mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401160 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 mars 2024, Mme B C, représentée par Me Chartrelle, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet du Nord a prononcé son transfert aux autorités croates ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour afin que sa demande d'asile soit examinée en France, et ce dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir.
Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors qu'il n'est pas établi que les autorités croates ont été saisies dans le délai prévu à cet article ;
- elle méconnait l'article 22 du règlement (UE) n° 604/203 dès lors qu'il n'est pas établi que les autorités croates ont donné leur accord à sa reprise en charge ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Le 27 mars 2024 le préfet du Nord a produit les pièces du dossier de Mme C.
Par une décision du 10 avril 2024 Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-47 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, conformément aux articles L. 572-5 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Galle, vice-présidente,
- les observations de Me Chartrelle, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et souligne que l'enfant de Mme C est épileptique et bénéfice d'une prise en charge médicale en France, et que la préfecture ne pouvait légalement ordonner le transfert de Mme C alors que les autorités croates ont refusé le transfert de sa fille A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 24 novembre 1995 s'est présentée à la préfecture de l'Oise le 12 septembre 2023, en vue de déposer une demande d'asile. Le 10 octobre 2023, les autorités croates ont été saisies d'une demande de reprise en charge sur le fondement des dispositions de l'article 18, paragraphe 1, b) du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Les autorités croates ont donné leur accord explicite à la reprise en charge de Mme C le 24 octobre 2023. Par un arrêté du 19 mars 2024, notifié le même jour, le préfet du Nord a décidé du transfert de l'intéressée aux autorités croates.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, la décision de transfert d'un demandeur d'asile vers l'Etat membre responsable au vu de la consultation du fichier Eurodac ne peut être prise qu'après l'acceptation de la reprise en charge par l'Etat requis, saisi dans le délai de deux mois à compter de la réception du résultat de cette consultation. A cet égard, il est nécessaire que les autorités de cet Etat aient, implicitement ou explicitement, accepté cette demande.
3. D'autre part, selon l'article 20, paragraphe 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Aux fins du présent règlement, la situation du mineur qui accompagne le demandeur et répond à la définition de membre de la famille est indissociable de celle du membre de sa famille et relève de la responsabilité de l'État membre responsable de l'examen de la demande de protection internationale dudit membre de la famille, même si le mineur n'est pas à titre individuel un demandeur, à condition que ce soit dans l'intérêt supérieur du mineur. () ". Selon l'article 2 du même règlement, on entend par " membres de la famille, dans la mesure où la famille existait déjà dans le pays d'origine, les membres de suivants de la famille du demandeur présents sur le territoire des Etats membres : () - les enfants mineurs () du demandeur, à condition qu'ils soient non mariés () ".
4. Enfin, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, se trouve en France en compagnie de sa fille A D, née le 24 décembre 2014, et que la demande de reprise en charge adressée par la France aux autorités croates concernait tant Mme C que sa fille mineure. Si les autorités croates ont explicitement accepté la reprise en charge de Mme C par une décision du 24 octobre 2023, ce courrier n'incluait pas l'enfant mineur de la requérante. En réponse à une demande de réexamen formée sur ce point par les autorités françaises, les autorités croates ont, par un courrier daté du 24 octobre 2023 et signé électroniquement le 21 novembre 2023, explicitement informé les autorités françaises que l'accord donné pour la reprise en charge de Mme C n'incluait pas l'enfant A D née le 24 décembre 2014, au motif qu'aucune donnée personnelle concernant cette enfant n'était retrouvée dans les documents officiels du ministère de l'intérieur croate, que les autorités françaises n'avaient pas fourni de preuve pertinente d'un lien de parenté entre l'enfant et Mme C, et qu'au regard de l'article 6, paragraphes 1 et 3 du règlement (UE) n° 604/2013, relatif à l'intérêt supérieur de l'enfant et au risque que l'enfant soit victime de la traite des êtres humains, la demande de reprise en charge concernant cette enfant devait être rejetée. La circonstance que la préfecture du Nord a transmis aux autorités croates, le 18 mars 2024, le compte rendu de l'entretien individuel de Mme C afin de prouver l'existence d'un lien de parenté ainsi que le formulaire médical concernant cette enfant ne permet pas d'établir que les autorités croates seraient revenues sur leur décision de refus de reprise en charge de cette enfant mineure à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, et alors qu'il est constant que l'enfant mineure de la requérante n'est accompagnée sur le territoire français par aucun autre adulte que Mme C, dont elle serait nécessairement séparée en cas d'exécution de la décision de transfert compte tenu du refus des autorités croates de reprendre en charge l'enfant, la requérante est fondée à soutenir que le préfet du Nord a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 en prononçant le transfert de Mme C en Croatie.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté en date du 19 mars 2024 par lequel le préfet du Nord a décidé le transfert de Mme C aux autorités croates doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Compte tenu des motifs du présent jugement, l'annulation prononcée au point 6 implique nécessairement que la France soit responsable de l'examen de la demande d'asile de Mme C et que soient prises les mesures qui en découlent. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à l'enregistrement de la demande d'asile de Mme C et de lui délivrer une attestation de demande d'asile en vue de l'examen de sa demande d'asile en France, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet du Nord a ordonné le transfert de Mme C aux autorités croates est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer une attestation de demande d'asile à Mme C afin de permettre l'examen de sa demande d'asile en France, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
La magistrate désignée
signé
C. Galle
La greffière
signé
M.-A. Boignard
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026