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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401354

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401354

mercredi 7 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401354
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU3
Avocat requérantBARTHOD-COMPANT LA FONTAINE

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. C D, ressortissant algérien, qui demandait l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 21 mars 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant l'Algérie comme pays de destination et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et d'erreur manifeste d'appréciation, jugeant que la décision était légalement fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et de la convention européenne des droits de l'homme (CEDH).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 8 avril 2024, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a renvoyé au tribunal administratif d'Amiens la requête enregistrée le

22 mars 2024 présentée par M. C D.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés les 22 mars et 2 avril 2024, M. C D, représenté par Me Barthod, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2024, par lequel le préfet du Val d'Oise l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé l'Algérie comme pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Barthod sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'incompétence, dès lors que son auteur ne justifie pas d'une délégation régulièrement publiée à cet effet ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, dès lors qu'il réside sur le territoire français depuis 2022 et que cinq de ses frères résident régulièrement sur le territoire français ;

- pour les mêmes raisons, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que cinq de ses frères résident sur le territoire français et que la majeure partie de sa fratrie réside à l'extérieur de l'Algérie.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

- la décision est entachée d'incompétence, dès lors que son auteur ne justifie pas d'une délégation régulièrement publiée à cet effet ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il dispose d'un passeport en cours de validité et qu'il est hébergé chez l'un de ses frères.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il réside sur le territoire français depuis plus d'un an, qu'il y justifie d'une vie privée et familiale et qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public de telle sorte que la mesure est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2024.

La présidente du tribunal a désigné M. Thérain pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Thérain, vice-président.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant algérien né le 21 septembre 1989, déclare être entré en France en décembre 2023. Par un arrêté du 21 mars 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet du Val d'Oise l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé l'Algérie comme pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 23-071 du 22 décembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise le même jour, le préfet a donné délégation à M. A B, attaché, adjoint à la cheffe de bureau et de l'éloignement, à l'effet de signer l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'incompétence de son signataire manque dès lors en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué vise les dispositions législatives et règlementaires dont il fait application et indique les circonstances de fait sur lesquelles il se fonde, en relevant notamment qu'il a été constaté, lors d'un contrôle effectué le 21 mars 2024, que M. D se trouvait en situation irrégulière sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait insuffisamment motivé doit être écarté.

4. En troisième lieu, M. D ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'arrêté attaqué n'est pas fondé sur ces dispositions, et alors qu'au demeurant ce dernier ne résulte pas d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour qui aurait été présentée par l'intéressé.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. Si M. D se prévaut de la présence régulière sur le territoire français de cinq de ses frères, il ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de ses 34 ans. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaitrait ainsi les stipulations précitées.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants () 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".

8. M. D ne démontre pas, par les pièces qu'il produit, être entré régulièrement sur le territoire français, et notamment pas, comme il l'allègue, au cours du mois de décembre 2023, ni avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il s'ensuit qu'il pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

10. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, la décision prescrivant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre de M. D, qui ne justifie par ailleurs d'aucune circonstance humanitaire, n'est pas disproportionnée.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2024.

Le vice-président désigné,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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