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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401494

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401494

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401494
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPEREIRA EMMANUELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 avril 2024, M. A B, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2024 par lequel le préfet du Nord a prononcé son transfert aux autorités chypriotes ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 19.2 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il a quitté le territoire européen en avril 2023 pour rejoindre le Congo et n'y est revenu qu'en décembre 2023 ;

- le préfet ne pouvait ordonner son transfert aux autorités chypriotes sans méconnaître les dispositions du 2. de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors qu'il n'a bénéficié d'aucun entretien, ni de l'aide d'un avocat et d'un interprète dans le cadre de sa demande d'asile en Chypre et n'y a pas d'avantage bénéficié des conditions matérielles d'accueil ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'examiner discrétionnairement sa demande d'asile sur le fondement du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors que sa sœur réside en France depuis plus de dix ans et peut lui apporter un soutien moral.

Le préfet du Nord a produit des pièces enregistrées le 19 avril 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Minet pour se prononcer sur les litiges mentionnés à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Minet, magistrate désignée ;

- les observations de Me Pereira, représentant M. B, qui maintient ses conclusions et moyens qu'il précise.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant congolais né le 15 février 2003, a présenté une demande d'asile le 8 janvier 2024. Par un arrêté du 9 avril 2024 dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet du Nord a ordonné son transfert aux autorités chypriotes en vue de l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : / a) prendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 21, 22 et 29, le demandeur qui a introduit une demande dans un autre État membre ; / b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ; / c) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29 le ressortissant de pays tiers ou l'apatride qui a retiré sa demande en cours d'examen et qui a présenté une demande dans un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ; / d) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre. ". Aux termes du 2 de l'article 19 du même règlement : " 2. Les obligations prévues à l'article 18, paragraphe 1, cessent si l'État membre responsable peut établir, lorsqu'il lui est demandé de prendre ou reprendre en charge un demandeur ou une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), que la personne concernée a quitté le territoire des États membres pendant une durée d'au moins trois mois, à moins qu'elle ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité délivré par l'État membre responsable. / Toute demande introduite après la période d'absence visée au premier alinéa est considérée comme une nouvelle demande donnant lieu à une nouvelle procédure de détermination de l'État membre responsable. ". Il résulte de ces dispositions combinées que le ressortissant d'un pays tiers ayant présenté en France une demande d'asile peut être réadmis dans l'État membre auprès duquel il a déjà présenté une demande d'asile, même si celle-ci a été rejetée, dès lors qu'il n'a pas quitté le territoire des États membres durant au moins trois mois.

3. Si M. B conteste la responsabilité de Chypre dans l'examen de sa demande d'asile au motif qu'il se serait rendu au Congo entre avril et décembre 2023, il ne produit aucun élément permettant d'établir qu'avant d'entrer sur le territoire français pour y déposer une demande d'asile, il avait effectivement quitté le territoire des Etats membres. Les autorités chypriotes, saisies d'une demande de reprise en charge le 24 février 2024, n'ont d'ailleurs pas contesté leur responsabilité dans l'examen de sa demande d'asile et ont accepté de le reprendre en charge le 28 février 2024. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 19 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 2. de l'article 3 du règlement n° 604/2013 susvisé : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable ".

5. La République de Chypre est un État membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle doit être présumée, en l'absence de défaillances systémiques dans la procédure d'asile dans ce pays, que la demande d'asile de M. B sera traitée par les autorités chypriotes dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. En se bornant à soutenir qu'il n'a bénéficié d'aucun entretien, ni de l'aide d'un avocat et d'un interprète dans le cadre de sa demande d'asile en Chypre et n'y a pas d'avantage bénéficié des conditions matérielles d'accueil, sans assortir ses allégations d'aucune preuve, le requérant n'établit pas qu'il risquerait de subir personnellement en Chypre en qualité de demandeur d'asile des traitements inhumains ou dégradants au sens des stipulations précitées, de sorte qu'il n'apporte pas d'élément pertinent de nature à renverser cette présomption. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse méconnaîtrait les dispositions de l'article 3 du règlement n° 604-2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 susvisé du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".

7. Compte tenu de ce qui a été dit au point 5, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les conditions matérielles d'accueil offertes par les autorités chypriotes ne permettraient pas que la demande de M. B soit examinée dans des conditions propres à garantir le droit d'asile. Par ailleurs, si le requérant fait valoir la présence en France de sa sœur, cette circonstance n'est pas suffisante à elle seule, alors que l'intéressé ne justifie pas de liens d'une intensité exceptionnelle avec les attaches familiales dont il se prévaut, à établir que le préfet du Nord aurait entaché sa décision de transfert vers la République de Chypre d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B doivent être rejetées, y compris celles tendant à ce que soient prescrites des mesures d'exécution au présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Pereira et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

La magistrate désignée,

signé

A. Minet

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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