jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401333 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GOZLAN |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée sous le n°2401333 le 6 avril 2024, M. A B, représenté par Me Gozlan, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, d'enjoindre au même préfet de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- le tribunal administratif de Cergy-Pontoise est territorialement compétent pour connaître du litige dès lors qu'il réside à Nanterre ;
- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen complet de sa situation ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation ;
- il porte atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;
- il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il remplit les conditions pour l'obtention d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ou "vie privée et familiale ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée sous le n°2401334 le 6 avril 2024, M. A B, représenté par Me Gozlan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen complet de sa situation ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation ;
- les modalités d'application de la mesure sont disproportionnées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Fumagalli, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Fumagalli a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Des pièces complémentaires, produites par la préfète de l'Oise postérieurement à la clôture de l'instruction, ont été enregistrées le 10 avril 2024 dans les instances n°2401333 et n°2401334.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ivoirien né le 7 janvier 1971, déclare être entré en France le 1er février 2015. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 7 mars 2016, confirmée par un jugement de la Cour nationale du droit d'asile du 2 novembre 2016. Par un arrêté du 27 juin 2017, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français.
2. M. B a fait l'objet d'une retenue administrative pour vérification de son droit au séjour à Chambly le 4 avril 2024. Par un arrêté du 4 avril 2024, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du 4 avril 2024, la même autorité l'a assigné à résidence pour une durée de
quarante-cinq jours. M. B demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.
3. Les requêtes susvisées concernent la situation d'un même étranger et on fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la compétence territoriale du tribunal administratif d'Amiens :
4. Aux termes de l'article R.221-3 du code de justice administrative : " Le siège et le ressort des tribunaux administratifs sont fixés comme suit : Amiens : Aisne, Oise, Somme () ". Aux termes de l'article R. 776-6 du même code : " Le tribunal administratif territorialement compétent est celui dans le ressort duquel se trouve le lieu où le requérant est () assigné à résidence au moment de l'introduction de la requête ou, si elle a été introduite avant () l'assignation à résidence, au moment où cette mesure est décidée () ".
5. Il est constant que M. B est assigné sur le territoire de la commune de Chambly, située dans le département de l'Oise. Par suite, en application des dispositions citées au point précédent, le tribunal administratif d'Amiens est territorialement compétent pour statuer sur la requête de M. B.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 4 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et interdisant le retour sur le territoire français :
6. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile notamment le 2° de l'article L. 611-1 ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté mentionne que M. B s'est maintenu sur le territoire à l'expiration de son visa le 25 mai 2019 sans être titulaire d'un titre de séjour, qu'il n'a pas d'attaches familiales en France et qu'il conserve de fortes attaches dans son pays d'origine, où aucun obstacle sérieux s'oppose à la poursuite de sa vie privée et familiale. Par suite, la décision d'obligation de quitter le territoire français, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments propres à la situation personnelle ou professionnelle du requérant, est suffisamment motivée.
7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la préfète de l'Oise a, avant de prendre l'arrêté attaqué, procédé à un examen complet et personnalisé de la situation de
M. B. Le moyen afférent doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré () s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. B est arrivé en France en 2015, où sa demande d'asile a été rejetée. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que l'intéressé était titulaire d'un visa à l'expiration duquel aucune demande de titre de séjour ou de régularisation n'a été faite auprès de l'administration ainsi qu'il a été dit au point 6. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise a fait une exacte application des dispositions du 2° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
10. En quatrième lieu, si M. B a fait une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès des services du préfet des Hauts-de-Seine, la circonstance qu'il remplirait les conditions d'une régularisation ne peut être utilement invoquée à l'encontre de l'arrêté litigieux qui ne lui a pas refusé le séjour mais lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen soulevé à ce titre est inopérant et doit être écarté.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. A l'appui de ses écritures, le requérant se prévaut de son contrat de travail à durée indéterminée en tant qu'ouvrier polyvalent signé auprès de la société Garage Chambly le
1er septembre 2020 et de son expérience professionnelle acquise depuis au sein de cette entreprise. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans enfant à charge. Par ailleurs, le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où rien ne fait obstacle à ce qu'il puisse faire valoir son expérience professionnelle et où l'intéressé a vécu la majeure partie de sa vie. Compte tenu des conditions de séjour de l'intéressé, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à le supposer soulevé, doit être écarté.
13. Tous les moyens dirigés contre l'arrêté portant obligation de quitter le territoire, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et interdisant le retour sur le territoire français ayant été écartés, les conclusions à fin d'annulation présentées contre cet arrêté doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais non compris dans les dépens dans la requête n°2401333.
En ce qui concerne l'arrêté du 4 avril 2024 portant assignation à résidence :
14. Aux termes de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application [de l'article] L. 731-1 () définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. "
15. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'une assignation à résidence à Chambly, lieu de son interpellation, pour une durée de quarante-cinq jours. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé ne vit pas dans cette commune où il ne dispose pas d'un logement. A cet égard, M. B soutient résider 116 avenue Pablo Picasso à Nanterre et être hébergé chez M. C et produit en particulier à cet effet deux attestations en date du
1er août 2022 et du 26 novembre 2023. Le requérant produit également les bulletins de salaire du premier trimestre 2024 indiquant cette même adresse qui est d'ailleurs mentionnée dans la demande d'autorisation de travail souscrite par l'employeur de M. B et dont le document a été signé le 25 novembre 2023. Ce faisceau d'indices suffisamment concordants, qui n'est pas contesté par la préfète de l'Oise dans ses écritures, permettant d'établir que l'intéressé a donc son domicile à Nanterre. Dans les circonstances de l'espèce, le requérant est donc fondé que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation.
16. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 4 avril 2024 assignant M. B à résidence doit être annulé.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
17. Dans la requête n°2401334, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 4 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise a assigné à résidence M. B est annulé.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 800 euros à M. B au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La requête n°2401333 de M. B est rejetée.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
E. FUMAGALLILa greffière,
Signé :
S. GRARE
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2401333 - 2401333
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026