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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401198

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401198

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401198
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLEFEVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 26 mars et 18 avril 2024, dont le dernier n'a pas été communiqué, M. A B, représenté par Me Lefèvre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le Pakistan comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Aisne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son avocat, une somme de 1 800 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- cet arrêté est illégal dès lors qu'il aurait dû bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour ;

- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis du collège des médecins de l'OFII n'est pas motivé et ne comporte pas de mentions relatives à la procédure suivie devant ce collège ;

- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure méconnaissant les dispositions des articles R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le rapport médical du médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'a pas été établi à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui le suit habituellement ;

- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure méconnaissant les dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le rapport médical n'a pas été établi par un médecin de l'OFII ;

- cet arrêté est illégal dès lors que l'ensemble des pathologies dont il souffre n'a pas été pris en compte ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé au Pakistan ;

- cet arrêté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle ;

- cet arrêté méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 et 24 avril 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive et dès lors irrecevable ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 29 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 17 mai 2024 à 12 heures.

M. B a communiqué des pièces le 5 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- et les observations de Me Lefèvre, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant pakistanais né le 24 janvier 1992, déclare être entré sur le territoire français le 1er mars 2022. Le 13 juin 2023, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 janvier 2024 dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le Pakistan comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation personnelle de M. B n'ait été dument prise en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de cette dernière doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

4. La demande de délivrance d'un titre de séjour de M. B n'était pas fondée sur les dispositions citées au point précédent et il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ait statué d'office sur ce fondement. Dès lors, l'intéressé ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions à l'encontre de l'arrêté attaqué.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

6. La motivation de l'avis du collège médical de l'OFII, telle qu'elle est prévue par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 cité ci-dessus, assure une conciliation, qui n'est pas déséquilibrée, entre l'obligation pour l'administration de motiver ses décisions et donner accès aux intéressés à leur dossier administratif, et le respect des intérêts légitimes de la confidentialité et, en particulier, du secret médical. Par suite, l'avis du 15 décembre 2023 rendu par le collège médical de l'OFII sur la situation de M. B est suffisamment motivé dès lors qu'il précise, au moyen du formulaire prévu par les dispositions précitées de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, les textes dont il fait application et les circonstances que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et peut voyager sans risque à destination de ce pays. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la circonstance que les cases relatives aux éléments de procédure de ce formulaire n'aient pas été cochées ait privé M. B d'une garantie ni qu'elle aurait été susceptible d'influer sur le sens de la décision prise. Dans ces conditions, le moyen tiré de ces vices de forme de l'avis du collège des médecins de l'OFII doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. () ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " Le certificat médical, dûment renseigné et accompagné de tous les documents utiles, est transmis sans délai, par le demandeur, par tout moyen permettant d'assurer la confidentialité de son contenu, au service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'adresse a été préalablement communiquée au demandeur ".

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la liste des pièces renvoyées par l'OFII à M. B le 21 novembre 2023, que le dossier de l'intéressé comportait le certificat du médecin qui le suivait habituellement, qu'il lui appartenait de fournir. En tout état de cause, le requérant n'établit pas que les informations dont disposait le médecin rapporteur ne lui permettaient pas de rédiger régulièrement son rapport. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait été pris au terme d'une procédure irrégulière au motif que le rapport médical du médecin de l'OFII n'aurait pas été établi à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui le suit habituellement.

9. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que le médecin rapporteur qui s'est prononcé sur la situation de M. B a été désigné par une décision du 25 juillet 2023 du directeur général de l'OFII. Dès lors, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que ce rapport n'aurait pas été rédigé par un médecin de cet office.

10. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que les problèmes hormonaux de M. B n'aient pas été pris en compte alors que la liste des pièces renvoyées par l'OFII comporte notamment une mention de ses problèmes de thyroïde.

11. En septième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".

12. Il n'est pas contesté que l'état de santé de M. B, qui est atteint notamment d'importants troubles psychiatriques, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ne puisse bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé au Pakistan eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays, contrairement à ce qu'a considéré le collège des médecins de l'OFII dans son avis du 15 décembre 2023. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Aisne a fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent en prenant l'arrêté attaqué.

13. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. M. B, ne soutient résider que depuis le 1er mars 2022 en France où résident également son oncle et son frère qui l'héberge. Par ailleurs, l'intéressé n'établit pas ne plus disposer d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents et ses sœurs. En outre, M. B établit seulement avoir travaillé dans le restaurant de son oncle à temps partiel sous couvert d'un contrat à durée indéterminée du 15 janvier 2024 Enfin, ainsi qu'il a été dit, M. B n'établit pas ne pas pouvoir bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé au Pakistan. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, cet arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

15. En neuvième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

16. M. B n'établit pas être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait les stipulations citées au point précédent.

17. En dixième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé.

18. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Lefèvre et au préfet de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente,

- M. Fumagalli, conseiller,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. Richard

La présidente,

Signé

C. Galle

Le greffier,

Signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2401198

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