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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401288

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401288

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401288
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 avril 2024, M. D B, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2024 par lequel la préfète de l'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle en ce que la préfète n'a pas fait mention de son enfant à naitre dans l'arrêté ;

- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations des articles 6 5) et 7 b) de l'accord franco-algérien ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Par ordonnance du 4 avril 2024 la clôture de l'instruction a été fixée au 25 juin 2024 à 12h00.

Un mémoire de la préfète de l'Oise a été enregistré le 5 juillet 2024 après la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Binand, président-rapporteur ;

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant algérien né le 1er mars 1991, est entré en France en 2015 muni d'un visa à visée touristique. Par un arrêté du 28 février 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé l'Algérie ou tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible pour sa reconduite à la frontière et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les moyens communs aux décisions contenues dans l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, l'arrêté du 28 février 2024 mentionne, au visa des stipulations et dispositions pertinentes, les motifs de droit sur lesquels la préfète de l'Oise s'est fondée pour édicter les différentes décisions qui y sont contenues. Il expose également les considérations de fait qui ont conduit l'autorité préfectorale à estimer que, au vu des éléments portés à sa connaissance par M. B, au nombre desquels il n'est pas établi que figurait l'état de grossesse de l'épouse de ce dernier, la situation personnelle et familiale de l'intéressé, qu'elle a décrite, ne justifiait pas de faire usage de son pouvoir de régularisation pour l'admettre au séjour. En tirant de ce refus, suffisamment motivé, qu'elle a entendu faire obligation à M. B de quitter le territoire français en lui accordant le délai de trente jours, qui est celui dont dispose en principe un étranger faisant l'objet d'une telle mesure d'éloignement, l'autorité préfectorale a suffisamment motivé cette mesure d'éloignement ainsi que la décision accordant le délai de départ volontaire, dès lors que l'intéressé n'avait présenté aucune demande tendant à l'octroi d'un délai supérieur. Pour assortir cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français et en fixer la durée, l'autorité préfectorale a indiqué l'appréciation qu'elle a portée sur les critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de séjour en France de l'intéressé, ses attaches privées familiales en France qu'elle a considérées n'être pas stables, anciennes et intenses et la circonstance qu'il s'est déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Enfin, elle a suffisamment motivé la décision fixant l'Algérie comme pays de renvoi de M. B en indiquant qu'il était ressortissant de ce pays et qu'il n'établissait pas y être exposé au risque de subir des traitements inhumains ou dégradant ni attentatoire à sa vie ou à sa liberté. Ainsi, et alors que le bien fondé des motifs sur lesquels la préfète de l'Oise s'est fondée est sans incidence à cet égard, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment au caractère détaillé de la motivation de l'arrêté du 28 février 2024, qui reprend des éléments propres à la situation de M. B, que les décisions attaquées auraient été prises sans un examen préalable de la situation personnelle du requérant par l'autorité préfectorale. Par suite, un tel moyen doit être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des motifs exposés dans l'arrêté contesté, que la préfète de l'Oise s'est bornée à rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour dont elle avait été saisie par M. B, en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation, sans examiner d'office, comme il le lui était loisible de le faire sans y être tenue pour autant, si l'intéressé était susceptible de bénéficier des stipulations du 5) de l'article 6 du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Il s'ensuit que le requérant ne peut utilement se prévaloir de ces stipulations qui sont sans rapport avec les motifs de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour dont il demande l'annulation.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2015 sous couvert d'un visa touristique dont la validité a expiré le 23 août 2015. Il est marié depuis le 12 mars 2022 avec une ressortissante algérienne dont il n'est pas contesté qu'elle est irrégulièrement présente sur le territoire français et qui ne dispose ainsi d'aucun droit à s'y maintenir. Par ailleurs, si M. B se prévaut de la présence régulière d'un frère et d'une sœur sur le territoire français, il n'apporte aucun élément probant de nature à justifier la nécessité de sa présence à leurs côtés, alors qu'il conserve des attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans. Il ne démontre pas une insertion particulière dans la société française, en faisant valoir une activité professionnelle, dont il n'est pas contesté qu'elle est exercée sans que l'autorisation de travail sollicitée par son employeur en 2018 lui ait été accordée, et ce alors qu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement, exécutoire, prise en 2020. Dans ces conditions, compte tenu des conditions de séjour du requérant, et alors que l'état de grossesse de son épouse, au demeurant encore peu avancé à la date de l'arrêté, n'est pas de nature à caractériser une attache d'une particulière intensité avec la France, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de délivrance d'un certificat de résidence portant la mention vie privée et familiale ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, dans les circonstances de l'espèce qui viennent d'être rappelées, et en dépit de l'ancienneté de 9 ans du séjour en France et de l'activité professionnelle exercée sous contrat à durée indéterminée depuis 2018 en qualité de chauffeur-ripeur que le requérant fait valoir, la préfète de l'Oise, en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire pour régulariser le séjour de M. B à titre exceptionnel, n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, un tel moyen doit être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

7. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés que celles exposées au point 5, M. B, au regard des conditions de son séjour en France et des attaches privées et familiales dont il justifie à la date de l'arrêté litigieux, n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire qui lui est faite méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni, dès lors, qu'il tire des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien un droit au séjour faisant obstacle à une telle mesure d'éloignement. Il ne peut davantage se prévaloir à cet effet d'un droit au séjour sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 de cet accord qui ferait obstacle à son éloignement, dès lors qu'il est constant qu'il ne satisfait pas à la condition de détention d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, requise pour se voir délivrer le certificat de résidence que ces stipulations prévoient.

8. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté du 28 février 2024, en tant qu'il porte obligation à M. B de quitter le territoire français sous trente jours emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la situation personnelle ou familiale du requérant. Il s'ensuit que l'erreur manifeste d'appréciation dont cette décision serait entachée à ce titre doit être écartée.

9. En troisième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle ou familiale de M. B justifiait qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé pour déférer à la mesure d'éloignement prononcée par la préfète de l'Oise. Le moyen tiré de l'insuffisance de ce délai doit donc être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 9 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme C et Mme A, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

C. BINAND

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

J. C

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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