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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401413

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401413

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401413
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL LEXCASE SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 avril, 7 et 16 mai 2024, Mme A B veuve C, représentée par Me Apelbaum, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai sous astreinte de 150 euros par jour de retard en la munissant dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- la décision attaquée méconnait les articles L. 423-1, L. 423-2 et L. 423-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de droit alors qu'elle prend en compte des considérations étrangères à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser l'admission au séjour à ce titre et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte-tenu de sa situation personnelle en France ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision refusant un titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par Mme B veuve C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pierre ;

- et les observations de Me Roche, représentant Mme B veuve C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B veuve C, ressortissante marocaine, née le 4 juin 1965, déclare être entrée en France le 8 octobre 2021 pour y rejoindre son mari de nationalité française. Sa demande d'admission au séjour en tant que conjoint de français a été rejetée par une décision du 12 janvier 2022. Sa requête contre cette décision a été rejetée par le tribunal par un jugement du 22 décembre 2023. Après avoir contracté mariage en France avec son époux le 22 août 2022, Mme B veuve C a renouvelé sa demande d'admission au séjour le 4 mai 2023. Son époux est décédé durant l'instruction de cette demande qui a été rejetée par l'arrêté attaqué du 13 mars 2024 par lequel la préfète de l'Oise lui a également fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Maroc comme pays à destination duquel elle sera renvoyée en cas d'exécution d'office de cette mesure.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci comporte de façon suffisamment circonstanciée l'indication des motifs de fait qui en constituent le fondement, et détaille la situation de Mme B veuve C par des considérations qui lui sont propres. Par suite, et sans qu'ait d'incidence la circonstance que le mémoire en défense de la préfète de l'Oise comporte des erreurs sur la situation de l'intéressée, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen particulier doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français." Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance de la carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. () ". Aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Aux termes de l'article L. 423-3 du même code : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. / Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française. ". Aux termes de l'article L. 423-4 du même code : " La rupture du lien conjugal n'est pas opposable lorsqu'elle résulte du décès du conjoint. Il en va de même de la rupture de la vie commune. "

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci cite l'article L. 423-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose que le décès du conjoint français de Mme B veuve C étant survenu avant la délivrance d'un premier titre de séjour, ces dispositions ne sont pas applicables. Ce faisant, la préfète de l'Oise n'a commis aucune erreur de droit, la première délivrance d'un titre de séjour en tant que conjoint de français étant subordonnée à l'existence d'un lien conjugal avec un ressortissant français. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 423-1, L. 423-2 et L. 423-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. D'une part, en prenant en compte la situation personnelle et familiale de Mme B veuve C, la préfète de l'Oise n'a commis aucune erreur de droit quant aux conditions dans lesquelles un étranger peut être admis exceptionnellement au séjour au titre de sa vie privée et familiale en application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. D'autre part, alors qu'il ressort des pièces du dossier que Mme B veuve C, qui est entrée récemment sur le territoire français, est désormais veuve, la seule circonstance que la fille unique du couple de nationalité française, qui est majeure, l'héberge et pourvoit à ses besoins par une pension, qui au demeurant pourrait également être versée à la requérante en cas de retour dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 56 ans, ne constitue pas un motif exceptionnel d'admission au séjour au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de l'intéressée au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, compte-tenu de ce qui précède, Mme B veuve C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'annulation de la décision lui refusant un titre de séjour.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Compte tenu de la situation de Mme B veuve C telle qu'exposée au point 7, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français dont elle a fait l'objet aurait porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme B veuve C doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B veuve C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B veuve C et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

A-L Pierre

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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