lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401466 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL GENESIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 avril 2024, l'association Picardie Nature, représentée par Me Szymanski, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 novembre 2019 par lequel le préfet de l'Oise a autorisé la société Carrières D à poursuivre et étendre l'exploitation d'une carrière alluvionnaire sur le territoire des communes de
Bailleul-sur-Thérain, Rochy-Condé et Warluis ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que l'arrêté attaqué comporte une dérogation à l'interdiction de destruction des espèces protégées, dont la mise en œuvre porte atteinte aux intérêts défendus par l'association, que l'autorisation délivrée a été mise en œuvre depuis le 19 mars 2021 par le démarrage des opérations de défrichement, que l'activité de la carrière a repris ainsi que l'a constaté un commissaire de justice le 16 février 2024, et que ces travaux portent une atteinte irréversible aux espèces protégées et à la zone concernée composée de zones humides et de forêts alluviales ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- l'étude d'impact a été insuffisante comme l'a relevé l'autorité environnementale dans son avis du 10 août 2018 ;
- le résumé non technique de l'étude d'impact est insuffisant ;
- l'étude d'impact ne comporte aucune description des solutions de substitution raisonnables ;
- l'étude d'impact est insuffisante quant à la description de l'état initial, notamment s'agissant des enjeux des espaces concernés (boisements en ZNIEFF et zones humides), et de la méthode retenue pour l'établissement des inventaires ;
- l'étude d'impact est insuffisante en ce qui concerne les chiroptères ;
- l'étude des incidences au titre de la réglementation Natura 2000 est insuffisante ;
- le périmètre de l'enquête publique était insuffisant dès lors qu'elle n'a pas inclus la commune de Therdonne, ce qui a eu un effet sur la participation du public ; et le dossier n'a pas été mis à disposition à la mairie de Therdonne ;
- le dossier d'enquête publique était incomplet en l'absence de mise à disposition de l'étude de dangers, de la demande de défrichement et de la demande de dérogation à l'interdiction de destruction des espèces protégées ;
- les conclusions du commissaire-enquêteur sont insuffisamment motivées ;
- le projet est incompatible avec le schéma départemental des carrières ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les articles L. 411-1 et suivants du code de l'environnement et notamment le 4° de l'article L. 411-2 de ce code dès lors que le projet nuit au maintien dans un état de conservation favorable de plusieurs espèces, qu'il n'est pas établi qu'une raison impérative d'intérêt public majeur permette l'octroi de la dérogation en l'espèce, et que la condition relative à l'absence de solution alternative satisfaisante n'est pas remplie ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé en ce qui concerne la dérogation à l'interdiction de destruction des espèces protégées ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 341-5 du code forestier ;
- le projet méconnaît le 2° de l'article L. 110-1 du code de l'environnement en l'absence de mise en œuvre satisfaisante de la séquence éviter réduire compenser ;
- l'autorisation est incompatible avec l'orientation D 6.83 du SDAGE ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article L. 181-3 du code de l'environnement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2024, et un mémoire complémentaire enregistré le 30 avril 2024, la SAS Carrières D, représentée par
Me Cassin, demande au juge des référés :
1°) à titre principal, de rejeter la requête ;
2°) à titre subsidiaire, de limiter la suspension à la seule décision de dérogation à la réglementation des espèces protégées, et uniquement en ce qui concerne les parcelles non défrichées du secteur A à la date de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'association Picardie Nature une somme de
5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision n° 2304095 de la cour administrative d'appel de Douai fait l'objet d'un pourvoi en cassation devant le Conseil d'Etat et n'est pas devenu définitive ;
- la requête est irrecevable dès lors que la capacité à agir du président de l'association Picardie Nature pour présenter une requête en référé-suspension n'est pas établie, notamment du fait de l'irrégularité de la délibération du conseil d'administration du 18 février 2024 ;
Sur l'urgence :
- l'urgence n'est pas caractérisée dès lors que :
- l'exploitation de la carrière a démarré en janvier 2020, que les travaux de défrichement de la zone A, zone d'extension de la carrière, étaient réalisés à plus 80 % de la surface autorisée en avril 2021 ; qu'ainsi, la demande de suspension de l'autorisation environnementale, en tant qu'elle vaut autorisation de défrichement est devenue sans objet, la surface restante étant volontairement maintenue en l'état pour des raisons écologiques ;
- les travaux ne causent pas des dommages irréversibles aux espèces protégées compte tenu de la mise en œuvre des mesures ERC prévues par le projet pour empêcher toute atteinte définitive au milieu et notamment aux espèces protégées, et eu égard à la situation des zones humides du site telles que décrites par le bilan 2023 ;
- l'office français de la biodiversité a contrôlé le respect des mesures ERC et conclu au respect des mesures d'évitement de l'autorisation environnementale en février 2023 et a également conclu que la bande boisée en bordure du site a été maintenue ;
- le projet présente un caractère d'intérêt général ainsi qu'un intérêt public majeur au sens de l'article L. 411-2 du code de l'environnement ; son interruption aurait de graves conséquences sur l'approvisionnement du Beauvaisis en matériaux alluvionnaires et des conséquences économiques en occasionnant l'arrêt de l'activité de la société Carrières D ;
- les requérants ont saisi le juge des référés près de cinq mois après l'arrêt de la cour administrative d'appel de Douai du 23 novembre 2023 renvoyant l'affaire devant le tribunal administratif d'Amiens, ce qui fait obstacle à la reconnaissance d'une situation d'urgence.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- l'étude d'impact, régie par les dispositions de l'article R. 122-5 du code de l'environnement dans sa rédaction issue du décret n°2011-2019 du 29 décembre 2011, est suffisante ;
- le résumé non-technique est suffisant ;
- dans sa version issue du décret n°2011-2019 du 29 décembre 2011, l'article
R. 122-5, II, 5° du code de l'environnement n'exige qu'une esquisse des principales solutions de substitution examinées par le pétitionnaire, de sorte que le moyen tiré de l'absence de présentation des solutions de substitution raisonnables dans l'étude d'impact est inopérant ;
- il n'est pas démontré que l'état initial a fait l'objet d'une présentation insuffisante ou que la méthode retenue pour l'établissement des inventaires a été lacunaire ;
- l'étude d'impact présente les mesures d'évitement, de réduction et de compensation de la perte de fonctionnalité des milieux boisés humides pour les chiroptères ;
- il n'est pas démontré que les lacunes alléguées ont eu pour effet de nuire à l'information complète de la population ou été de nature à influer sur le sens de la décision ;
- le périmètre de l'enquête publique était adapté ;
- le dossier d'enquête publique était complet ;
- le rapport du commissaire-enquêteur était suffisamment motivé ;
- le projet est compatible avec le schéma départemental des carrières ;
- les exigences de l'article L. 411-1 du code de l'environnement ont été respectées dès lors qu'un intérêt public majeur justifie l'octroi d'une dérogation à l'interdiction de destruction des espèces protégées et qu'il n'existait aucune solution alternative suffisante ;
- l'arrêté attaqué est suffisamment motivé en ce qui concerne cette dérogation et ce vice étant en tout état de cause régularisable sur le fondement des dispositions de l'article
L. 181-18 du code de l'environnement, il n'y a pas lieu de suspendre l'arrêté attaqué pour ce seul motif ;
- l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 341-5 du code forestier en ce qui concerne l'autorisation de défrichement ;
- l'arrêté respecte le principe d'action préventive et de correction par priorité à la source des atteintes à l'environnement ;
- le moyen tiré de l'incompatibilité de l'arrêté attaqué avec le SDAGE est inopérant dès lors que l'autorisation d'exploiter une carrière ne figure pas au nombre des décisions visées par l'article L. 212-1 du code de l'environnement qui doivent être compatibles avec le SDAGE ; en tout état de cause l'arrêté attaqué n'est pas incompatible avec le SDAGE ;
- l'arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et ne méconnaît pas l'article L. 181-3 du code de l'environnement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, et une pièce complémentaire produite le 2 mai 2024, la préfète de l'Oise conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire à ce qu'il soit sursis à statuer pour une durée de trois mois afin de permettre l'édiction de l'arrêté préfectoral portant modification de l'autorisation d'exploitation du 6 novembre 2019 de la carrière alluvionnaire de la société Carrières D.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en tant qu'elle est présentée par les consorts E, dont la requête au fond a été jugée irrecevable ;
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que d'une part le procès-verbal de constat ne saurait rapporter la preuve que la décision litigieuse préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, la situation du requérant ou les intérêts qu'il entend défendre, et que d'autre part la société Carrières D et la préfecture de l'Oise ont mis en œuvre les mesures ERC (éviter, réduire, compenser) et le suivi écologique prévus par le projet pour empêcher toute atteinte définitive au milieu et notamment aux espèces protégées.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- tous les moyens excepté celui relatif à la dérogation à l'interdiction de destruction d'espèces protégées, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus par l'ordonnance du juge des référés du 21 avril 2021 ;
- les mesures ERC prévues par le pétitionnaire suffisent à assurer le maintien dans un état de conservation favorable des espèces, ainsi qu'en témoigne les bilans des suivis réalisés pour la société Carrières D par le centre permanent d'initiatives pour l'environnement (CPIE) de l'Oise, qui démontrent un état favorable de la biodiversité sur le site depuis 2021 ; - les contrôles effectués les 17 février et 9 août 2023 par l'Office français de la biodiversité et la direction départementale des territoires ont permis de vérifier que la grande majorité des mesures de réduction et de compensation ont été correctement réalisées ; qu'en outre, s'agissant des manquements relevés, la société Carrière D s'est mise en conformité et un arrêté complémentaire est en cours de préparation afin d'intégrer des mesures plus claires et explicites pour sa partie dérogation à l'interdiction de destruction des espèces protégées ;
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2001044, réenregistrée par le tribunal administratif d'Amiens sous le n° 2304095 à la suite de l'arrêt 22DA01047 du 23 novembre 2023, par laquelle l'association Picardie Nature demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- l'ordonnance n°2016-1058 du 3 août 2016 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 3 mai 2024 2024 à 10h30.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Galle,
- les observations de Me Szymanski, représentant l'association Picardie Nature, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens, et relève en outre qu'il n'est pas établi que l'arrêté du 2 mai 2024 a été publié, qu'il a été pris au terme d'une procédure irrégulière ; que cet arrêté n'a été édicté que très tardivement ; que l'éventuelle illégalité de la délibération du conseil d'administration de l'association ne relève pas de l'appréciation du juge administratif mais du juge judiciaire ; que les documents récents relatifs au suivi de l'exécution de l'arrêté contesté ne permettent pas d'établir l'absence d'impact sur les espèces protégées visées par l'arrêté contesté ; que le bilan écologique 2023 ne permet notamment pas d'établir que l'espèce crossope aquatique perdure sur le site ; que l'association, qui n'a pas accès au site, produit un constat d'huissier qui démontre suffisamment que l'atteinte aux espèces protégées est établie ; que l'insuffisance de la motivation de l'arrêté initial n'a pas permis de critiquer utilement la dérogation à l'interdiction de destruction des espèces protégées ; que le délai à saisir de nouveau le tribunal après l'arrêt de la cour administrative d'appel du 23 novembre 2023 s'explique par la nécessité de faire constater les conditions actuelles d'exploitation par un huissier ;
- les observations de Mme C, représentante de la préfète de l'Oise, qui conclut au mêmes fins que ses précédentes écritures, en corrigeant une erreur du mémoire en défense relative aux consorts E qui ne sont pas requérants dans la présente affaire ; que l'urgence n'est pas établie compte tenu du peu de diligences de l'association, qui n'a pas présenté de sursis à exécution devant la cour administrative d'appel et a attendu cinq mois à saisir le tribunal d'un nouveau référé après l'arrêt de la cour administrative d'appel du 23 novembre 2023 ; que les études de suivi récentes démontrent l'absence de perte de biodiversité sur le site et donc l'absence d'urgence ; qu'un intérêt public lié à la nécessité de préserver une source de production de granulats dans la région justifie le maintien de l'arrêté contesté ; que l'arrêté du 2 mai 2024 vient régulariser, en ce qui concerne la motivation de la décision d'autorisation de déroger à l'interdiction de destruction des espèces protégées, l'arrêté du 6 novembre 2019 jugé insuffisamment motivé par l'ordonnance du 21 avril 2021 ; que la raison impérative d'intérêt public majeur est établie en l'espèce, compte tenu des besoins importants du département en matériaux alluvionnaires de proximité, de l'intérêt économique et social du projet, de la situation de la vallée du Thérain reconnue gisement d'intérêt régional dans le projet de schéma régional des carrières ;
- les observations de Me Cassin, représentant la société Carrières D , qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens et précise en outre que la société exploite désormais seulement quatre carrières, que seule la carrière en litige dans la présente affaire permet l'extraction de matériaux alluvionnaires, que le projet de déménagement de l'installation de traitement de Therdonne, qui ne pourra pas voir le jour en cas de suspension et d'annulation de l'arrêté contesté, a reçu une subvention de l'Ademe dans le cadre du plan France Relance eu égard à l'importante réduction des émissions de gaz à effet de serre et bénéficie d'un permis de construire depuis janvier 2024 ; que l'impact économique d'une suspension de l'arrêté est important pour la société compte tenu des emplois directs et indirects ; elle précise également qu'aucune atteinte grave n'existe à une espèce protégée compte tenu des mesures dites " éviter réduire compenser " prévues et mises en œuvre, notamment en ce qui concerne la crossope aquatique, pour lequel l'état de conservation est jugé favorable après les mesures de compensation, malgré son absence d'identification dans l'inventaire de 2023, ce qui est normal dès lors qu'elle n'avait pas été retrouvée dans l'inventaire réalisé avant la délivrance de l'autorisation ; que l'arrêté du 2 mai 2024 vient régulariser l'insuffisance de motivation concernant la dérogation à l'interdiction de destruction des espèces protégées, et cette régularisation tardive n'a pas nui à l'information du public dès lors que l'obligation de motivation ne s'impose à l'autorité administrative qu'au stade de l'édiction de la décision administrative ; qu'il n'y a pas d'urgence à statuer car c'est principalement en phase de défrichement et non d'exploitation, que les enjeux environnementaux sont les plus importants, or la zone est quasi intégralement défrichée ;
- les observations de M. B D, qui précise les différentes carrières exploitées par sa société et les matériaux qui y sont extraits, et les modalités de l'insertion de la Vallée du Thérain comme gisement d'intérêt régional dans le projet de schéma régional des carrières actuellement en cours d'élaboration.
La clôture de l'instruction a été différée au 7 mai à 18 heures.
L'association Picardie Nature a produit des pièces complémentaires le 7 mai 2024 à 08h09.
La société Carrières D a produit un mémoire complémentaire le 7 mai 2024 à 10h41.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. La société Carrières D a présenté, le 13 avril 2017, une demande en vue d'être autorisée à poursuivre et à étendre l'exploitation d'une carrière de sables et de graviers sur le territoire des communes de Warluis, Rochy-Condé et Bailleul-sur-Thérain, portant sur trois secteurs dits A, B et C, le secteur A étant seul concerné par l'extension. Par un arrêté du 6 novembre 2019, le préfet de l'Oise a délivré à la société Carrières D une autorisation environnementale valant autorisation d'exploitation d'une installation classée pour la protection de l'environnement, autorisation au titre de la loi sur l'eau, autorisation de défrichement et autorisation de déroger à l'interdiction de destruction d'espèces protégées. Par une ordonnance du 21 avril 2021, le juge des référés a suspendu l'exécution de cet arrêté au motif que le moyen tiré de ce que la dérogation à l'interdiction de destruction des espèces protégées accordée en application de l'article L. 411-2, 4° du code de l'environnement contenue dans cet arrêté n'était pas suffisamment motivée, était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté. Par un jugement n° 2001044 du 17 mars 2022, le tribunal administratif a toutefois rejeté la requête de l'association Picardie Nature contre l'arrêté du 6 novembre 2019 au motif de son irrecevabilité. Par un arrêté du 18 octobre 2022, la préfète de l'Oise a modifié son arrêté du 6 novembre 2019 en ce qui concerne le phasage de l'exploitation et le stockage des matériaux. Par un arrêt n°22DA01047 du 23 novembre 2023, la cour administrative d'appel de Douai a annulé le jugement du tribunal du 17 mars 2022 et renvoyé l'affaire devant le tribunal administratif d'Amiens pour qu'il statue à nouveau sur la demande de l'association Picardie Nature. Par la présente requête enregistrée le 15 avril 2024, l'association Picardie Nature demande à nouveau au juge des référés la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 novembre 2019. Par un arrêté du 2 mai 2024 intervenu en cours d'instance, la préfète de l'Oise a édicté un arrêté préfectoral complémentaire à celui du 6 novembre 2019 portant diverses modifications des conditions d'exploitation de la carrière et des mesures d'évitement, de réduction et de compensation imposées à la société.
3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens de l'association Picardie Nature, tels que visés ci-dessus, n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'autorisation environnementale du 6 novembre 2019. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner ni les fins-de recevoir soulevée en défense, ni la condition d'urgence, les conclusions à fin de suspension présentées par la requérante doivent être rejetées.
Sur l'application de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative :
4. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande l'association Picardie Nature au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la requérante une somme au titre des frais exposés par la société Carrières D et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de l'association Picardie Nature est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la SAS Carrières D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association Picardie Nature, à la SAS Carrières D et à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Oise.
Fait à Amiens, le 13 mai 2024,
La juge des référés,
Signé :
C. GalleLa greffière,
Signé :
S. Grare
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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