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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401263

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401263

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401263
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2024, Mme A C, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2024 par lequel le préfet de l'Aisne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 10 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fumagalli, conseiller ;

- et les observations de Me Niquet, substituant Me Tourbier représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante marocaine née le 24 février 1986 est entrée sur le territoire français en 2014 ou 2021 selon ses déclarations. L'intéressée a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié " sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 mars 2024, dont Mme C demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée deux ans.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile sur lesquelles se fonde la décision de refus de titre de séjour, notamment l'article L.426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'accord franco-marocain susvisée et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cet arrêté indique que Mme C ne peut se voir délivrer un titre de séjour en tant que conjointe d'un ressortissant de l'Union européenne en raison de son divorce, prononcé le 25 février 2020, avec M. B, ressortissant italien et qu'elle n'a pas effectué les démarches nécessaires pour se maintenir régulièrement en France. Il indique également qu'elle ne peut se voir délivrer un titre de séjour salarié en application de l'accord franco-marocain dès lors qu'elle n'est pas en possession d'un visa de long séjour ni d'une autorisation de travail. Enfin, après avoir fait état de sa situation familiale et professionnelle, l'arrêté litigieux indique que Mme C ne peut bénéficier d'une régularisation en l'absence de motif exceptionnelle ou de considération humanitaire. Par suite, la décision de refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Cette décision étant suffisamment motivée, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté par application des dispositions de l'article L. 613-1 de ce code. L'arrêté attaqué précise également que les pays à destination desquels l'intéressée est susceptible d'être éloignée sont le Maroc ou tout autre pays dans lequel elle sera légalement admissible. L'arrêté attaqué comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement. Enfin, l'arrêté attaqué vise l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et rappelle la durée du séjour en France de l'intéressée ainsi que les éléments de sa situation familiale et personnelle. Par suite, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée. Il suit de là que le moyen afférent doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, célibataire et sans enfant à charge, déclare en dernier lieu être arrivée en France en 2021, après son divorce avec un ressortissant italien ainsi qu'il a été dit au point 2. Toutefois, la requérante ne justifie pas de sa durée de séjour en France. Si elle soutient qu'elle travaille en dernier lieu en qualité de technicienne de surface, son intégration professionnelle demeure récente à la date de l'arrêté attaqué, soit à peine plus d'un an. Par ailleurs, alors même que la sœur de Mme C vit en France sous couvert d'une carte de résident, la requérante n'établit pas être dépourvue d'autres attaches familiales au Maroc, où vivent ses parents et le reste de sa fratrie, et où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Par suite, compte tenu de la durée et des conditions du séjour en France de l'intéressée, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme C, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Aisne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet de l'Aisne et à Me Tourbier.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Richard, premier conseiller,

M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La présidente,

signé

C. Galle

Le rapporteur,

signé

E. Fumagalli Le greffier,

signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

3

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