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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401255

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401255

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401255
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée 28 mars 2024, M. B A, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Somme a abrogé son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de la mesure d'éloignement et a prononcé à encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Fumagalli, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Fumagalli.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant arménien né le 8 octobre 2004, est entré en France le 2 mars 2021 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 23 novembre 2023. Par un arrêté du 26 février 2024, le préfet de la Somme a abrogé son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 avril 2024. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le 4° de l'article L. 611-1, ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Il indique que la demande d'asile de M. A a été instruite en procédure accélérée puis rejetée par l'OFPRA par une décision du 23 novembre 2023 et que l'intéressé n'a donc plus le droit de se maintenir sur le territoire français. Il mentionne les éléments de la situation personnelle et familiale de M. A. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments propres à la situation personnelle ou professionnelle du requérant, est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est arrivé en France en 2021 et que sa demande d'asile a été rejetée ainsi qu'il a été dit au point 1. M. A, qui est célibataire et sans enfant à charge, ne se prévaut d'aucun élément d'intégration au sein de la société française. A l'appui de sa requête, le requérant se prévaut du séjour régulier de celui qu'il présente comme son père, dont il se borne à produire sa carte de séjour pluriannuelle, sans établir l'intensité des liens qu'il entretient avec ce dernier. Il ressort par ailleurs des pièces produites en défense que les demandes d'asile de son grand-père et de sa grand-mère ont été rejetées par l'OFPRA le 21 novembre 2023 ainsi que celle de son frère, par une décision du 22 septembre 2023, confirmée par une ordonnance de la CNDA du 15 janvier 2024. Par ailleurs, l'intéressé ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où rien ne fait obstacle à sa réinsertion et où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, compte tenu des conditions du séjour en France de l'intéressé, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. A, qui ne fournit d'ailleurs aucune précision à l'appui de ce moyen, serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, alors que par ailleurs, sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet de la Somme a fixé l'Arménie comme pays de destination de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet méconnaît les stipulations citées au point précédent.

En ce qui concerne la décision interdisant le retour sur le territoire français :

8. La décision d'interdiction de quitter le territoire français vise notamment l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la décision attaquée rappelle la date d'entrée en France de l'intéressé et fait état de sa situation personnelle et familiale, qu'il n'a pas de liens personnels et familiaux stables et anciens en France et que sa vie personnelle peut se poursuivre dans son pays d'origine. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Tourbier et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

E. FUMAGALLILe greffier,

Signé

J-F. LANGLOIS

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401255

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