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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401563

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401563

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401563
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLIBAUDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2024 à 19h35, M. B C, représenté par Me Libaude, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour l'exécution d'office de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence sur la commune de Beauvais pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français émane d'une autorité incompétente dès lors que l'existence d'une délégation de signature n'est pas établie ;

- cet arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation en faits s'agissant de la description de ses attaches familiales ;

- il a été pris sans respecter le droit d'être entendu qui constitue un principe général garanti par le droit de l'Union européenne ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai qui en constitue le fondement.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant notamment des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Binand, magistrat désigné,

- et les observations de Me Libaude, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant marocain né en 1990, a fait l'objet d'une vérification du droit de circulation et de séjour, à la suite de laquelle la préfète de l'Oise, par un arrêté du 18 avril 2024, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an. Par un arrêté du même jour, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq-jours. Par sa requête, M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces dispositions et d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 30 septembre 2023, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. D A, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer notamment les décisions prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le caractère exécutoire de cet arrêté, qui a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Oise daté du même jour, n'est pas contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contenues dans l'arrêté du 18 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

4. En deuxième lieu, cet arrêté comporte, outre les motifs de droit sur lesquels la préfète de l'Oise s'est fondée pour prendre les décisions qu'il contient, l'exposé détaillé des éléments de fait propres à la situation personnelle de M. C que l'autorité préfectorale a pris en considération, et notamment, contrairement à ce que soutient le requérant, les attaches familiales en France, constituées par sa sœur, dont il se prévalait. A cet égard, la circonstance qu'il ne soit pas fait état de ce que la soeur de M. C dispose d'un titre de séjour est sans incidence sur le caractère suffisant de cette motivation, dès lors qu'il ressort des énonciations de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Oise s'est fondée sur la faible intensité des attaches familiales invoquées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait doit être écarté.

5. En troisième lieu, le droit d'être entendu, qui est une composante du respect des droits de la défense garanti par le droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en exécution de cette obligation, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition par les services de gendarmerie versé au dossier par la préfète de l'Oise, que, dans le cadre de la vérification de son droit de circulation et de séjour le 18 avril 2024, M. C a été informé, par le truchement d'un interprète en langue arabe, qu'il a déclaré comprendre, de ce qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et a pu porter à la connaissance de l'administration les observations pertinentes sur ce point, tenant notamment à sa date d'entrée en France, les conditions irrégulières de son séjour, ses conditions d'hébergement, les ressources retirées de son activité professionnelle de vente ambulante, sa situation familiale et ses attaches respectives avec la France et son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les décisions exprimées par cet arrêté auraient été prises à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C, qui a déclaré lors de son audition par les services de gendarmerie être entré en France en novembre 2023, est célibataire et sans enfant. Il ne se prévaut d'aucune attache en France, à l'exception de sa sœur en situation régulière, avec laquelle il ne justifie pas entretenir, toutefois, des relations d'une intensité particulière, ni être isolé au Maroc, qu'il a quitté pour des raisons économiques. L'activité professionnelle de vente ambulante, qu'il fait valoir sans en établir la réalité ni disposer d'une autorisation de travail, n'est pas de nature à justifier d'une insertion dans la société française. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour, M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, a porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts qu'elle a poursuivis. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance, par cette décision, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En cinquième et dernier lieu, ainsi qu'il a été dit, l'arrêté du 18 avril 2024, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai, n'est entaché d'aucune des illégalités invoquées par M. C. Il s'ensuit que l'exception d'illégalité de la mesure d'éloignement dont le requérant est l'objet, soulevée à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écartée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. C, qui, en outre, ne soulève aucun moyen à l'encontre de l'arrêté portant assignation à résidence, doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la préfète de l'Oise et à Me Libaude.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

Le magistrat désigné,

signé

C. BINAND

La greffière

signé

S. CHATELLAIN

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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