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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401350

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401350

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401350
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHOMEHR

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une ordonnance n° 2402669 du 5 avril 2024, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal, sur le fondement de l'article R. 312-8 du code de justice administrative, la requête, enregistrée le 30 mars 2024 au greffe du tribunal administratif de Versailles, présentée par M. E J H I.

Par cette requête, enregistrée sous le n° 2401350 le 5 avril 2024, M. E J H I, représenté par Me Homehr, avocat commis d'office, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit la circulation sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de procéder au réexamen de sa situation.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise au terme d'une procédure méconnaissant le principe du contradictoire et le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union repris à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations sur les mesures qu'il était envisagé de prendre à son encontre ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle a été signée par une autorité incompétente pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'application de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente pour ce faire ;

- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'application de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 et 30 avril 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés par M. H I ne sont pas fondés ;

- en tout état de cause, la décision portant obligation de quitter le territoire français est également fondée sur le 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne bénéficie plus d'aucun droit au séjour au sens de l'article L. 233-1 de ce code, faute pour lui d'exercer une activité professionnelle en France, de disposer de ressources suffisantes ainsi que d'une assurance maladie.

La demande de M. H I a été transmise au bureau d'aide juridictionnelle le 8 avril 2024.

II) Par une requête, enregistrée sous le n° 2401675 le 27 avril 2024, M. E J H I, représenté par Me Homehr, avocat commis d'office, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué révèle un défaut d'examen de sa situation ;

- il est entaché d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il fait état de la nationalité cap-verdienne qui n'est pas la sienne et envisage le Cap-Vert comme pays de retour ;

- il a été pris pour des " prétendus motifs d'empêchement purement fallacieux " ;

- il entrave sa liberté d'aller et venir en ce qu'il ne peut quitter le département de l'Oise alors qu'il exerce son activité professionnelle en Île-de-France ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- il méconnaît le point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il ne peut quitter le territoire français dès lors que son départ l'amènerait à enfreindre les obligations résultant du sursis probatoire de six mois pendant dix-huit mois dont il bénéficie et à l'occasion duquel il est contraint de répondre aux convocations du juge d'application des peines ou du service pénitentiaire d'insertion et de probation.

La préfète de l'Oise a produit des pièces le 30 avril 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Beaucourt, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beaucourt, magistrate désignée,

- et les observations de Me Porcher substituant Me Homehr, avocat commis d'office, représentant M. H I, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E J H I, ressortissant portugais né le 11 août 1991, déclare être entré en France en novembre 2016. Par un arrêté du 28 mars 2024, dont il demande l'annulation par sa requête enregistrée sous le n° 2401350, la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit la circulation sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an. Par un arrêté du 23 avril 2024, dont M. H I sollicite également l'annulation par la requête enregistrée sous le n° 2401675, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

2. Les requêtes n° 2401350 et n° 2401675, présentées pour M. H I, concernent la même personne et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement M. H I au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 28 mars 2024 :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

5. Par un arrêté du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture de l'Essonne, la préfète de ce département a donné délégation à Mme G B, attachée d'administration, adjointe au chef de bureau de l'éloignement du territoire, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. F D, et M. A C, " les décisions portant obligation de quitter le territoire français y compris ceux portant interdiction de retour ou interdiction de circulation ". Dès lors, et alors qu'il n'est pas allégué ni davantage établi que MM. D et C n'ont pas été empêchés ou absents, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". En particulier, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

7. L'arrêté attaqué du 28 mars 2024 vise les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que, au demeurant, de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et développe les motifs retenus au soutien de la décision en litige. A cet égard, la préfète de l'Essonne a indiqué, au visa du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le comportement de M. H I est constitutif, en raison de faits graves et réitérés dont il est l'auteur, d'une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Le paragraphe 2 de ce même article prévoit que : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si l'article 41 de la charte s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union européenne, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense.

9. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

10. Il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition par les services de police le 28 mars 2024, M. H I a été invité à présenter ses observations sur la perspective d'une mesure de reconduite à la frontière. A cette occasion, l'intéressé, après avoir indiqué indique que " toutes ses affaires se trouvent à Boussy-Saint-Antoine ", a déclaré ne pas avoir d'observations particulières à formuler. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit du requérant à être entendu doit être écarté.

11. En troisième lieu, l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ".

12. Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

13. Il est constant que le comportement de M. H I a été signalé par les services de police pour des faits, commis le 3 février 2021, de violences avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité supérieure à huit jours. Par ailleurs, il est également constant que la mesure d'éloignement attaquée fait suite à une convocation puis un placement du requérant en garde à vue dans un contexte de violences, commises le 8 mars 2024, avec incapacité temporaire de travail inférieure à huit jours sur personne étant ou ayant été conjoint en présence de mineur et vol de téléphone dont l'intéressé, qui indique dans ses écritures " être passé en comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité " reconnaît, hormis les faits de vol, entièrement la matérialité. Par ailleurs, s'il est vrai que M. H I démontre avoir réalisé, depuis le 17 juillet 2017, de nombreuses missions en tant qu'employé intérimaire en qualité de manœuvre, monteur faux plafonds et plaquiste, il ne fait pas état, hormis les circonstances d'être propriétaire d'un bien immobilier et d'être père de deux enfants de nationalité portugaise scolarisés sur le territoire français, d'éléments permettant de traduire une intégration suffisante au sein de la société française, ce d'autant qu'il n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches au Portugal, pays dans lequel il a d'ailleurs vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans au moins.

14. Par suite, eu égard à la nature, à la gravité et au caractère récent des faits rappelés au point précédent, la préfète de l'Essonne, a pu, sans faire une inexacte application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer que la présence en France de M. H I constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour la sécurité publique, qui constitue un intérêt fondamental de la société française, et prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français, nonobstant la circonstance qu'il dispose, à la date de la décision attaquée, d'un casier judiciaire vierge de toute condamnation et des efforts qu'il a déployés en vue de son intégration par le travail. Un tel moyen, de même que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent dès lors être écartés.

15. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 13, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. En cinquième lieu, le point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, de autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

17. Si M. H I soutient être père de deux enfants de nationalité portugaise scolarisés sur le territoire français, il ne justifie pas en quoi la décision attaquée, qui a pour seul effet son éloignement du territoire français, aurait pour conséquence d'entraîner leur déscolarisation. A supposer même que, par cet argument, il ait entendu se prévaloir de l'éclatement de la cellule familiale, il ressort de ce qui vient d'être dit au point 13 que le requérant a reconnu sa culpabilité dans les faits de violences commis le 8 mars 2024 sur la mère de ses enfants et devant l'un d'eux et pour lesquels il indique d'ailleurs, dans ses écritures, faire l'objet d'un sursis probatoire. Par suite, la préfète de l'Essonne n'a pas méconnu l'intérêt supérieur des deux enfants de M. H I, ni, partant, les stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant rappelées au point précédent.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

18. En premier lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 5 à 17, le moyen tiré de ce que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

19. En deuxième lieu, la préfète de l'Essonne a relevé, en regard des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'urgence à éloigner M. H I du territoire français dès lors que son comportement personnel représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour la sécurité publique, qui constitue un intérêt fondamental de la société française. Ainsi, la décision attaquée, qui comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, est suffisamment motivée de sorte que le moyen soulevé en ce sens doit être écarté comme manquant en fait.

20. En troisième lieu, l'article L.251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

21. Eu égard au comportement adopté par M. H I tel que décrit au point 13, la préfète de l'Essonne a pu, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer que la condition d'urgence était remplie pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'application des dispositions citées au point précédent doit être écarté.

En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination :

22. Eu égard à ce qui vient d'être exposé aux points 5 à 17, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

23. En premier lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 5 à 17, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

24. En deuxième lieu, l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

25. La préfète de l'Essonne, qui indique avoir procédé à un examen approfondi de la situation personnelle du requérant, a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français, au visa l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en faisant état de ce que le comportement de l'intéressé, tel qu'il l'a décrit dans son arrêté, constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

26. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 13 du présent jugement, la préfète de l'Essonne a pu légalement considérer que le comportement de M. H I constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société au sens du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'autorité préfectorale n'a pas, compte tenu des éléments constitutifs de la situation personnelle du requérant, fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit, ainsi, être écarté.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 23 avril 2024 :

27. En premier lieu, l'arrêté attaqué indique la ville de Praia au Cap-Vert comme lieu de naissance de M. H I et en tire comme conséquence que ce dernier dispose de la nationalité cap-verdienne. Néanmoins, cette erreur, purement matérielle, est sans influence sur la légalité de la mesure d'assignation à résidence en cause et ne saurait, à elle seule et compte tenu de la motivation détaillée de l'arrêté attaqué, révéler un défaut d'examen par la préfète de la situation de l'intéressé ce d'autant qu'il résulte de l'instruction que l'autorité préfectorale, qui n'a tiré de cette mention, certes erronée, aucune conséquence juridique, aurait pris la même décision si elle avait retenu le Portugal comme pays de naissance du requérant. Par suite, ce moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarte, de même que ceux tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation.

28. En deuxième lieu, en se bornant à soutenir que l'arrêté en cause a été pris pour des " prétendus motifs d'empêchement purement fallacieux ", M. H I ne contredit pas utilement, en l'absence de précisions suffisantes, la circonstance que la mesure d'éloignement prise à son égard, dont l'exécution, bien que ne pouvant intervenir immédiatement pour des raisons matérielles, demeure toutefois une perspective raisonnable.

29. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français ". En outre, l'article L. 733-2 de ce code dispose que : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures () ". L'article R. 733-1 du même code prévoit que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

30. Si les décisions d'assignation à résidence prévues par les dispositions citées au point précédent ne sont pas assimilables à des mesures privatives de liberté, les modalités de ces mesures susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. Elles ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir, ni au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les dispositions de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

31. La décision attaquée fait obligation à M. H I de se présenter tous les jours " en matinée " au commissariat de police de Creil ainsi que de demeurer dans les locaux où il réside, au 33 rue des chalets à Montataire, chaque jour entre 06 heures 00 et 08 heures 00 et lui interdit de sortir du département de l'Oise sans autorisation. Si le requérant soutient que la mesure restreint sa liberté d'aller et venir en ce qu'il ne peut quitter le département de l'Oise alors qu'il exerce son activité professionnelle en Île-de-France, il ne démontre pas, par les pièces qu'il produit, être titulaire, à la date d'édiction de l'arrêté attaqué, d'un quelconque contrat de travail, le certificat de travail qu'il produit faisant état, en dernier lieu, d'une ultime mission d'intérim en qualité de plaquiste du 18 au 31 mars 2024.

32. Par ailleurs, si l'intéressé soutient qu'il est père de deux enfants mineurs avec lesquels il vivait jusqu'à la décision d'obligation de quitter le territoire français, il ressort des pièces du dossier que le juge délégué au tribunal judiciaire d'Evry-Courcouronnes, a, par l'ordonnance d'homologation rendue le 29 mars 2024, instauré des mesures de protection, dans le cadre du sursis probatoire octroyé au requérant, prenant la forme, pour ce dernier, de s'abstenir de paraître au domicile de sa concubine, mère de ses enfants, ni d'entrer en relation avec elle en raison des faits de violences volontaires exercées sur elle et ayant entraîné une incapacité de travail de deux jours en lui portant des coups de poing et en lui arrachant le téléphone des mains avec cette circonstance que l'ensemble de ces faits ont été commis devant son fils de dix ans.

33. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés, de même que le moyen tiré de ce que cette mesure porte une atteinte disproportionnée à la liberté de M. H I d'aller et venir.

34. En quatrième lieu, le requérant, qui se contente d'invoquer les convocations devant le juge d'application des peines ou le service pénitentiaire d'insertion et de probation auxquelles il doit nécessairement se rendre dans le cadre de son sursis probatoire, ne démontre pas que la mesure litigieuse l'empêcherait de se conformer aux obligations auxquels il est soumis dans ce cadre dès lors que l'arrêté en cause prévoit la possibilité pour l'intéressé de solliciter des autorisations ponctuelles de circuler en dehors du périmètre de son assignation et qu'il n'établit, pas davantage qu'il n'allègue avoir sollicité, en vain, une telle autorisation.

35. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. H I doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de la requête.

Sur le montant de la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle :

36. Aux termes de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " La part contributive versée par l'Etat à l'avocat, ou à l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans une procédure reposant sur les mêmes faits en matière pénale ou dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire dans les autres matières est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire () ".

37. En l'espèce, la requête de M. H I enregistrée sous le n° 2401675 correspond à un litige connexe à celui enregistré sous le n° 2401350. L'intéressé bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire et est assisté par Me Homehr. En conséquence, il y a lieu, conformément aux dispositions ci-dessus rappelées, d'appliquer un abattement de 30 % sur le montant de l'aide juridictionnelle correspondant à la requête n° 2401675.

D É C I D E :

Article 1er : M. H I est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes nos 2401350 et 2401675 de M. H I est rejetée.

Article 3 : Il est appliqué un abattement de 30 % sur le montant de la part contributive à l'aide juridictionnelle versée à Me Homehr au titre de la requête n° 2401675.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E J H I, au préfet de l'Essonne, à la préfète de l'Oise et à Me Homehr.

Copie en sera adressée pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire d'Amiens.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé

P. BEAUCOURTLa greffière,

Signé

A. RIBIÈRE

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne et à la préfète de l'Oise, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2401350 et 2401675

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