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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401238

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401238

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401238
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU2
Avocat requérantPEREIRA EMMANUELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2024, M. B A, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2024 par lequel le préfet de l'Aisne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français et le pays de renvoi :

- la décision méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est non fondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier et celles enregistrées le 16 mai 2024 et non communiquées.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Truy, magistrat honoraire, pour statuer sur les demandes telles que celles faisant l'objet du litige.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du

10 avril 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Truy, magistrat désigné ;

- les observations de Me Pereira, représentant M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête en insistant sur le fait que la procédure pénale engagée a été abandonnée alors qu'il avait engagé une procédure de régularisation, classée sans suite pour défaut de production des pièces demandées et qu'il vit en couple, depuis 2022, avec la mère de son enfant, né en 2018.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, né le 10 septembre 1980, déclare être entré, sous visa Schengen, sur le territoire français le 13 août 2015. A l'occasion de son interpellation, par un arrêté du 27 mars 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de l'Aisne, en l'absence de tout titre l'autorisant à résider en France, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la Côte d'Ivoire comme pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. M. A soutient avoir le centre de ses intérêts privés et familiaux en France dès lors qu'il y vit depuis 2015 avec son épouse et leur enfant outre celui né d'une précédente union et qu'il y travaille. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier que le requérant n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 35 ans au moins. Son mariage est récent, en 2023 au même titre que la vie commune d'avec son épouse, en 2022 selon ses déclarations alors qu'ils ont un enfant commun né en 2018. S'il soutient avoir engagé des démarches afin de régulariser sa situation, il déclare lui-même qu'elles ont été classées sans suite à défaut pour lui d'avoir produit en temps les pièces demandées. Ainsi, il ne peut se prévaloir d'une expérience professionnelle qu'en raison de son maintien irrégulier sur le territoire français et de la violation des règles relatives au droit au travail des étrangers. Par suite, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus et n'a donc ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

4. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard à ce qui a été dit au point 3, qu'en prenant l'arrêté litigieux, le préfet de l'Aisne n'aurait pas accordé une importance primordiale à l'intérêt supérieur des enfants de M. A dès lors que la communauté de vie dont fait état l'intéressé est récente et postérieure à la naissance de l'enfant dont il est le père. Par conséquent, le moyen doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué et, par voie de conséquence, ses conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Pereira et au préfet de l'Aisne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

G. Truy

La greffière,

Signé

F. Joly

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent

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