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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401397

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401397

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401397
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 avril 2024 et le 25 avril 2024, M. A B, représenté par Me Peteytas, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite de rejet que la préfète de l'Oise a opposée à sa demande de renouvellement de sa carte pluriannuelle de séjour pourtant la mention " vie privée et familiale " déposée le 9 mars 2023, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de réexaminer sa demande et de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de 72 heures à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour, qui le place dans une situation de précarité et fait obstacle à l'exercice de son activité professionnelle, la condition d'urgence est remplie ;

- les moyens tirés de ce que cette décision est entachée d'un vice d'incompétence de son signataire, qu'elle est insuffisamment motivée en droit et en fait, alors qu'il a demandé vainement la communication de ses motifs, qu'elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle, qu'elle méconnait les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de ce qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la gravité des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle sont propres à créer un doute sérieux sur sa légalité.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise qui n'a pas présenté d'observations.

Vu :

- la requête de M. B enregistrée le 10 avril 2024 sous le n° 2401400 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 26 avril 2024 à 9h30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Grare, greffière :

- le rapport de M. Binand, juge des référés ;

- et les observations de M. B qui reprend les moyens et arguments déjà exposés dans ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 4 juillet 1985, est entré sur le territoire français en 1989. Il s'est vu délivrer à sa majorité des titres de séjour annuels puis une carte pluriannuelle de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 22 janvier 2019 au 21 janvier 2021 qui a été renouvelée jusqu'au 21 janvier 2023. Par la présente requête il demande au juge des référés d'ordonner la suspension de la décision implicite par laquelle la préfète de l'Oise a rejeté la demande de renouvellement de ce titre de séjour dont il l'a saisie le 9 mars 2023.

Sur l'urgence :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. En l'espèce, M. B allègue sans être contredit être présent en France depuis 1989 et justifie, par les pièces qu'il produit, d'un séjour continu et en situation régulière au moins depuis l'année 2013. Il ressort des pièces du dossier que l'administration a explicitement accepté d'instruire la demande de renouvellement de la carte pluriannuelle de séjour dont l'intéressé l'a saisie le 9 mars 2023, peu après la fin de validité de ce titre de séjour, et lui a délivré des récépissés l'autorisant à travailler jusqu'au 10 janvier 2024. Par ailleurs, il n'est ni établi ni allégué que l'instruction de la demande de M. B aurait été suspendue par une demande de pièces ou informations complémentaires adressée par l'administration avant que son silence fasse naître une décision implicite de rejet en vertu des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni même que le dossier de M. B serait incomplet à ce jour, après les derniers éléments qu'il a apportés le 8 décembre 2023. Dans ces circonstances, compte tenu de la gravité des effets que le refus implicite opposé à cette demande de titre de séjour emporte sur la situation de M. B et alors que celui-ci a sollicité vainement le renouvellement du dernier récépissé échu depuis le 10 janvier 2024, ce qui fait obstacle à la poursuite de son activité professionnelle de production de spectacles vivants, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a demandé, par un courrier présenté le 9 mars 2024 à préfète de l'Oise de lui communiquer les motifs de la décision implicite de rejet née du silence conservé durant quatre mois sur la demande de titre de séjour qu'il a présentée le 9 mars 2023. Il fait valoir, sans être contredit, que cette demande est restée sans suite, à la date de la présente ordonnance.

7. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est ni établi ni allégué que la demande de communication des motifs a été présentée par M. B après l'expiration du délai de recours contentieux, le moyen tiré de ce que le refus de délivrer une carte pluriannuelle de séjour est entaché d'un défaut de motivation est propre à faire naître en l'état de l'instruction un doute sérieux sur la légalité de cette décision.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète de l'Oise a refusé à M. B le renouvellement de sa carte pluriannuelle de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. La présente ordonnance implique nécessairement que la préfète de l'Oise réexamine la demande de titre de séjour de M. B dans un délai d'un mois et, dans l'attente, qu'elle lui délivre sans délai et à titre provisoire un récépissé l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce que ledit examen ait été effectué. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète de l'Oise a refusé d'accorder à M. B le renouvellement de sa carte pluriannuelle de séjour portant la mention " vie privée et familiale " est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Oise de procéder au réexamen de la situation de M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer sans délai un récépissé l'autorisant à travailler valable pendant la durée de ce réexamen.

Article 3 : L'État versera à M. B une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la préfète de l'Oise.

Fait à Amiens, le 30 avril 2024.

Le juge des référés, La greffière,

Signé : Signé :

C. Binand S. Grare

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°2401397

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