mardi 21 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401506 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU1 |
| Avocat requérant | SALIGARI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 avril 2024, Mme B D, représentée par Me Saligari, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 18 mars 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a rejeté sa demande de titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, lui a fait obligation de se présenter tous les mardis et vendredis à 8h30 auprès des services de gendarmerie des Septvallons et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou de réexaminer sa situation dans le même délai sous la même astreinte ;
4°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 18 mars 2024 ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle ou, à défaut d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la même somme au titre de l'article L.761-1 du même code.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions du 4° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L.541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L.513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de se présenter tous les mardis et vendredis à 8h30 à la gendarmerie des Septvallons :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté pris dans son ensemble :
- son exécution doit être suspendue en application de l'article L.752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision de l'OFPRA et que son absence à l'audience de la CNDA, à l'occasion de l'examen de son recours par cette juridiction, méconnaît le droit au recours effectif.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Fumagalli, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fumagalli,
- les observations de Mme D, assistée de Mme C, interprète, qui insiste sur ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine pour sa personne et pour les membres de sa famille.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante géorgienne née le 20 août 1995, déclare être entrée en France le 8 septembre 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 2 mars 2023. L'intéressée a formé un recours contre cette décision, qui a été enregistrée au greffe de la Cour nationale du droit d'asile le 23 mai 2023. Par un arrêté du 18 mars 2024, le préfet de l'Aisne a rejeté sa demande de titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, lui a fait obligation de se présenter tous les mardis et vendredis à 8h30 auprès des services de gendarmerie des Septvallons et a prononcé à encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée deux ans. Mme D demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2024. Il n'y a pas lieu, dès lors, d'admettre à titre provisoire Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
3. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile notamment le 4° de l'article L. 611-1 ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision indique que Mme D n'a plus le droit de se maintenir sur le territoire français à la suite du rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA et fait état de sa situation personnelle et familiale. Par suite, la décision d'obligation de quitter le territoire français, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments propres à la situation personnelle ou professionnelle de la requérante, est suffisamment motivée. Le moyen afférent doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Aisne a, avant de prendre la décision attaquée, procédé à un examen complet et personnalisé de la situation de la requérante.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L.531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 () ". Aux termes de l'article L.541-2 du même code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent ". Aux termes de l'article L.542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes () d) une décision de rejet dans [le cas prévu] à l'article L. 531-24 ".Aux termes de l'article L.611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".
6. Il ressort des pièces que dossier que la demande d'asile de Mme D et de sa fille a fait l'objet d'une décision de rejet le 2 mars 2023. L'OFPRA a également rejeté la demande formulée par son compagnon, M. A E, par une décision du même jour. Il ressort des pièces produites en défense que le pli recommandé contenant la décision relative à M. E, portant le numéro de dossier OFPRA n°221000358 a été notifié à ce dernier le 23 mars 2023. Par suite, Mme D doit être regardée comme ayant eu une connaissance indirecte du rejet de sa propre demande, la situation des deux ressortissants étant évoquée dans chacune des deux décisions. Or, la décision de l'OFPRA a été prise en application des dispositions de l'article L.531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme D étant ressortissant de la Géorgie, pays considéré comme sûr. Par suite, en application des dispositions citées au point précédent, le droit de l'intéressée se maintenir sur le territoire français avait pris fin à compter de la notification de la décision du 2 mars 2023 et Mme D pouvait donc faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le préfet de l'Aisne n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L.541-2 et du 4° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est arrivée en France en 2022, accompagnée de son compagnon et de leur fille, qui n'ont plus le droit de se maintenir sur le territoire français ainsi qu'il a été dit au point 6. La requérante ne fait état d'aucun élément d'insertion sociale sur le territoire français et n'y dispose d'aucune attache familiale. Par ailleurs, l'intéressée n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où rien ne fait obstacle à ce qu'elle puisse s'y réinsérer, alors qu'elle a vécu la majeure partie de sa vie en Géorgie. Dans ces conditions, compte tenu des conditions du séjour en France de l'intéressée, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme D, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
9. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile notamment ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont ses articles 3 et 8. La décision mentionne que Mme D est ressortissante géorgienne et fait état des éléments de sa situation personnelle et familiale. Elle indique que les pays à destination desquels l'intéressée est susceptible d'être éloignée sont la Géorgie ou tout autre pays dans lequel elle sera légalement admissible. Par suite, la décision litigieuse est suffisamment motivée.
10. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Aisne a, avant de prendre la décision attaquée, procédé à un examen complet et personnalisé de la situation de la requérante.
11. En troisième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
12. En quatrième lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision litigieuse.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; () ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
14. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme D serait exposée à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, alors que par ailleurs, sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides. Dans ces conditions, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la décision par laquelle le préfet de l'Aisne a fixé la Géorgie comme pays de destination de la mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet méconnaît les dispositions et stipulations citées au point précédent. Compte tenu de tout ce qui précède, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme D.
En ce qui concerne la décision portant obligation de se présenter aux services de gendarmerie :
15. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 3, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui vise les dispositions des articles L.721-6 à L.721-9, comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, alors que la motivation de la décision attaquée peut se confondre avec celle de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.
16. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Aisne a, avant de prendre la décision attaquée, procédé à un examen complet et personnalisé de la situation de la requérante.
17. En troisième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision attaquée.
18. En quatrième lieu, aux termes de l'article L.721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux () unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ".
19. En l'espèce, le préfet de l'Aisne a fait obligation à Mme D de se présenter tous les mardis et vendredis à 8h30 auprès de la gendarmerie de Les Septvallons (Oise). Il ressort du mémoire en défense, sans que cette circonstance soit contestée, que le préfet de l'Aisne a choisi la commune de résidence de l'intéressée connue de l'administration à la date de l'arrêté attaqué. La requérante ne se prévaut par ailleurs d'aucune contrainte particulière l'empêchant de satisfaire à cette obligation, à l'exception de la présence de sa fille, âgée de trois ans. Les modalités prévues par la décision attaquée ne sont donc pas disproportionnées. Par suite, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
20. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables, en particulier les articles L.612-8 et L.612-10, ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise que Mme D ne fait état d'aucun motif exceptionnel ou d'aucune considération humanitaire et indique les éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale. Par suite, la décision litigieuse est suffisamment motivée.
21. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Aisne a, avant de prendre la décision attaquée, procédé à un examen complet et personnalisé de la situation de la requérante.
22. En troisième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision attaquée.
23. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
24. Compte tenu de ce qui a été exposé au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme D.
25. En dernier lieu, ainsi qu'il a été exposé ci-dessus, et alors même que le comportement de Mme D ne constitue pas une menace pour l'ordre public, la préfète de l'Aisne n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L.612-8 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen afférent, à le supposer soulevé, doit être écarté.
26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin de suspension :
27. Aux termes de l'article L.752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application [du] d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. "
28. Il ressort des pièces du dossier que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile de Mme D dans un des cas prévus à l'article L.531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requérante peut ainsi légalement demander la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français litigieuse sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés des vices propres entachant la décision de l'Office ne peuvent utilement être invoqués à l'appui des conclusions a fin de suspension de la mesure d'éloignement, à l'exception de ceux ayant trait à l'absence, par l'Office, d'examen individuel de la demande ou d'entretien personnel en dehors des cas prévus par la loi ou de défaut d'interprétariat imputable à l'Office.
29. En l'espèce, la requérante ne fait état d'aucun élément de nature à caractériser un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision qui lui a été opposée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. Par suite, les conclusions présentées à fin de suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.
30. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre Mme D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Saligari et au préfet de l'Aisne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
E. FUMAGALLI Le greffier,
Signé
J-F. LANGLOIS
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2401506
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026