vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401473 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 avril 2024, M. A D, représenté par Me Homehr, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
2°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2024 par lequel le préfet de la Somme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Somme de délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence de son signataire ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision relative au séjour qui en constitue le fondement ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
Par un mémoire enregistré le 21 juin 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2024.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Binand, président-rapporteur ;
- et les observations de Me Homehr représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant marocain né le 1er janvier 1957, est entré en France en 2010 muni d'un visa de court séjour. Par un arrêté du 11 mars 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Maroc ou tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible pour sa reconduite à la frontière.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2024. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :
4. En premier lieu, la décision litigieuse a été signée par M. Emmanuel Moulard, secrétaire général de la préfecture de la Somme. Celui-ci disposait d'une délégation de signature en application de l'arrêté du préfet de la Somme du 15 janvier 2024, publié le même jour au numéro spécial du recueil des actes administratifs de la préfecture de la Somme, s'étendant à toutes les décisions prévues en matière de police des étrangers par le code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision doit donc être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour vise les dispositions dont elle fait application, notamment celles de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 26 décembre 2023 selon lequel l'état de santé de M. D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que l'offre de soins dans son pays d'origine lui permettra de s'y rendre sans risque pour y bénéficier d'un traitement approprié. En outre, le préfet de la Somme a indiqué, dans son arrêté qui ne présente aucun caractère stéréotypé, que l'examen approfondi de la situation de l'intéressé ne faisait apparaître aucun élément ni aucune circonstance particulière justifiant de s'écarter de cet avis, sur lequel il s'est fondé pour estimer que M. D ne pouvait être admis au séjour sur le fondement de ces dispositions. Ce faisant, il a, dans le respect du secret médical lui interdisant de connaître des pathologies pour lesquelles M. D fait l'objet d'un suivi médical et par conséquent d'en faire mention dans son arrêté, suffisamment motivé sa décision. Dès lors, le refus de titre de séjour comportant les circonstances de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, le moyen tiré de sa motivation insuffisante doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. D souffre de plusieurs pathologies, parmi lesquelles une insuffisance rénale chronique au stade 3 avec hypertension artérielle, liée à une néphro-angiosclérose et un diabète sévère non équilibré pour le traitement desquelles lui ont été prescrits des médicaments ainsi qu'un suivi régulier en psychiatrie. Par son avis du 26 décembre 2023, le collège de médecins de l'OFII a estimé que si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, M. D, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, peut toutefois s'y rendre sans risques pour y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Ni les différentes pièces médicales et documents tenant à sa situation de handicap, dont la teneur ne permet pas d'établir qu'un traitement approprié à son état de santé ne serait pas disponible dans son pays d'origine, ni les relevés de pension de retraite qui ne permettent pas davantage de justifier de l'impossibilité alléguée d'assumer les frais nécessaires à sa prise en charge médicale dans son pays d'origine, produits au dossier par M. D ne sont de nature à infirmer l'appréciation de l'OFII, que le préfet de la Somme a fait sienne, quant à la possibilité pour l'intéressé de bénéficier effectivement d'une prise en charge médicale appropriée au Maroc. Par suite, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées au point précédent doit être écarté.
8. En quatrième lieu, si M. D se prévaut d'un séjour ininterrompu sur le territoire français de plus de dix ans, les pièces versées au dossier ne permettent d'établir sa présence habituelle en France que depuis 7 ans. Il est séparé et père de quatre enfants majeurs dont l'un, réside en France selon ses déclarations, ainsi que des membres de sa fratrie, sans apporter toutefois d'éléments justifiant de la nécessité d'être présent auprès d'eux. Il n'est pas isolé dans son pays d'origine où résident deux de ses enfants et où il a vécu au moins 53 ans. Dans ces conditions, le requérant, qui s'est maintenu en France en dépit de deux mesures d'éloignement exécutoires dont il a fait l'objet en 2018 et 2021, n'est pas fondé à soutenir que le refus de délivrance d'un titre de séjour opposé par le préfet de la Somme méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni que le préfet a entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit, l'arrêté du préfet de la Somme, en tant qu'il porte refus de délivrance d'un titre de séjour, n'est entaché d'aucune des illégalités invoquées par le requérant. Par suite, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'encontre de cet arrêté en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, doit être écartée.
10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 11 mars 2024 du préfet de la Somme, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sous un délai de trente jours, méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'il est entaché à ce titre d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de cette mesure d'éloignement sur sa situation.
11. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre des frais non compris dans les dépens de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet de la Somme et à Me Homehr.
Délibéré après l'audience du 9 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme B et Mme Fass, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
Le président-rapporteur,
Signé
C. BINAND
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
J. B
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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