jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401459 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | VAILLANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 12 avril, 21 avril,
28 mai et 12 juin 2024, M. B A, représenté par Me Vaillant, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2024, par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le Bangladesh comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour revêtu de la mention "salarié" ou "travailleur temporaire" ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 0euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu du caractère réel et sérieux de sa formation, de l'avis de la structure au sein de laquelle il était accueilli et de la nature des liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ;
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale, dès lors qu'elle se fonde sur la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour, elle-même illégale ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale, dès lors qu'elle se fonde sur la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour, elle-même illégale ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que sa situation scolaire et professionnelle nécessite qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit octroyé ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale, dès lors qu'elle se fonde sur la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour, elle-même illégale ;
- elle méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il n'a aucune attache au Bangladesh ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale, dès lors qu'elle se fonde sur la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour, elle-même illégale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il est inséré en France, et que son comportement ne présente pas de menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. A s'est vu refuser le bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 29 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,
- et les observations de Me Vaillant, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant de la République de Guinée, né le 4 avril 2005, déclare être entré en France le 23 avril 2021. Il a présenté, le 31 janvier 2023, une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 mars 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le Bangladesh comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, le refus de délivrance d'un titre de séjour qui a été opposé à M. A vise les dispositions légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde, et notamment l'article
L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise les éléments de la situation professionnelle et personnelle que le préfet a pris en considération pour le prendre. Par ailleurs, la décision obligeant l'intéressé à quitter le territoire français vise le 3° de l'article
L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision lui refusant un titre de séjour. En outre, en visant l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en indiquant, outre la nationalité de l'intéressé, que M. A n'établissait pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet a également suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination. Enfin, lorsque l'autorité administrative prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, qui est le délai normalement applicable, ou d'un délai supérieur, elle n'a pas à motiver spécifiquement sa décision. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'ensemble de ces décisions est insuffisamment motivé.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
4. M. A déclare être entré en France le 23 avril 2021, alors qu'il était âgé de seize ans et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Aisne le 5 mai 2021. Il est constant que l'intéressé suit avec sérieux une formation pour passer un CAP de menuisier installateur, et a conclu à cette fin un contrat d'apprentissage le 2 janvier 2023. Par ailleurs, le rapport social, établi le 24 avril 2024 par la structure qui l'accompagne, relève l'autonomie de l'intéressé dans la gestion de son logement, de son budget et des différents aspects de sa vie quotidienne. Il ressort cependant de ce rapport que M. A, s'il n'est pas en contact régulier avec sa famille en Guinée, n'en est pas totalement privé et s'il soutient que la différence entre les deux formulaires de demande de titre de séjour, sur laquelle se fonde notamment le préfet pour relever qu'il entretient des liens avec sa famille restée au pays, ne résulte pas de naissances intervenues dans sa fratrie, il ne le démontre pas, alors notamment qu'aucune des dates de naissance n'est précisée. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché la décision lui refusant le séjour d'une erreur manifeste d'appréciation.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
6. Compte tenu des éléments de la situation de M. A exposés au point 4 du présent jugement, et alors même qu'il se prévaut de plusieurs avis favorables de son maitre de stage, ainsi que d'une inscription au sein d'un club d'activités sportives, l'intéressé, qui est célibataire et n'a pas d'enfant, ne conteste pas ne pas être dépourvu d'attache en Guinée, où réside sa famille. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que l'autorité préfectorale a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni qu'il a méconnu les stipulations précitées en prenant l'obligeant à quitter le territoire français.
7. En quatrième lieu, en se bornant à se prévaloir du contrat d'apprentissage dont il bénéficie dans le cadre de sa formation, et dont l'échéance est prévue en 2025, M. A, qui n'a, par ailleurs, pas demandé à bénéficier d'un délai de départ volontaire différent, n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché son arrêté d'une erreur de droit en fixant ce délai à trente jours.
8. En cinquième lieu, alors que la mention du Bangladesh comme pays à destination duquel devrait être éloigné M. A en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre résulte d'une erreur purement matérielle, le préfet ayant entendu indiquer la République de Guinée, pays dont l'intéressé a la nationalité, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que cette décision méconnaitrait pour ce motif les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, lesquelles ne sont pas plus méconnues en cas de retour de M. A dans son pays d'origine. Il y a lieu en conséquence de rectifier cette erreur purement matérielle au dispositif du présent jugement, en prévoyant que le pays à destination duquel il pourra être reconduit en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement est la République de Guinée.
9. En sixième lieu, M. A, qui ne démontre pas l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé, n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, ni que la décision fixant le pays de destination seraient illégales par voie d'exception.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
11. Alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. A suit avec sérieux la formation dans laquelle il est inscrit, que, par ailleurs, aucune précédente mesure d'éloignement n'a été prise à son encontre, et que son comportement ne présente pas de menace pour l'ordre public, le préfet ne pouvait, sans méconnaitre les dispositions rappelées au point précédent, prendre à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, laquelle doit, par conséquent être annulée.
12. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 12 mars 2024, tel que rectifié conformément à ce qui a été dit au point 8, doit seulement être annulé en tant qu'il interdit à
M. A de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an et que le surplus des conclusions de la requête de l'intéressé doit être rejeté, en ce comprises celles présentées à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : A l'article 4 de l'arrêté n°02-2024-88 du préfet de l'Aisne du 12 mars 2024 obligeant M. A à quitter le territoire français, le mot " Bangladesh " est remplacé par les mots " République de Guinée ".
Article 2 : Cet arrêté est annulé en tant qu'il interdit à M. A de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 19 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026