l'Etat ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 10 avril 2024 à 15 heures 30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Grare, greffière :
- le rapport de M. Binand, juge des référés ;
- les observations de Me Dermenghem, représentant M. B qui reprend les moyens et arguments déjà exposés dans ses écritures, en insistant sur ce que :
- l'intérêt à agir est suffisamment établi par sa qualité d'exploitant agricole au sein d'un GAEC dont les parcelles sont situées à une distance allant de 100 à 400 mètres du projet, eu égard aux nuisances auxquelles son cheptel et lui-même seront exposés ;
- la présomption d'urgence tirée de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme n'est pas renversée en l'absence de couverture insuffisante de la zone concernée par les services de téléphonie mobile ;
- le projet est soumis à permis de construire compte tenu de l'importance de l'emprise au sol et de la surface de plancher de la dalle, surélevée de plus de 50 cms par rapport au niveau naturel quand bien même cette dalle est à ras d'un merlon ; il n'y a pas lieu dans une telle configuration de ne prendre en considération à ce titre que les locaux et installations techniques ;
- l'article L. 111-1 du code de l'urbanisme est méconnu en l'absence de la moindre indication sur les délais et coût d'extension du réseau ; la circonstance que le pétitionnaire accepte de les prendre à sa charge est sans incidence ;
- la localisation du projet à proximité d'un cours d'eau qui sort régulièrement de son lit et dans un site de caractère marécageux est inadaptée à la sécurité publique et à la biodiversité, comme en témoigne l'inclusion dans une ZNIEFF.
- et les observations de Me Le Rouge de Guerdavid pour la société TDF qui développe oralement son argumentation écrite et insiste sur ce que :
- la propriété d'une parcelle en culture à 100 mètres du projet ne suffit pas à caractériser par elle-même un trouble dans l'occupation la jouissance ou l'utilisation ; il n'est pas justifié de l'exploitation d'un cheptel à proximité, ni de nuisances visuelles ou sanitaires caractérisant un intérêt à agir suffisant ;
- la balance des intérêts en présence renverse la présomption d'urgence, car le projet améliore la couverture en 4G et 5G des services de l'opérateur Free Mobile qui a vocation à exploiter la station-relais ; les installations en cause sont aisément démontables ;
- pour apprécier le respect des dispositions du c) et du j) de l'article R 421-9 du code de l'urbanisme, seuls les locaux techniques doivent être pris en considération comme le conseil d'Etat l'a indiqué dans sa décision n° 490536, soit en l'espèce 1 mètre carré ; le niveau du terrain naturel demeure inchangé à la cote NGF de 70 mètres ;
- le risque d'inondation allégué ne présente pas un caractère de gravité et de probabilité suffisant et il n'existe d'ailleurs aucun plan de prévention d'un tel risque dans la zone considérée ;
- l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme n'est pas opposable compte tenu de l'article R. 332-8 du même code.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 16h30.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. La société TDF a déposé le 3 juillet 2023 un dossier de déclaration préalable, enregistré sous le n° DP 002 636 23 Q0007, ayant pour objet l'installation d'une station de relais de téléphonie mobile sur un pylône implanté au lieu-dit " C " sur le territoire de la commune de Regny. Par la présente requête, M. B, qui se prévaut de l'atteinte portée par ce projet aux conditions d'exploitation de l'activité agricole qu'il exerce à proximité, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le maire de la commune de Regny n'a pas fait opposition à cette déclaration, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
3. Il résulte des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative rappelées au point 1 que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Lorsque la suspension de l'exécution d'une autorisation de construire est demandée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est en principe satisfaite, ainsi que le prévoit l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme compte tenu du caractère difficilement réversible que présente une construction. Il ne peut en aller autrement que dans le cas où le pétitionnaire ou l'autorité qui a délivré le permis justifie que les travaux sont achevés ou de circonstances faisant ressortir qu'un intérêt particulier s'attache à leur achèvement rapide. Il appartient alors au juge des référés, pour apprécier si la condition d'urgence est remplie, de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction et en particulier des simulations cartographiques produites par la société TDF, qui ne sont pas suffisamment contredites par les documents produits par le requérant, que la station objet de l'autorisation de construire en litige permettra d'améliorer sensiblement les services de téléphonie mobile de 4G et 5G offerts par la société Free Mobile. Ainsi ce projet répond tant à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile qu'aux intérêts propres de la société TDF, qui a conclu un partenariat avec Free Mobile afin de concourir au respect des engagements de couverture du territoire qui ont été imposés à cet opérateur par l'Etat. Ces circonstances établissent un intérêt particulier à l'achèvement rapide du projet, ce alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la construction litigieuse portera une atteinte grave et immédiate à l'activité agricole du requérant, au regard tant de la seule nuisance visuelle résultant de la présence du pylône qu'il fait valoir que des craintes qu'il exprime, sans toutefois que la teneur des pièces qu'il produit établisse suffisamment leur bien-fondé en l'état des données acquises de la science, quant à d'éventuels effets sanitaires qui pourraient survenir à terme après la mise en service de l'installation. Dans ces conditions, l'urgence, qui doit être appréciée objectivement et globalement, ne peut être regardée comme établie.
5. Il résulte de ce qui précède que, la condition d'urgence n'étant pas remplie, la demande de suspension doit être rejetée, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par le préfet de l'Aisne et la société TDF ni la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de cette décision.
6. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat et de la société TDF, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant le versement d'une somme de 1 000 euros à la société TDF au titre des mêmes dispositions. Enfin, la décision en litige ayant été prise au nom de l'Etat, la présence de la commune de Regny en qualité d'observateur ne lui confère pas la qualité de partie, dès lors qu'elle n'aurait pas eu, à défaut d'être présente, qualité pour faire tierce-opposition de la présente ordonnance. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont irrecevables et doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera la somme de 1 000 euros à la société TDF au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Regny présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la société TDF.
Copie sera adressée au préfet de l'Aisne.
Fait à Amiens, le 3 mai 2024.
Le juge des référés, La greffière,
Signé : Signé :
C. Binand S. Grare
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°2401130
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