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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401257

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401257

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401257
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrés le 31 mars 2024 et les 2 et 3 avril 2024, M. H C, représenté par Me Dogan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le Portugal comme pays à destination duquel il doit être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à Creil pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la légalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- la compétence de son signataire n'est pas établie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 232-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la légalité de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public ;

Sur la légalité de la décision lui interdisant de circuler sur le territoire français pendant un an :

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence :

- la compétence de son signataire n'est pas établie ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des articles

L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Gars pour statuer sur les demandes telles que celles faisant l'objet du litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Gars, magistrat désigné ;

- les observations de Me Dogan, représentant M. C, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ;

- et les observations de M. C, assisté de Mme G E, interprète en langue portugaise.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant cap-verdien, né le 20 septembre 1971 au Cap-Vert, déclare être entré sans visa sur le territoire français en novembre 2023. Par un arrêté du 29 mars 2024, dont M. C demande l'annulation, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le Portugal comme pays à destination duquel il doit être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du 29 mars 2024, dont M. C demande l'annulation, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à Creil pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.

Sur les moyens communs dirigés à l'encontre des arrêtés attaqués :

2. Par un arrêté du 30 octobre 2023, régulièrement publié le jour même au numéro spécial du recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. D A, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer notamment les décisions et les actes de procédure prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de l'ensemble des décisions attaquées manquent en fait et doivent être écartés.

3. Les arrêtés attaqués mentionnent les dispositions légales et réglementaires ainsi que les circonstances de fait sur lesquelles ils se fondent, et relèvent ainsi des éléments relatifs à la situation personnelle de M. C. Dans ces conditions, le moyen tiré de leur insuffisante motivation manque en fait et doit être écarté.

Sur les conclusions dirigées à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; (). ". Selon l'article L. 233-2 du même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. () ".

5. M. C, ressortissant cap-verdien, fait valoir être marié avec une ressortissante portugaise, Mme B I C F, sans toutefois l'établir. Dans ces conditions, il ne peut se prévaloir de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent. Dès lors, le moyen doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 232-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tant qu'ils ne deviennent pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale mentionné par la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relatif au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille, tels que définis aux articles L. 200-4 et

L. 200-5 et accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne, ont le droit de séjourner en France pour une durée maximale de trois mois, sans autre condition ou formalité que celles prévues pour l'entrée sur le territoire français. Les dispositions du premier alinéa sont applicables aux ressortissants étrangers définies à l'article L. 200-5 ".

7. Ainsi qu'il a été dit au point 5, M. C ne justifie pas être marié avec Mme C F, citoyenne de l'Union européenne. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. C déclare être entré sur le territoire français au mois de novembre 2023. L'intéressé séjournant en France depuis plus de trois mois à la date de l'arrêté attaqué, il ne peut se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 232-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

Sur les conclusions dirigées à l'encontre de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. Aux termes des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence (). "

9. Pour considérer qu'il y a urgence à éloigner M. C du territoire français en application des dispositions citées au point précédent, la préfète de l'Oise s'est fondée sur le fait que la présence en France de l'intéressé, qui soutient être marié avec une citoyenne de l'Union européenne, représente une menace à l'ordre public et qu'il ne justifie pas de moyens d'existence lui permettant de prolonger son séjour en France. S'il ressort des pièces du dossier que M. C doit comparaître à une audience de notification d'ordonnance pénale le 28 mai 2024 pour avoir fait usage le 28 mars 2024 d'une carte nationale d'identité portugaise contrefaite, cette circonstance ne permet pas de considérer que l'intéressé représente une menace à l'ordre public. Le motif tiré de l'absence de ressources financières de M. C ne justifie pas à lui seul un caractère d'urgence à l'éloigner du territoire français. Il suit de là qu'en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, la préfète de l'Oise a fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent. La décision portant refus de départ volontaire doit, dès lors, être annulée.

Sur les conclusions dirigées à l'encontre de la décision lui interdisant de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an :

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Si M. C fait valoir que la décision lui interdisant de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an fait obstacle à ce qu'il maintienne des liens conjugaux réguliers en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ne démontre toutefois pas être marié avec Mme B I C F. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision lui interdisant de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur les conclusions dirigées à l'encontre de l'arrêté portant assignation à résidence :

12. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

13. Pour assigner M. C à résidence à Creil, la préfète de l'Oise s'est fondée, en application du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fait que l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 mars 2024 lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler l'arrêté du même jour par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et l'arrêté l'assignant à résidence.

Sur les frais liés au litige :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. C.

D E C I D E :

Article 1 : La décision du 29 mars 2024 par laquelle la préfète de l'Oise a refusé à M. C un délai de départ volontaire est annulée.

Article 2 : L'arrêté du 29 mars 2024 par lequel la préfète de l'Oise a assigné à résidence

M. C pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure est annulé.

Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. H C, à Me Dogan et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

V. LE GARS

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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