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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401515

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401515

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401515
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBELMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 17 avril et 19 avril 2024, l'association d'éducation populaire de l'Ecole Saint-Louis de Gonzague, Mme K O, Mme C H épouse I, Mme L M épouse D, Mme F N épouse G, M. J E et Mme A B épouse E, représentés par Me Belmont, demandent au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel le maire de la commune de Saint-Jean-aux-Bois a décidé la fermeture de l'école maternelle et élémentaire Saint-Louis de Gonzague ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Jean-aux-Bois le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- cette décision de fermeture porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'enseignement et méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui constituent toutes deux des libertés fondamentales ;

- l'urgence est établie dès lors que la fermeture de l'établissement porte atteinte de manière immédiate à l'obligation scolaire prévue à l'article L. 131-1 du code de l'éducation, et dont le non-respect expose les parents à des sanctions pénales, qu'elle implique l'inscription en urgence des élèves dans un autre établissement en cours d'année, avec les incidences défavorables que cela emporte sur la vie quotidienne des enfants et des parents et qu'elle porte une atteinte grave à la liberté d'enseignement ; aucune considération d'urgence ne justifie en revanche de fermer l'établissement plus de quatre mois après que des non-conformités ont été relevées et alors qu'il y a été remédié depuis ;

- l'arrêté est intervenu sur une procédure irrégulière faute qu'aient été prises en considération les suites données à la mise en demeure adressée le 20 décembre 2023 conformément à l'article L. 143-3 du code de la construction et de l'habitation ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation en fait, s'agissant notamment des non conformités auxquelles il est demandé de remédier et qui doivent être indiquées conformément à l'article R. 143-45 du code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de faits, dès lors qu'il a été satisfait à la demande du 20 décembre 2023 tendant à ce qu'il soit remédié aux non-conformités en lien avec la sécurité des locaux constatées le 7 décembre précédent.

Par un mémoire enregistré le 19 avril 2024, la commune de Saint-Jean-aux-Bois conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants du versement de la somme de 1 euro au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que l'école n'est pas connue de l'administration comme établissement recevant du public au sens de l'article L .122-3 du code de la construction et de l'habitation et que le dossier de déclaration déposé à cet effet le 15 avril 2024 est en cours d'instruction devant la sous-commission départementale de sécurité, dont la consultation est obligatoire.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise qui n'a pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'urbanisme ;

- l'arrêté du 25 juin 1980 portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public (ERP).

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 22 avril 2024 à 15 heures 30 en présence de Mme Chatellain, greffière :

- le rapport de M. Binand, juge des référés,

- et les observations de Me Balmont, représentant les requérants, qui reprend en les développant les moyens et arguments exposés dans ses écritures et fait valoir en outre qu'une urgence particulière est établie dès lors que l'arrêté litigieux a fait obstacle à la reprise des enseignements qui était prévue le 15 avril 2024 à l'issue des vacances scolaires, que l'atteinte grave et illégale aux libertés invoquées l'est tout autant puisque l'association n'a pas été rendue destinataire du procès-verbal de la commission de sécurité à l'issue de la visite de contrôle inopinée qui s'est déroulée le 7 décembre 2023, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 143-42 du code de la construction et de l'habitation et que, en l'absence de situation d'urgence caractérisée, la fermeture ne pouvait être décidée sans avoir recueilli au préalable l'avis explicite de la commission de sécurité compétente, comme le prévoit l'article R. 143-45 de ce code, et qu'aucun dossier ni autorisation de travaux n'était requis pour maintenir l'exploitation, s'agissant seulement, en l'espèce, de satisfaire à la mise en demeure adressée par le maire.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, l'association d'éducation populaire de l'Ecole Saint-Louis de Gonzague, Mme K O, Mme C H épouse I, Mme L M épouse D, Mme F N épouse G, M. J E et Mme A B épouse E, demandent au juge des référés de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel le maire de la commune de Saint-Jean-aux-Bois a décidé la fermeture de l'école maternelle et élémentaire Saint-Louis de Gonzague gérée par l'association requérante sur le territoire de cette commune.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. En vertu de l'article L. 143-1 du code de la construction et de l'habitation, les travaux qui conduisent à la création, à l'aménagement, ou à la modification d'un établissement recevant du public sont soumis à autorisation administrative afin de vérifier, notamment, le respect du règlement de sécurité qui leur est applicable, en fonction de leurs caractéristiques et du nombre de personnes pouvant y être admises. L'article L. 143-3 de ce code dispose : "I. - Sans préjudice de l'exercice par les autorités de police de leurs pouvoirs généraux et dans le cadre de leurs compétences respectives, le maire ou le représentant de l'Etat dans le département peuvent par arrêté, pris après avis de la commission de sécurité compétente, ordonner la fermeture des établissements recevant du public en infraction avec les règles de sécurité propres à ce type d'établissement, jusqu'à la réalisation des travaux de mise en conformité. ". Enfin, l'article R. 143-45 dispose : " Sans préjudice de l'exercice par les autorités de police de leurs pouvoirs généraux, la fermeture des établissements exploités en infraction aux dispositions du présent chapitre peut être ordonnée par le maire, ou par le représentant de l'Etat dans le département dans les conditions fixées aux articles R. 143-23 et R. 143-24./La décision est prise par arrêté après avis de la commission de sécurité compétente. L'arrêté fixe, le cas échéant, la nature des aménagements et travaux à réaliser ainsi que les délais d'exécution. "

4. Il résulte de l'instruction que l'association d'éducation populaire de l'Ecole Saint-Louis de Gonzague exploite sur le territoire de la commune de Saint-Jean-aux-Bois une école maternelle et élémentaire depuis l'année 2005. Il n'est pas contesté que, au regard de la nature de son activité, du nombre maximum d'élèves et de membres du personnel susceptibles d'être présents sur les lieux, cet établissement relève du classement en 5ème catégorie de type R, au sens et pour l'application de l'article R. 143-19 du code de la construction et de l'habitation et de l'arrêté du 25 juin 1980 portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public. Par un courrier du 20 décembre 2023, notifié le 22 décembre suivant, le maire de la commune de Saint-Jean-aux-Bois a fait savoir à l'association d'éducation populaire de l'Ecole Saint-Louis de Gonzague que la commission de sécurité, à la suite de la visite de contrôle effectuée le 7 décembre 2023, avait relevé dix éléments défavorables, dont trois particulièrement importants tenant respectivement à l'absence d'un dispositif d'alarme, de dispositifs de détection incendie et habitation de type DAAF et, enfin, d'un dispositif de détection de monoxyde de carbone ou de fumée-incendie. Par ce même courrier, le maire a mis l'association en demeure de prendre les mesures nécessaires pour garantir la sécurité dans un délai de deux mois, sous peine de s'exposer à la mesure de fermeture de l'établissement prévue par l'article L. 143-3 du code de la construction et de l'habitation. Par l'arrêté attaqué du 15 avril 2024, pris au visa de l'avis défavorable à la poursuite de l'exploitation rendu par la commission de sécurité en date du 7 décembre 2023, le maire de la commune de Saint-Jean-aux-Bois a fermé l'établissement au public jusqu'à ce que la mise en conformité soit constatée après une nouvelle visite de la commission de sécurité.

5. En premier lieu, il résulte tant des termes de l'article L. 521-2 que du but dans lequel la procédure qu'il instaure a été créée que doit exister un rapport direct entre l'illégalité relevée à l'encontre de l'autorité administrative et la gravité de ses effets au regard de l'exercice de la liberté fondamentale en cause. Par suite, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir, au soutien de leurs conclusions présentées sur le fondement de ces dispositions, de ce que l'arrêté du 15 avril 2024 serait entaché d'une insuffisance de motivation, à défaut de faire état des travaux qui ont été réalisés pour se conformer à la mise en demeure, ni de la circonstance que le procès-verbal de la commission de sécurité n'a pas été notifié à l'exploitant à l'issue de la visite du 7 décembre 2023, contrairement à l'obligation posée par l'article R. 143-42 du code de la construction, de telles illégalités, à les supposer établies, étant sans rapport avec les libertés fondamentales invoquées par les requérants à l'exercice desquelles la fermeture de l'établissement est susceptible de porter effectivement atteinte.

6. En second lieu, les requérants ne contestent pas l'absence, lors de la visite du 7 décembre 2023, des différents dispositifs d'alarme et de détection mentionnés dans la mise en demeure qui leur a été adressée à la suite de cette visite, ni que cette absence constitue un manquement aux obligations de sécurité applicables à leur établissement, au regard du classement de celui-ci. S'ils justifient avoir procédé, à la date de l'arrêté litigieux, à l'installation d'équipement de détection et à la vérification des extincteurs en place par un organisme agréé et avoir déposé, le jour même de l'arrêté litigieux et pour la première fois depuis la création de l'école, le dossier permettant de vérifier la conformité d'un établissement recevant le public avec les règles de sécurité, prévu par le b de l'article R. 122-11, ces éléments ne sont pas de nature à établir à eux seuls que le maire de la commune de Saint Jean-aux-Bois, en décidant la fermeture de l'établissement jusqu'à ce que la commission de sécurité examine l'effectivité de la mise en conformité au regard de l'ensemble des règles qui lui sont applicables, aurait, compte tenu du caractère temporaire de cette mesure et de la finalité qu'il a poursuivie, porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés invoquées par les requérants justifiant qu'une mesure de sauvegarde soit prise par le juge des référés à très bref délai, ce alors que l'article R. 143-26 du code de la construction et de l'habitation prévoit que cette commission assiste notamment le maire dans l'application des mesures de police et de surveillance qu'il est appelé à prendre en vue d'assurer la protection contre l'incendie et la panique dans les établissements recevant du public.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées sans préjudice pour les requérants, s'ils s'y croient fondés, de se pourvoir devant le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 de ce code.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle au versement de la somme que les requérants demandent sur leur fondement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Saint-Jean-aux-Bois au titre des mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'association d'éducation populaire de l'Ecole Saint-Louis de Gonzague, de Mme K O, de Mme C H épouse I, de Mme L M épouse D, de Mme F N épouse G, de M. J E et de Mme A B épouse E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Jean-aux-Bois au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association d'éducation populaire de l'Ecole Saint-Louis de Gonzague, représentante unique des requérants, et à la commune de Saint-Jean-aux-Bois.

Copie sera adressée pour information à la préfète de l'Oise.

Fait à Amiens, le 23 avril 2024.

Le juge des référés,

signé

C. BINAND

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401515

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