vendredi 13 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401498 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | NAIT MAZI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 avril 2024, Mme B C, représenté par Me Nait Mazi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnait le titre III de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- il est entaché d'erreur de droit en ce que la préfète n'a pas fait usage de son pouvoir de régularisation ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation s'agissant du refus de faire usage de ce pouvoir de régularisation ;
- il méconnait le 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, dès lors qu'elle remplit les conditions pour se voir délivrer le certificat de résidence prévu par ces dispositions ;
- c'est à tort que la préfète a estimé qu'elle ne pouvait bénéficier d'un autre titre de séjour de plein droit ;
- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.
Par une ordonnance du 22 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 juin 2024 à 12h00.
La requête a été transmise à la préfète de l'Oise, qui n'a pas produit de mémoire dans la présente instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Parisi, conseillère ;
- et les observations de Me Nait Mazi représentant Mme B C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante algérienne née le 21 février 1996, est entrée sur le territoire français en août 2014 sous couvert d'un visa de long séjour, et a été titulaire de certificats de résidence d'une durée d'un an pour la période courant du 26 novembre 2014 au 6 avril 2022. Le 10 octobre 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du titre III de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 mars 2024, dont Mme C demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement.
Sur la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
4. En premier lieu, par un arrêté du 30 octobre 2023, régulièrement publié au numéro spécial daté du même jour du recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Oise, mis en ligne sur le site internet de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer en toutes matières, tous actes, arrêtés, correspondances, décisions, requêtes et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Oise à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées au nombre desquelles ne figure pas l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.
2. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". En outre, dans le cas où l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".
3. L'arrêté du 13 mars 2024 mentionne les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dont il est fait application ainsi que de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et développe les motifs de fait qui fondent chacune des décisions attaquées. En particulier, pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme C, la préfète de l'Oise indique, d'une part, au visa du titre III de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, que l'intéressée n'a pas sollicité ni obtenu de visa long séjour à l'expiration de son titre de séjour et qu'elle ne justifie donc pas d'un plein droit au séjour, et, d'autre part, que sa situation personnelle et familiale ne justifie pas de faire usage de son pouvoir de régularisation pour l'admettre exceptionnellement au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué, lequel n'est pas rédigé de façon stéréotypée, doit être écarté comme manquant en fait.
4. En troisième lieu aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () / Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ".
5. Il est constant que Mme C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du titre III de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi qu'au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, et non sur le fondement du point 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien dont elle se prévaut à l'instance. Il résulte des mentions de l'arrêté litigieux, et notamment de son article 1er, que la préfète de l'Oise a rejeté cette demande, y compris s'agissant de l'exercice de son pouvoir de régularisation, sans examiner d'office la possibilité d'admettre Mme C au séjour sur le fondement de ces dernières stipulations, l'indication, dans les motifs de l'arrêté litigieux, que l'intéressée ne justifie pas disposer d'un plein droit au séjour à un autre titre ayant seulement trait à l'examen par l'autorité préfectorale de la possibilité de prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, la requérante ne peut utilement soutenir que la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour méconnait le 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui est sans rapport avec les motifs de cette décision.
6. En quatrième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète de l'Oise, qui a à juste titre retenu l'inapplicabilité des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a estimé que la situation de Mme C ne justifiait pas qu'elle fasse usage de son pouvoir de régularisation.
7. Mme C, qui indique être diplômée dans le domaine de l'expertise digitale spécialisée en ressources humaines, se prévaut de ses expériences professionnelles et des difficultés qu'elle a rencontrées pour le renouvellement de son dernier titre de séjour. S'il ressort des pièces du dossier que la requérante a été titulaire, pour la période du 26 novembre 2014 au 6 avril 2022, de certificats de résidence d'une durée d'un an régulièrement renouvelés dans le cadre de ses études et qu'elle a obtenu, pour la période du 16 novembre 2020 au 29 octobre 2021, une autorisation provisoire de travail relative au contrat d'apprentissage conclu dans le cadre de sa formation, de telles circonstances ne sauraient suffire à entacher d'erreur manifeste d'appréciation le refus du préfète de l'Oise de faire usage de son pouvoir de régularisation pour l'admettre exceptionnellement au séjour, en dépit des efforts qu'elle a déployés en vue de s'insérer professionnellement sur le territoire français. Dans ces conditions, un tel moyen, de même que celui tiré de l'erreur de droit, doivent être écartés.
8. En cinquième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dispose que : " 1) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
9. Mme C se prévaut de son mariage avec un ressortissant français, ainsi que de la durée de leur relation depuis près de 7 ans, et de la présence régulière sur le territoire français de sa sœur, son oncle et sa tante. S'il ressort des pièces du dossier que Mme C s'est mariée avec un ressortissant français le 9 mars 2024, elle ne justifie pas, par la production d'attestations de témoins, l'ancienneté et la stabilité de leur communauté de vie antérieure au mariage, au demeurant très récent à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, la seule présence sur le territoire français d'autres membres de sa famille, à la supposer établie, ne suffit pas à caractériser l'intensité des liens familiaux qu'elle entretiendrait avec ces derniers. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise n'a pas, en prenant la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour attaquée, méconnu les stipulations citées au point précédent, ni porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de ce que la décision litigieuse est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 mars 2024 en tant qu'il refuse de lui délivrer un titre de séjour.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. Un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lorsque la loi prescrit qu'il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, alors même qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un tel titre.
12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que Mme C est entrée régulièrement sur le territoire français et qu'elle s'est mariée le 9 mars 2024, avec un ressortissant français. Par suite, Mme C est fondée à soutenir qu'elle ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'elle pouvait bénéficier d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement des stipulations du 2°) de l'article 6 de l'accord franco-algérien rappelées au point 4.
13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme C est seulement fondée à demander l'annulation l'arrêté du 13 mars 2024 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, ainsi, par voie de conséquence, qu'en tant qu'il fixe son pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
15. Eu égard aux motifs du présent jugement, son exécution entraîne nécessairement la délivrance à l'intéressée, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une autorisation provisoire de séjour et le réexamen de sa situation. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Oise d'y procéder de dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 13 mars 2024 de la préfète de l'Oise est annulé en tant qu'il porte obligation à Mme C de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et qu'il fixe le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Oise de réexaminer la situation de Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Mme C la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la préfète de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 9 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme Parisi et Mme A, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
J. PARISI
Le président,
Signé
C. BINAND
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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