lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401561 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SABALY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 avril 2024, M. B C demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours sur la commune de Nanteuil-le-Haudouin ainsi que la mesure d'éloignement vers l'Autriche prise à son encontre ;
Il soutient que :
- les voies et délais de recours ouverts à l'encontre de la mesure d'éloignement vers l'Autriche qui constitue le fondement de l'assignation à résidence attaquée ne lui ont pas été notifiés dans une langue qu'il comprend ;
- ces décisions sont entachées d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, au regard notamment des risques auxquels il serait exposé en cas de retour en Turquie dont il n'est pas fait état ;
- son renvoi en Autriche est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il l'expose ensuite à un renvoi en Turquie, pays où il encourt des risques tant en raison de ses origines kurdes que de la situation générale dégradée qui y prévaut ;
- l'assignation à résidence à Nanteuil-le-Haudouin est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences dès lors que son lieu d'hébergement est situé à Le Plessis Belleville.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les conclusions que M. C dirigées par voie d'action et d'exception contre la décision de transfert, seule mesure d'éloignement dont il fait l'objet et qui lui a été notifiée le 21 mars 2023, sont irrecevables et que les moyens soulevés à l'encontre de l'arrêté portant assignation à résidence ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant notamment des procédures prévues aux articles L. 572-1 et L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Binand, magistrat désigné, qui informe la partie présente, en application de l'article L. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur la substitution des dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à celles du 1° de l'article L. 731-1 de ce code sur lesquelles la préfète de l'Oise s'est fondée pour prononcer la mesure d'assignation à résidence contestée ;
- et les observations de M. C, assisté de Me Sabaly, avocat commis d'office, et de M. A, interprète en langue turque, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, qu'il exerçait jusqu'au 18 avril 2024 à Le Plessis Belleville une activité professionnelle régulièrement déclarée, de sorte qu'il ne peut être regardé comme étant en fuite, qu'il était logé à cette date par son employeur dans ladite commune où il a été interpellé avant d'être entendu dans les locaux de la gendarmerie à Nanteuil-le-Haudouin, et qu'il conviendrait, à titre subsidiaire, de l'assigner à résidence à Stains, où un membre de sa famille atteste être disposé à l'héberger.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience à 11 h 45.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant turc né le 22 novembre 1997, a fait l'objet le 18 avril 2024, dans les locaux de la compagnie départementale de la gendarmerie nationale à Nanteuil-le-Haudouin, d'une vérification du droit de circulation et de séjour, à la suite d'un contrôle d'identité dans un établissement de restauration dans la commune de Le Plessis Belleville où il exerçait une activité professionnelle. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours sur la commune de Nanteuil-le-Haudouin, ainsi que la mesure d'éloignement dont cette mesure vise à assurer l'exécution.
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté non daté notifié le 21 mars 2023, pris en application du règlement communautaire n° 604/2013 du 26 juin 2013, le préfet du Val d'Oise a décidé le transfert de C aux autorités autrichiennes pour l'examen de sa demande d'asile. Il n'est pas contesté que cet arrêté est devenu définitif, après que la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté, par un jugement du 9 mai 2023, le recours de M. C formé à son encontre. Par suite, le requérant n'est pas recevable à demander l'annulation de cet arrêté ni à exciper de l'illégalité de ce dernier à l'encontre de la mesure d'assignation à résidence du 18 avril 2024 prise par la préfète de l'Oise dans la perspective de l'exécution d'office de son éloignement.
3. En second lieu, il ressort des motifs de l'arrêté du 18 avril 2024 éclairé par le mémoire en défense que, pour assigner M. C à résidence, la préfète de l'Oise s'est fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permettent à l'autorité préfectorale compétente d'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours l'étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé et dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable. Dès lors que M. C a fait l'objet, ainsi qu'il a été dit, non d'une obligation de quitter le territoire français, mais d'une décision de transfert, la préfète de l'Oise n'a pu légalement l'assigner à résidence sur le fondement de ces dispositions, dans le champ d'application desquelles le requérant n'entre pas.
4. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. En l'espèce, l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que l'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut être assigné à résidence, même après la notification de la décision de transfert, si l'exécution de cette décision demeure une perspective raisonnable. Si la préfète de l'Oise fait valoir que le délai de six mois imparti aux autorités françaises pour exécuter la décision de transfert de M. C, par l'article 29 du règlement communautaire du 26 juin 2013 a été porté à dix-huit mois en raison de la fuite de l'intéressé, ce dont les autorités autrichiennes ont été informées en juillet 2023, elle ne verse toutefois au dossier aucun élément de nature à établir que M. C se serait soustrait volontairement aux mesures prises par l'autorité administrative pour assurer son départ, alors que le requérant le conteste et justifie à l'audience exercer depuis le 30 mars 2023 une activité professionnelle sans autorisation de travail mais déclarée par son employeur auprès des organismes sociaux. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces versées au dossier que, au 18 avril 2024, soit après l'expiration du délai de six mois qui a couru à compter du jugement mentionné au point 2, l'exécution de la décision de transfert dont M. C fait l'objet demeurerait une perspective raisonnable. Il s'ensuit qu'il n'y a pas lieu de substituer les dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à celles de l'article L. 731-1 de ce code sur lesquelles la préfète de l'Oise s'est fondée à tort.
5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 18 avril 2024 de la préfète de l'Oise est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la préfète de l'Oise et à Me Sabaly.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.
Le magistrat désigné,
signé
C. BINAND
La greffière
signé
S. CHATELLAIN
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026