mercredi 7 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401366 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU3 |
| Avocat requérant | SEYREK |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance, en date du 9 avril 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Rouen a renvoyé au tribunal administratif d'Amiens la requête enregistrée le 5 avril 2024 de M. A.
Par cette requête, M. B A, représenté par Me Seyrek, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2024, par lequel le préfet de la Seine-Maritime, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'incompétence, dès lors que son auteur ne justifie pas disposer d'une délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il n'a pas été mis à même de présenter ses observations préalablement à la décision contestée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale, dès lors qu'il est entré sur le territoire français le 26 août 2022, sous couvert d'un visa délivré par les autorités italiennes, accompagné de son épouse et de ses deux enfants, lesquels sont scolarisés en France, que son épouse est titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités belges et qu'elle étudie en Belgique, que la famille réside sur le territoire français, qu'il est inséré à la société française et qu'il exerce une activité professionnelle ;
- pour les mêmes raisons, elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne le délai de départ volontaire :
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- il n'a pas été mis à même de présenter ses observations préalablement à la décision contestée ;
- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne comporte pas les critères objectifs et les garanties prévues par la directive dite " retour " de telle sorte que la décision est dépourvue de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale, dès lors qu'il est entré sur le territoire français le 26 août 2022, sous couvert d'un visa délivré par les autorités italiennes, accompagné de son épouse et de ses deux enfants, lesquels sont scolarisés en France, que son épouse est titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités belges et qu'elle étudie en Belgique, que la famille réside sur le territoire français, qu'il est inséré à la société française et qu'il exerce une activité professionnelle ;
- pour les mêmes raisons, elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- il n'a pas été mis à même de présenter ses observations préalablement à la décision contestée ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est entachée d'incompétence, dès lors que son auteur ne justifie pas disposer d'une délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il est entré sur le territoire français le 26 août 2022, sous couvert d'un visa délivré par les autorités italiennes, accompagné de son épouse et de ses deux enfants, lesquels sont scolarisés en France, que son épouse est titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités belges et qu'elle étudie en Belgique, que la famille réside sur le territoire français, qu'il est inséré à la société française et qu'il exerce une activité professionnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La présidente du tribunal a désigné M. Thérain pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thérain, vice-président,
- et les observations de Me Pereira, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 22 mai 1979, déclare être entré en France en 2023. Par un arrêté du 3 avril 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Seine Maritime, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 24-015 du 21 mars 2024, publié le lendemain au recueil spécial n° 76-2024-046 des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à la signataire de la décision attaquée à cette fin. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige manque en fait.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde et relève, d'une part, que la situation de M. A entre dans le champ d'application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il n'a réalisé aucune démarche pour régulariser sa situation, d'autre part, les éléments de faits relatifs à sa situation personnelle et familiale. Les décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et prescrivant à l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois indiquent également suffisamment les dispositions et les circonstances de fait sur lesquelles elles se fondent. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait insuffisamment motivé. Pour les mêmes raisons, cet arrêté n'est pas entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.
4. En troisième lieu, il ressort du procès-verbal du 3 avril 2024 que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations avant l'intervention des décisions résultant de l'arrêté attaqué.5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A soit entré régulièrement en France au cours du mois d'août 2022 sous couvert d'un visa délivré par les autorités italiennes comme il l'allègue, alors qu'il a au demeurant déclaré aux services de police à la suite de son interpellation qu'il admettait être entré de manière irrégulière sur le territoire français au début de l'année 2023, puis s'y être maintenu et avoir obtenu un emploi au bénéfice de documents d'identité italiens frauduleux. Il n'est pas allégué que l'épouse de l'intéressé résiderait de manière régulière sur le territoire français et n'est pas plus démontré qu'elle serait titulaire d'un titre lui permettant, comme il est soutenu, de résider régulièrement en Belgique, alors que la seule pièce produite à cet effet, dénommée "attestation d'immatriculation", ne mentionne pas qu'elle autoriserait le séjour régulier de son porteur. Il n'est enfin pas démontré que la scolarité des deux enfants du couple ne pourrait se poursuivre normalement dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, alors qu'aucune circonstance ne s'oppose à ce que les membres de sa famille l'accompagnent en cas de retour dans son pays d'origine, l'arrêté attaqué n'a pas porté d'atteinte au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale. Pour les mêmes raisons, il n'est entaché d'aucune erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
7. En cinquième lieu, les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient, par exception au délai de départ volontaire de trente jours institué par les dispositions de l'article L. 612-1 du même code, les hypothèses dans lesquelles un étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français peut se voir opposer une décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. L'hypothèse prévue au 3° de l'article L. 612-2 constitue la transposition des dispositions du 4° de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008. Les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile définissent les critères objectifs de détermination du risque de fuite. Par ailleurs, en prévoyant que des circonstances particulières peuvent faire obstacle à ce que le risque de fuite soit considéré comme établi dans l'hypothèse où un étranger entrerait dans l'un des cas ainsi définis, le législateur a imposé à l'administration un examen de la situation particulière de chaque étranger de nature à assurer le respect du principe de proportionnalité entre les moyens et les objectifs poursuivis lorsqu'il est recouru à des mesures coercitives, en conformité avec l'article 3 de la directive. Par suite, les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 ne sont pas incompatibles avec les garanties prévues par la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008.
8. En sixième lieu, les moyens tirés de ce que la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire à M. A ainsi que celle lui prescrivant une interdiction de retour sur le territoire français méconnaitraient l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes raisons que celles exposées ci-dessus au point 6.
9. Enfin, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que les moyens tirés de ce que certaines des décisions attaquées seraient illégales à raison des illégalités entachant les décisions antécédentes résultant du même arrêté et sur lesquelles elles se fondent doivent être écartés.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fin d'injonction et ainsi que celles qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2024.
Le vice-président désigné,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026