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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401408

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401408

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401408
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantDEVOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête enregistrée au greffe du tribunal le 11 avril 2024, sous le

n° 2401408, M. A B, représenté par Me Devos, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision de la préfète de l'Oise en date du

20 mars 2024 portant suspension de son permis de conduire pour une durée de six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il indique :

- qu'il est recevable dans son action s'agissant d'une demande précédée d'un recours en annulation ;

- que les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies dès lors qu'il a besoin d'un moyen de locomotion autonome et d'un permis de conduire valide pour la recherche d'une activité alors qu'il doit assumer de nombreuses charges dont celle d'un enfant mineur et que, depuis 2015, il n'a fait l'objet que de deux verbalisations, ayant depuis donné lieu à restitution des points retirés ;

- qu'il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée laquelle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par mémoire en défense enregistré le 2 mai 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle rappelle des circonstances de l'affaire dans le cas d'un contrôle routier à l'occasion duquel M. B a refusé de se soumettre à un contrôle de dépistage de conduite après usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ce qui a justifié la rétention de son permis de conduire à titre conservatoire puis la décision contestée de suspension pour une durée de 6 mois.

Elle considère que l'urgence n'est pas établie dans une situation où la circonstance que le requérant ait besoin de son permis de conduire n'est pas de nature, eu égard à la gravité de l'infraction commise, à justifier le bénéfice des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative s'agissant d'une personne bénéficiant certes d'un capital de 12 points, mais après reconstitution, et dont le permis a, par le passé, déjà été suspendu pour des faits prévus à l'article L. 234-8 du code de la route. Elle précise qu'il n'y aucun doute sur la légalité de la décision contestée.

Vu la décision attaquée.

Vu :

- la requête n° 2401394 enregistrée le 10 avril 2024 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative ;

- le code des relations entre le public et l'administration.

La présidente du tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, dans les fonctions de juge des référés.

Les parties ayant été régulièrement convoquées à l'audience.

Après avoir présenté son rapport au cours de l'audience publique qui s'est tenue le

7 mai 2024 à 14 heures 30, en présence de Mme Wrobel, greffière et entendu les observations de Me Porcher, se substituant à Me Devos.

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à 14 heures 45.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté référencé " 1F " du 20 mars 2024, la préfète de l'Oise a suspendu pour une durée de six mois la validité du permis de conduire de M. B en raison des risques que son comportement peut faire encourir notamment à la sécurité des usagers de la route, à ses passagers et à lui-même. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : "Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : "Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ()". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : "La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l 'urgence de l'affaire".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 224-7 du code de la route : " Saisi d'un procès-verbal constatant une infraction punie par le présent code de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, le représentant de l'Etat dans le département où cette infraction a été commise peut, s'il n'estime pas devoir procéder au classement, prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire ou l'interdiction de sa délivrance lorsque le conducteur n'en est pas titulaire. Il peut également prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire à l'encontre de l'accompagnateur d'un élève conducteur lorsqu'il y a infraction aux dispositions des articles L. 234-1 et L. 234-8 et aux dispositions des articles L. 235-1 et L. 235-3 ". Aux termes de l'article L. 224-8 du même code : " La durée de la suspension ou de l'interdiction prévue à l'article L. 224-7 ne peut excéder six mois. Cette durée est portée à un an en cas d'infraction d'atteinte involontaire à la vie ou d'atteinte involontaire à l'intégrité de la personne susceptible d'entraîner une incapacité totale de travail personnel, de conduite en état d'ivresse manifeste ou sous l'empire d'un état alcoolique, de conduite après usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, de refus de se soumettre aux épreuves de vérification prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ou de délit de fuite. Le représentant de l'Etat dans le département peut également prononcer une telle mesure à l'encontre de l'accompagnateur d'un élève conducteur lorsqu'il y a infraction aux dispositions des articles L. 234-1 et L. 234-8 et aux dispositions des articles L. 235-1 et L. 235-3 ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Pour justifier de l'urgence à statuer sur sa demande, M. B soutient que son permis de conduire est indispensable à sa recherche d'un emploi et fait valoir qu'il doit subvenir aux besoins de sa famille.

6. Il résulte des pièces du dossier que, par décision en date du 20 mars 2024, la préfète de l'Oise a suspendu le permis de conduire d'un véhicule automobile de M. B. Si l'exécution de la décision litigieuse porte atteinte aux conditions de recherche d'une activité en autonomie de déplacement et la détention d'un permis de conduire lui est nécessaire pour les nécessités de la vie quotidienne, elle répond, d'une part, eu égard à la gravité de l'infraction au code de la route commise par l'intéressé, déjà sanctionné pour des faits de l'espèce, a des exigences de sécurité routière. D'autre part, le requérant n'apporte, à l'appui de ses allégations, pas de justification de nature à établir le caractère indispensable, notamment pour l'exercice ou la recherche d'une activité, que celle-ci exige la conduite, par lui-même, d'un véhicule automobile. Dès lors, la condition d'urgence laquelle doit s'apprécier objectivement et globalement, n'est pas remplie. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, les conclusions de la requête de M. B tendant à la suspension de la décision qu'il conteste doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquences que celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la préfète de l'Oise.

Fait à Amiens, le 7 mai 2024.

Le magistrat désigné, La greffière,

Signé : Signé :

G. Truy N. Wrobel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2401408

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