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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401533

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401533

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401533
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP DELARUE - VARELA - MARRAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, ce dernier n'ayant pas été communiqué, enregistrés les 16 avril et 9 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Rigal-Casta, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2024 par lequel la préfète de l'Oise a fait droit à la demande de la société Plainval Biométhane d'enregistrer son unité de méthanisation de déchets non dangereux ou de matière végétale brute dont la quantité maximale de traitement est inférieure à 100 tonnes par jour sise sur le territoire de la commune de Plainval ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris sur le fondement d'une demande incomplète au regard des dispositions de l'article L. 512-7-3 et du 7° de l'article R. 512-46-4 du code de l'environnement dès lors que la présentation des capacités financières du pétitionnaire était insuffisante ;

- cet arrêté a été pris sur le fondement d'une demande incomplète au regard des dispositions du 4° de l'article R. 512-46-3 du code de l'environnement et de l'article 49 de l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement dès lors que la présentation des nuisances olfactives était insuffisante ;

- cet arrêté a été pris sur le fondement d'une demande incomplète au regard des dispositions du 4° de l'article R. 512-46-3 du code de l'environnement dès lors que les effets cumulés des installations envisagées avec ceux des installations de liquéfaction de gaz de la société Azola n'ont pas été pris en compte ;

- cet arrêté a été pris sur le fondement d'une demande incomplète au regard des dispositions du 4° de l'article R. 512-46-3 du code de l'environnement dès lors que la présentation des nuisances sonores issues du trafic routier est insuffisante ;

- cet arrêté a été pris sur le fondement d'une demande incomplète au regard des dispositions de l'article 23 de l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement dès lors que la présentation des moyens de lutte contre les incendies est insuffisante ;

- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure méconnaissant les dispositions des articles R. 122-2 et R. 122-3-1 du code de l'environnement dès lors que l'examen au cas par cas de la nécessité de soumettre le projet à une évaluation environnementale n'a pas été effectué par le préfet de la région Hauts-de-France ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions du 1° et du 2° de l'article L. 512-7-2 du code de l'environnement dès lors que la demande d'enregistrement de l'unité en litige aurait dû être instruite selon les règles de procédure prévues pour les autorisations environnementales et soumise à une évaluation environnementale, eu égard notamment à la localisation des parcelles de son plan d'épandage, situées en zone vulnérable aux nitrates, et à sa proximité avec les installations de liquéfaction de gaz de la société Azola ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 512-7-3 du code de l'environnement dès lors que la société Plainval Biométhane ne présente pas des capacités financières suffisantes ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article A12 du plan local d'urbanisme de la commune de Plainval et de l'article 7 de l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement dès lors que le projet ne comporte pas d'emplacements de stationnement des poids-lourds adaptés à son exploitation ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article 34 de l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement dès lors que le projet prévoit le stockage de digestat liquide n'ayant pas subi un traitement de plus de 80 jours dans une lagune qui n'est pas couverte ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article 34 de l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement dès lors que la contenance de la lagune dont la construction est prévue est insuffisante pour stocker le digestat produit durant la plus longue période pendant laquelle son épandage est impossible ou interdit ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions des articles L. 211-1 et L. 511-1 du code de l'environnement eu égard notamment aux nuisances olfactives, aux risques créés par la proximité des installations de la société Azola et par l'insuffisance des moyens de lutte contre l'incendie, aux nuisances sonores générées par le trafic routier occasionné par l'exploitation des installations en litige et à l'insuffisance des capacités financières de la société Plainval Biométhane.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 juin et 12 septembre 2024, dont le dernier n'a pas été communiqué, la société Plainval Biométhane, représentée par Me Varela Fernandes, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. B une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable faute pour M. B d'intérêt à agir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 5 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée le 13 septembre 2024.

La préfète de l'Oise a produit un mémoire le 18 octobre 2024.

Par un courrier du 5 décembre 2024, les parties ont été invitées à présenter des observations sur la circonstance que dans l'hypothèse selon laquelle le vice tiré de l'absence de justification suffisante des capacités financières du pétitionnaire dans le dossier d'enregistrement serait considéré comme fondé, le tribunal serait susceptible de surseoir à statuer sur les conclusions de la requête afin de permettre la régularisation de ce vice dans un délai de quatre mois.

Le préfet de l'Oise et la société Plainval Biométhane ont présenté des observations sur cette circonstance le 10 décembre 2024. M. B a présenté de similaires observations le 11 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public ;

- et les observations de Me Lacaze, représentant M. B substituant Me Rigal-Casta, ainsi que celle de Me David, représentant la société Plainval Biométhane et substituant Me Varéla.

M. B a produit une note en délibéré le 12 décembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Afin d'accroitre la capacité de traitement d'installations qu'elle exploite sur le territoire de la commune de Plainval, la société Plainval Biométhane a demandé, le 8 novembre 2022, l'enregistrement d'une unité de méthanisation de déchets non dangereux et de matière végétale brute dont la quantité maximale de traitement est inférieure à 100 tonnes par jour. La préfète de l'Oise a enregistré cette demande par un arrêté du 11 mars 2024. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. En application des dispositions de l'article R. 514-3-1 du code de l'environnement, il appartient au juge administratif d'apprécier si les tiers qui contestent une décision prise au titre de la police des installations classées justifient d'un intérêt suffisamment direct leur donnant qualité pour en demander l'annulation, compte tenu des inconvénients et dangers que présente pour eux l'installation en cause, appréciés notamment en fonction de la situation des intéressés et de la configuration des lieux.

3. Il résulte de l'instruction que la propriété où réside M. B se situe à environ 200 mètres du méthaniseur dont l'extension est envisagée. Par ailleurs, l'installation litigieuse est susceptible de générer des émissions odorantes, accrues par l'extension en litige, dans un périmètre relativement large en cas de vent ainsi que des nuisances sonores. Enfin, les nouvelles installations seraient susceptibles d'être visibles depuis certaines parcelles du terrain du requérant. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, M. B justifie d'un intérêt suffisamment direct lui donnant qualité pour agir. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la société Plainval Biométhane doit être écartée.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

En ce qui concerne le dossier d'enregistrement :

4. Il appartient, au juge du plein contentieux des installations classées d'apprécier le respect des règles de procédure régissant la demande d'autorisation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date de délivrance de l'autorisation et celui des règles de fond régissant l'installation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date à laquelle il se prononce, sous réserve du respect des règles d'urbanisme qui s'apprécie au regard des circonstances de fait et de droit applicables à la date de l'autorisation. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances affectant le dossier de demande d'enregistrement au titre de la législation des installations classées pour la protection de l'environnement ne sont susceptibles de vicier la procédure et ainsi d'entacher d'irrégularité l'arrêté d'enregistrement attaqué que si elles ont eu pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 512-7-3 du code de l'environnement : " () Le préfet ne peut prendre l'arrêté d'enregistrement que si le demandeur a justifié que les conditions de l'exploitation projetée garantiraient le respect de l'ensemble des prescriptions générales, et éventuellement particulières, applicables. Il prend en compte les capacités techniques et financières que le pétitionnaire entend mettre en œuvre, à même de lui permettre de conduire son projet dans le respect des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 et, le cas échéant, à l'article L. 211-1, et d'être en mesure de satisfaire aux obligations de l'article L. 512-7-6 lors de la cessation d'activité. () ". Aux termes de l'article R. 512-46-4 du même code : " A la demande d'enregistrement doivent être jointes les pièces suivantes : / () 7° Une description des capacités techniques et financières mentionnées à l'article L. 512-7-3 dont le pétitionnaire dispose ou, lorsque ces capacités ne sont pas constituées au dépôt de la demande d'enregistrement, les modalités prévues pour les établir au plus tard à la mise en service de l'installation ; () ".

6. Si la demande de la société Plainval Biométhane précise que le montant des investissements réalisés pour la réalisation des installations déjà existantes s'est élevé à la somme de 4 265 957 euros hors taxes, l'origine des fonds ayant servi à celle-ci ainsi que la circonstance que le retour sur investissement est estimé à neuf ans, elle se borne, concernant l'augmentation des capacités de traitement à l'origine de l'enregistrement, à indiquer que l'investissement nécessaire à sa réalisation serait de l'ordre de 900 000 euros et financé sur les fonds propres de la société. Si la société pétitionnaire produit une attestation du 21 juin 2024 d'un expert-comptable établissant qu'au 30 avril 2023, elle a accumulé des capitaux à hauteur de 698 112, 52 euros, que ses résultats ont été affectés en réserve depuis la création de la société et que les associés se sont portés caution solidaire de ses emprunts, ces éléments n'ont pas été portés à la connaissance du public et de la préfète lors de l'instruction de la demande. Au demeurant, la société Plainval Biométhane a produit, postérieurement à la clôture d'instruction et en réponse à l'invitation qui lui a été faite, le 5 décembre 2024, de présenter des observations sur un éventuel sursis à statuer, des éléments de nature à établir que les modalités de financement de l'augmentation des capacités de traitement à l'origine de l'enregistrement auraient été substantiellement modifiées. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le dossier de demande d'enregistrement est entaché d'irrégularité pour ce motif.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 512-46-3 du code de l'environnement : " Dans tous les autres cas, il est remis une demande () qui mentionne : / () 4° Une description des incidences notables que le projet, y compris les éventuels travaux de démolition, est susceptible d'avoir sur l'environnement et la santé humaine ainsi que, le cas échéant, les mesures et caractéristiques du projet destinées à éviter ou réduire ses probables effets négatifs notables sur l'environnement ou la santé humaine. () ".

8. M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 49 de l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement qui s'appliquent à la mise en service des installations. Par ailleurs, et en tout état de cause, la demande de la société Plainval Biométhane comporte une étude de l'état olfactif initial par la société Odométric du 19 mai 2023 qui précise les impacts prévisibles de l'accroissement de la capacité de traitement des installations. Si cette étude a été réalisée dans des conditions météorologiques déterminées, elle prend en considération la possibilité de leur modification et notamment celle de la direction et de l'intensité des vents. Dans ces conditions, le dossier de demande d'enregistrement comportait une description suffisante des nuisances olfactives du projet.

9. En troisième lieu, le dossier de demande mentionne la présence des installations de liquéfaction de gaz de la société Azola et explique avec suffisamment de précision les effets cumulés potentiels avec les installations en litige. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que la société Azola a cessé ses activités à proximité des installations en litige le 30 juin 2023. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de présentation de ces effets cumulés doit être écarté.

10. En quatrième lieu, la demande de la société Plainval Biométhane comporte une étude d'impact du projet sur le trafic routier qui précise que la circulation liée aux installations en litige est effectuée sur les routes D23 et D938, très passantes et adaptées à la circulation des poids-lourds. Elle considère que l'impact sur le trafic serait une augmentation de ce dernier de l'ordre de 5,5 % principalement en avril et en mai et que les nuisances sonores dues au projet seraient peu importantes. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que cette étude aurait dû être plus circonstanciée sur le trafic sur le chemin bordant la propriété de M. B alors que si des camions et des tracteurs utilisent cette voie dans le cadre de l'activité agricole des deux fermes mitoyennes, il n'est pas établi que les poids-lourds desservant l'unité de méthanisation l'utilisent. Dans ces conditions, le dossier de demande d'enregistrement comportait une description suffisante des nuisances sonores liées au trafic routier du projet.

11. En cinquième lieu, la demande de la société Plainval Biométhane précise les mesures prises pour la prévention et la lutte contre les incendies ainsi que les raisons pour lesquelles l'agrandissement des installations n'a pas d'effet sur celles-ci. Elle joint par ailleurs une attestation du 21 juin 2018 du service départemental d'incendie et de secours de l'Oise reconnaissant l'adéquation des mesures mises en place en 2018 avec l'implantation des installations alors projetées. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de présentation des moyens de lutte contre les incendies doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B est uniquement fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est irrégulier dès lors qu'il a été pris sur le fondement d'un dossier de demande insuffisant au regard de la description des capacités financières de la société Plainval Biométhane.

En ce qui concerne la procédure d'instruction de la demande de la société Plainval Biométhane :

13. En premier lieu, aux termes de l'article R. 122-2 du code de l'environnement : " I. - Les projets relevant d'une ou plusieurs rubriques énumérées dans le tableau annexé au présent article font l'objet d'une évaluation environnementale, de façon systématique ou après un examen au cas par cas, en application du II de l'article L. 122-1, en fonction des critères et des seuils précisés dans ce tableau. () ". Aux termes de l'article R. 122-2 du même code : " I.-L'autorité chargée de l'examen au cas par cas mentionnée au premier alinéa du IV de l'article L. 122-1 est : / () 3° Le préfet de région sur le territoire duquel le projet doit être réalisé pour les projets ne relevant ni du 1° ni du 2°. Lorsque le projet est situé sur plusieurs régions, la décision mentionnée au IV de l'article R. 122-3-1 est rendue conjointement par les préfets de région concernés. / II.-Les dispositions du I s'appliquent sous réserve de celles de l'article L. 512-7-2 qui désignent les autorités chargées de l'examen au cas par cas pour les catégories de projets qu'elles mentionnent. () ". Aux termes de l'article L. 512-7-2 du code de l'environnement : " Le préfet peut décider que la demande d'enregistrement sera instruite selon les règles de procédure prévues par le chapitre unique du titre VIII du livre Ier pour les autorisations environnementales () ".

14. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que, contrairement à ce que soutient M. B, l'examen au cas par cas de la nécessité de soumettre le projet à une évaluation environnementale a été effectué par la préfète de l'Oise qui avait compétence pour le faire en application des dispositions citées au point précédent. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure méconnaissant ces dispositions doit être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 512-7-2 du code de l'environnement : " Le préfet peut décider que la demande d'enregistrement sera instruite selon les règles de procédure prévues par le chapitre unique du titre VIII du livre Ier pour les autorisations environnementales : / 1° Si, au regard de la localisation du projet, en prenant en compte les critères mentionnés au point 2 de l'annexe III de la directive 2011/92/UE du 13 décembre 2011 concernant l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement, la sensibilité environnementale du milieu le justifie ; / 2° Ou si le cumul des incidences du projet avec celles d'autres projets d'installations, ouvrages ou travaux situés dans cette zone le justifie ; / 3° Ou si l'aménagement des prescriptions générales applicables à l'installation, sollicité par l'exploitant, le justifie ; / Dans les cas mentionnés au 1° et au 2°, le projet est soumis à évaluation environnementale. Dans les cas mentionnés au 3° et ne relevant pas du 1° ou du 2°, le projet n'est pas soumis à évaluation environnementale. (). ". Parmi les critères pertinents prévus à l'annexe III de la directive 2011/92/UE figurent la dimension du projet, le risque d'accidents, la sensibilité environnementale de la zone géographique susceptible d'être affectée compte tenu de l'occupation des sols existants et la présence de zones Natura 2000. Les incidences notables d'un projet doivent, selon cette même annexe, être notamment considérées par rapport à l'étendue de l'impact, à sa probabilité et à sa fréquence.

16. Si les installations soumises à enregistrement sont, en principe, dispensées d'une évaluation environnementale préalable à leur enregistrement, le préfet, saisi d'une demande d'enregistrement d'une installation, doit, en application de l'article L. 512-7-2 du code de l'environnement, se livrer à un examen particulier du dossier afin d'apprécier si une évaluation environnementale donnant lieu, en particulier, à une étude d'impact, est nécessaire, notamment au regard de la localisation du projet et de la sensibilité environnementale de la zone d'implantation.

17. Il résulte de l'instruction que la société Azola a cessé ses activités à proximité des installations en litige le 30 juin 2023, ainsi qu'il a été dit. Par ailleurs, si les parcelles du plan d'épandage joint à la demande sont situées en zone vulnérable aux nitrates, elles sont constituées de terres agricoles recevant d'ores-et-déjà des engrais si bien qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'agrandissement des capacités de traitement du méthaniseur ait un impact significatif sur la pollution des eaux de la zone considérée. Dans ces conditions, la préfète a pu légalement se dispenser de mettre en œuvre les dispositions de l'article L. 512-7-2 du code de l'environnement.

En ce qui concerne les capacités financières de la société Plainval Biométhane :

18. En premier lieu, aux termes de l'article L. 512-7-3 du code de l'environnement : " () Le préfet ne peut prendre l'arrêté d'enregistrement que si le demandeur a justifié que les conditions de l'exploitation projetée garantiraient le respect de l'ensemble des prescriptions générales, et éventuellement particulières, applicables. Il prend en compte les capacités techniques et financières que le pétitionnaire entend mettre en œuvre, à même de lui permettre de conduire son projet dans le respect des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 et, le cas échéant, à l'article L. 211-1, et d'être en mesure de satisfaire aux obligations de l'article L. 512-7-6 lors de la cessation d'activité. () ".

19. Lorsque le juge se prononce sur la légalité de l'enregistrement avant la mise en service de l'installation, il lui appartient, si la méconnaissance de ces règles de fond est soulevée, de vérifier la pertinence des modalités selon lesquelles le pétitionnaire prévoit de disposer de capacités financières et techniques suffisantes pour assumer l'ensemble des exigences susceptibles de découler du fonctionnement, de la cessation éventuelle de l'exploitation et de la remise en état du site au regard des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement.

20. Il résulte de l'instruction que l'investissement à la réalisation à l'augmentation des capacités de traitement à l'origine de l'enregistrement est de l'ordre de 900 000 euros alors que les installations déjà existantes ont couté la somme de 4 265 957 euros. Par ailleurs, il est établi par l'attestation de l'expert-comptable du 21 juin 2024 que la société, dont les résultats ont été affectés en réserve, a accumulé des capitaux à hauteur de 698 112,52 euros au 30 avril 2023 alors que l'exploitation de ses installations a été initiée seulement en 2020. Par suite, et alors que M. B ne conteste pas sérieusement la capacité de la société Plainval Biométhane de se procurer le reliquat des fonds nécessaires à la mise en œuvre de son projet, dont certains ont été nécessairement déjà décaissés afin de le concevoir et d'en effectuer la présentation, la société pétitionnaire doit être regardée comme ayant envisagé des modalités pertinentes pour disposer des capacités financières prévues par les dispositions précitées de l'article L. 512-7-3 du code de l'environnement. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance des capacités financières de la société Plainval Biométhane doit être écarté, à le supposer même soulevé par M. B qui se borne à invoquer de manière très générale une erreur manifeste d'appréciation à l'appui de laquelle il évoque notamment les lacunes de la demande de la société en matière de présentation de ses capacités financières, sans même citer les dispositions de l'article L. 512-7-3 du code de l'environnement.

En ce qui concerne les moyens concernant le contenu du projet en litige :

21. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 514-6 du code de l'environnement : " I. - Les décisions prises en application des articles L. 512-7-3 à L. 512-7-5, L. 512-8, L. 512-12, L. 512-13, L. 512-20, L. 513-1, L. 514-4, du I de l'article L. 515-13 et de l'article L. 516-1 sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. / Par exception, la compatibilité d'une installation classée avec les dispositions d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un plan d'occupation des sols ou d'une carte communale est appréciée à la date de l'autorisation, de l'enregistrement ou de la déclaration. () ". Aux termes de l'article 7 de l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement : " Envol des poussières. / Sans préjudice des règlements d'urbanisme, l'exploitant adopte les dispositions suivantes pour prévenir les envols de poussières et les dépôts de matières diverses : / ' les voies de circulation et les aires de stationnement des véhicules sont aménagées (formes de pente, revêtement, etc.) et convenablement nettoyées ; / ' les véhicules sortant de l'installation n'entraînent pas d'envol de poussière ou de dépôt de boue sur les voies de circulation publique ; / ' dans la mesure du possible, les surfaces sont engazonnées et des écrans de végétation sont mis en place ".

22. Il résulte de l'instruction que l'installation en litige dispose d'un parking pour cinq véhicules destiné aux personnels et aux visiteurs, ce qui est suffisant pour son activité. Par ailleurs, d'importantes zones de chargement et déchargement sont prévues pour les poids-lourds qui desservent le méthaniseur, dont il n'est pas établi qu'ils stationnent durablement et en grand nombre sur place. Enfin, la demande de la société Plainval Biométhane précise que la voirie est asphaltée et maintenue propre et que les camions sont nettoyés avant leur départ si nécessaire afin d'éviter l'envol de poussière. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué ne méconnaît pas les dispositions pertinentes du plan local d'urbanisme de la commune de Plainval et celles citées au point précédent.

23. En deuxième lieu, aux termes de l'article 34 de l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement : " () Les ouvrages de stockage des digestats solides et liquides sont couverts. Cette disposition ne s'applique pas pour le digestat solide stocké en bout de champ moins de 24 heures avant épandage, ni aux lagunes de stockage de digestat liquide ayant subi un traitement de plus de 80 jours. () ".

24. Il ne résulte pas de l'instruction que la période de placement du digestat dans la cuve de stockage, ayant vocation tout comme le digesteur et le post-digesteur à extraire du gaz des intrants, doive être exclue du calcul de la durée du traitement de ce digestat au sens des dispositions citées au point précédent. Dès lors, il n'est pas sérieusement remis en cause que la durée du traitement de ce digestat dans les installations en litige est de 130 jours et que ce digestat peut ensuite être légalement stocké dans une lagune ouverte. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.

25. En troisième lieu, aux termes de l'article 34 de l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement : " Stockage du digestat. / Les ouvrages de stockage du digestat sont dimensionnés et exploités de manière à éviter tout déversement dans le milieu naturel. Ils ont une capacité suffisante pour permettre le stockage de la quantité de digestat (fraction solide et fraction liquide) produite sur une période correspondant à la plus longue période pendant laquelle son épandage est soit impossible, soit interdit, sauf si l'exploitant ou un prestataire dispose de capacités de stockage sur un autre site et qu'il est en mesure d'en justifier en permanence la disponibilité. / La période de stockage prise en compte ne peut pas être inférieure à quatre mois. () ".

26. Si en application des dispositions citées au point précédent, les installations doivent disposer d'une capacité suffisante pour permettre le stockage de la quantité de digestat produite sur une période correspondant à la plus longue période pendant laquelle son épandage est soit impossible, soit interdit, il n'en résulte pas que la période ainsi définie doive être entendue comme la durée la plus longue durant laquelle l'épandage est interdit pour une culture donnée. Dès lors, et contrairement à ce que soutient M. B, la capacité de stockage des installations en litige ne doit pas correspondre à la quantité de digestat produite sur une période de sept mois, durée pendant laquelle l'épandage est interdit pour les légumes et fruits de printemps, alors au surplus que les principales cultures se trouvant sur la zone d'épandage sont des céréales et de la betterave. Par ailleurs, la demande précise que la capacité totale de stockage de digestat correspond à 6 mois de production et que cette capacité pour le digestat liquide est de 5 mois dans la lagune. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que l'arrêté attaqué méconnaisse les dispositions citées au point précédent.

27. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'environnement : " I.-Les dispositions des chapitres Ier à VII du présent titre ont pour objet une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau ; cette gestion prend en compte les adaptations nécessaires au changement climatique et vise à assurer : / 1° La prévention des inondations et la préservation des écosystèmes aquatiques, des sites et des zones humides ; on entend par zone humide les terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d'eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire, ou dont la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l'année ; / 2° La protection des eaux et la lutte contre toute pollution par déversements, écoulements, rejets, dépôts directs ou indirects de matières de toute nature et plus généralement par tout fait susceptible de provoquer ou d'accroître la dégradation des eaux en modifiant leurs caractéristiques physiques, chimiques, biologiques ou bactériologiques, qu'il s'agisse des eaux superficielles, souterraines ou des eaux de la mer dans la limite des eaux territoriales ; / 3° La restauration de la qualité de ces eaux et leur régénération ; () / II.- La gestion équilibrée doit permettre en priorité de satisfaire les exigences de la santé, de la salubrité publique, de la sécurité civile et de l'alimentation en eau potable de la population. Elle doit également permettre de satisfaire ou concilier, lors des différents usages, activités ou travaux, les exigences : / 1° De la vie biologique du milieu récepteur, et spécialement de la faune piscicole et conchylicole ; / 2° De la conservation et du libre écoulement des eaux et de la protection contre les inondations ; / 3° De l'agriculture, des pêches et des cultures marines, de la pêche en eau douce, de l'industrie, de la production d'énergie, en particulier pour assurer la sécurité du système électrique, des transports, du tourisme, de la protection des sites, des loisirs et des sports nautiques ainsi que de toutes autres activités humaines légalement exercées. () ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Sont soumis aux dispositions du présent titre (), les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, () ".

28. Il résulte de l'instruction et notamment de l'étude de la société Odométric du 19 mai 2023 que l'agrandissement des installations projetée aura un faible effet sur les nuisances olfactives qu'elles génèrent et qui sont occasionnelles, notamment au niveau des habitations situées à proximité du méthaniseur. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit aux points 7 et 9 que les installations en litige n'introduisent pas de risques supplémentaires dus à la proximité des installations de la société Azola et à l'insuffisance des moyens de lutte contre l'incendie. De plus, il résulte de l'étude d'impact du projet sur le trafic routier joint à la demande, évoquée au point 8, que les installations en litige ont des effets limités sur le trafic routier et il ne résulte pas de l'instruction que cet accroissement de la circulation ait un impact particulier sur les nuisances sonores imposées notamment aux riverains. Enfin, ainsi qu'il a été dit, il ne résulte pas de l'instruction que les capacités financières de la société Plainval Biométhane soient insuffisantes. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaitrait les dispositions précitées des articles L. 211-1 et L. 511-1 du code de l'environnement doit être écarté.

29. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est uniquement fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est irrégulier dès lors qu'il a été pris sur le fondement d'un dossier de demande insuffisant au regard de la description des capacités financières de la société Plainval Biométhane.

Sur la régularisation du vice affectant l'arrêté d'enregistrement en litige :

30. En vertu des pouvoirs qu'il tient de son office de juge de plein contentieux des installations classées pour la protection de l'environnement, le juge administratif, s'il estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'une illégalité entachant l'élaboration ou la modification d'une décision d'enregistrement est susceptible d'être régularisée, peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation. Si la régularisation intervient dans le délai fixé, elle est notifiée au juge, qui statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le juge peut préciser, par sa décision avant dire droit, les modalités de cette régularisation, qui implique l'intervention d'une décision corrigeant le vice dont est entachée la décision attaquée. En outre, le juge peut limiter la portée ou les effets de l'annulation qu'il prononce si le ou les vices qu'il retient n'affectent qu'une partie de la décision.

31. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice résultant de l'insuffisante présentation des capacités financières de la société Plainval Biométhane dans le dossier de demande d'enregistrement, qui a été susceptible de nuire à la complète information du public et d'exercer une influence sur le sens de l'arrêté attaqué. Une telle insuffisance est toutefois susceptible d'être régularisée, en l'espèce, par la production d'un complément au dossier de demande d'enregistrement, présentant les informations pertinentes relatives au coût et au financement du projet et, par la suite, par un arrêté d'enregistrement modificatif pris après information du public relative aux capacités financières de la société pétitionnaire.

32. Il appartiendra au pétitionnaire de transmettre au préfet de l'Oise le dossier complété qui sera soumis au public pendant une durée d'un mois rappelant la nature du projet et l'objet de la nouvelle phase de l'information du public. Ce dossier comportera en particulier tous éléments utiles concernant ses capacités financières. Le préfet assurera, avec le concours de la société pétitionnaire, la publication d'un avis annonçant l'organisation et les modalités de cette consultation du public, au moins quinze jours avant le début de la mise à disposition du dossier, dans deux journaux régionaux ou locaux et sur le site internet de la préfecture de l'Oise. La société Plainval Biométhane prendra en charge les frais de cette phase d'information du public.

33. Dans tous les cas, le sursis à statuer a pour objet de permettre la régularisation de l'autorisation attaquée. Cette éventuelle régularisation implique l'intervention d'une décision complémentaire qui corrige le vice dont est entachée la décision attaquée. Le préfet de l'Oise devra, dans un premier temps, après avoir recueilli les avis et remarques du public recueillis dans le cadre de la consultation visée au point 32, les transmettre à la société exploitante pour recueillir ses éventuelles observations en réponse. Dans un second temps, il lui incombera de prendre une décision expresse afin de corriger le cas échéant, le vice dont l'arrêté contesté est entaché. Cet arrêté portant enregistrement modificatif devra alors être communiqué au tribunal dans un délai de cinq mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, jusqu'à l'expiration d'un délai de cinq mois imparti au préfet de l'Oise pour produire au tribunal un arrêté d'enregistrement modificatif dans les conditions définies aux points 32 et 33 du présent jugement.

Article 2 : Tous droits et conclusions des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la société Plainval Biométhane et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.

Copie en sera adressée au préfet de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lebdiri, président,

- M. Fumagalli, conseiller,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

J. Richard

Le président,

signé

S. Lebdiri

La greffière,

signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2401533

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