samedi 27 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401579 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | OUADDOUR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 avril 2024, M. B A, représenté par Me Ouaddour, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des arrêtés attaqués :
- ils ne lui ont pas été notifiés par une personne identifiable et habilitée pour ce faire ;
- ils sont insuffisamment motivés et révèlent un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- ils ont été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que l'agent ayant procédé à la consultation du fichier permettant de vérifier sa situation sur le territoire français était dûment habilité à cette fin ;
- ils ont été pris au terme d'une procédure méconnaissant le principe du contradictoire et le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union repris à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors que son audition n'a pas été de nature à éclairer suffisamment l'autorité préfectorale sur sa situation réelle.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la préfète a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il n'entre dans aucune des hypothèses prévues à l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant de lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- la préfète a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale compte tenu de ses liens en France.
En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision portant assignation à résidence :
- elle " ne trouve aucune justification au regard de sa situation ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 87-249 du 8 avril 1987 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Beaucourt, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beaucourt, magistrate désignée,
- et les observations de Me Ouaddour, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que les modalités d'assignation à résidence présentent un caractère disproportionné.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien né le 22 février 1999, déclare être entré en France en fin d'année 2021, démuni de tout visa régulièrement délivré. Par un arrêté du 20 avril 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an. Par un arrêté du même jour, dont M. A sollicite également l'annulation, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des arrêtés attaqués :
2. En premier lieu, les conditions de notification d'une décision, si elles sont susceptibles d'avoir une incidence sur l'opposabilité des délais de recours, sont sans influence sur sa légalité. Dès lors, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués n'ont pas été notifiés par une personne identifiable et habilitée pour ce faire ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Les arrêtés attaqués du 20 avril 2024 mentionnent les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que, au demeurant, de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et développent les motifs retenus au soutien de la décision en litige.
4. Premièrement, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise en outre que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ". A cet égard, la préfète de l'Oise a indiqué, au visa du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. A ne justifie pas être entré, ni séjourner régulièrement sur le territoire français et a mentionné les éléments constituant sa situation privée, familiale et administrative.
5. Deuxièmement, l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". La préfète de l'Oise a relevé, en regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. A, ne justifie pas d'une entrée, ni d'un séjour régulier sur le territoire français, qu'il est défavorablement connu des services de police, qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes puisqu'il ne justifie pas être en possession de document d'identité ou de voyage en cours de validité.
6. Troisièmement, la préfète de l'Oise, après avoir fait mention des articles L. 612-12 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a précisé que M. A, au demeurant non demandeur d'asile, serait reconduit, en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, vers le pays dont il a la nationalité dès lors qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Algérie.
7. Quatrièmement, en vertu de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision d'interdiction de retour, distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être motivée. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
8. Il ressort des termes mêmes des dispositions citées au point précédent que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
9. La mesure d'interdiction de retour sur le territoire français attaquée se fonde sur la courte durée de présence ainsi que l'absence d'intégration en France de M. A, sur les attaches familiales dont il dispose sur le territoire auprès de qui sa présence n'est toutefois pas indispensable, sur le fait qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de conduite sans permis et sur la circonstance qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Par suite, la préfète de l'Oise a pris en compte l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre du requérant.
10. Cinquièmement, l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Les décisions d'assignation à résidence () sont motivées ". Pour prendre la mesure contestée d'assignation à résidence, la préfète de l'Oise a indiqué que M. A a fait l'objet, le 20 avril 2024, d'une obligation de quitter le territoire sans délai, dont l'exécution, bien que ne pouvant intervenir immédiatement pour des raisons matérielles, demeure toutefois une perspective raisonnable.
11. Compte tenu de ce qui vient d'être exposé aux points 5 à 10, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des arrêtés attaqués, lesquels comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles ils sont fondés et n'avaient pas à mentionner l'ensemble des circonstances propres à la situation de M. A, doit être écarté comme manquant en fait. Il en va de même, compte tenu du caractère détaillé de cette motivation, du moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.
12. En troisième lieu, le II de l'article 1er du décret du 8 avril 1987 relatif au fichier automatisé des empreintes digitales géré par le ministère de l'intérieur dispose, dans sa rédaction applicable à la date des arrêtés attaqué, que : " Est également autorisée, dans les conditions prévues au présent décret, la consultation du traitement automatisé des empreintes digitales : / - en vue de permettre l'identification d'un étranger dans les conditions prévues à l'article L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ". L'article 8 de ce décret prévoit : " Les fonctionnaires et militaires individuellement désignés et habilités des services d'identité judiciaire de la police nationale, du service central de renseignement criminel de la gendarmerie nationale ainsi que des unités de recherches de la gendarmerie nationale peuvent seuls avoir accès aux données à caractère personnel et aux informations contenues dans le traitement : / () 3° Pour procéder aux opérations d'identification à la demande des officiers de police judiciaire de la police nationale ou de la gendarmerie nationale en vertu des dispositions des articles L. 611-1-1 , L. 611-3 et L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ". Aux termes de l'article L. 142-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant les dispositions de l'article L. 611-4 du même code : " En vue de l'identification d'un étranger qui n'a pas justifié des pièces ou documents mentionnés à l'article L. 812-1 ou qui n'a pas présenté à l'autorité administrative compétente les documents de voyage permettant l'exécution d'une décision de refus d'entrée en France, d'une interdiction administrative du territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une mesure de reconduite à la frontière, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français ou d'une peine d'interdiction du territoire français ou qui, à défaut de ceux-ci, n'a pas communiqué les renseignements permettant cette exécution, les données des traitements automatisés des empreintes digitales mis en œuvre par le ministère de l'intérieur peuvent être consultées par les agents expressément habilités des services de ce ministère dans les conditions prévues par le règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l'égard des traitements des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données et par la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés "
13. Il ressort des pièces du dossier qu'alors que M. A, lors de son interpellation le 19 avril 2024, n'était pas en possession de documents permettant d'apprécier son droit de circuler ou de séjourner sur le territoire national, une officière de police judiciaire de la gendarmerie départementale de Méru a procédé à la consultation des fichiers automatisés. Dès lors que l'article 8 du décret du 8 avril 1987 prévoit la possibilité pour les fonctionnaires individuellement désignés et habilités d'avoir accès au traitement automatisé des empreintes digitales et palmaires au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, la circonstance que l'agente ayant procédé à cette consultation n'ait pas été individuellement désignée et régulièrement habilitée à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, et à la supposer établie, de nature à entacher d'irrégularité la décision en litige. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de consultation du fichier automatisé des empreintes digitales doit donc être écarté.
14. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Le paragraphe 2 de ce même article prévoit que : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si l'article 41 de la charte s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union européenne, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense.
15. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
16. Il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition par les services de gendarmerie le 20 avril 2024, M. A a été invité à présenter ses observations sur la perspective d'une mesure de reconduite à la frontière éventuellement assortie d'une assignation à résidence. A cette occasion, l'intéressé, qui indique rencontrer des difficultés dans les démarches pour être " en règle administrativement ", a manifesté son souhait de rester en France où il précise avoir " des projets de vie ". Par ailleurs, durant l'heure entière pendant laquelle cette audition s'est déroulée, le requérant a eu l'opportunité de s'exprimer, en outre, sur les raisons de son départ et sur son parcours, sur sa situation familiale et son pays, sur sa situation administrative ainsi que sur ses moyens de subsistance et viatique. Il s'ensuit qu'une telle audition a permis d'éclairer suffisamment l'autorité préfectorale sur la situation réelle de M. A de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance du droit de ce dernier à être entendu doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
17. D'une part, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
18. Bien que présent en France depuis près de trois ans à la date d'édiction de la décision attaquée, il ressort des pièces du dossier que M. A, non seulement entré irrégulièrement sur le territoire national, s'y est de surcroît maintenu sans rechercher la régularisation de sa situation. A cet égard, la circonstance que l'intéressé, titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis le 1er mars 2023 en qualité d'équipier polyvalent de restauration, a l'intention de demander son admission exceptionnelle au séjour en tant que salarié ne saurait, à elle seule, caractériser une erreur manifeste d'appréciation commise par la préfète de l'Oise, ce d'autant qu'il ressort des pièces du dossier qu'aucune demande de titre de séjour n'était en cours d'instruction à la date d'édiction de l'arrêté attaqué et que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent, au contraire, à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir.
19. Par ailleurs, l'intéressé, qui se prévaut de la présence en France de cousins, oncle et tante, ne fait pas état, par la seule affirmation non démontrée selon laquelle qu'il entretient " une relation durable et stable avec une femme ", de liens d'une nature autre que familiale tissés sur le territoire national et n'établit, pas plus d'ailleurs qu'il n'allègue, qu'il existerait un obstacle sérieux à sa réinsertion tant personnelle que professionnelle en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-deux ans au moins. En outre, les circonstances rappelées à la barre selon laquelle M. A, sans charge de famille, dispose d'un bail locatif, de comptes bancaires ainsi que de nombreuses fiches de paie ne sauraient suffire, eu égard aux éléments qui viennent d'être exposés, à traduire son insertion sur le territoire français.
20. Dès lors, il résulte des deux points qui précèdent que c'est sans méconnaître les dispositions citées au point 17 que la préfète de l'Oise a obligé M. A à quitter le territoire français, en dépit des efforts qu'il a déployés en vue de son intégration par le travail.
21. D'autre part, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, compte tenu de l'ensemble des éléments qui viennent d'être décrits, que la préfète de l'Oise aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'emporte la décision attaquée sur la situation personnelle de M. A. Un tel moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
22. D'une part, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Par ailleurs, l'article L. 612-3 de ce code prévoit que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".
23. Quand bien même les faits de conduite d'un véhicule sans permis ayant conduit à son placement en garde à vue le 20 avril 2024 ne sauraient traduire l'adoption par le requérant d'un comportement tel qu'il présenterait une menace pour l'ordre public, la préfète de l'Oise a relevé que l'intéressé ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes au motif, non contesté, que M. A, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que l'autorité préfectorale aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de ce que l'intéressé entre dans le champ d'application du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
24. D'autre part, les circonstances, à les supposer toutes avérées, tirées de sa durée de présence en France, du fait qu'il dispose de nombreux biens, qu'il peut justifier de son identité et qu'il dispose d'un contrat de travail ainsi que d'un lieu de résidence stable ne sauraient traduire, compte tenu des motifs précédemment exposés, une erreur manifeste d'appréciation commise par la préfète de l'Oise au regard des conséquences qu'emporte le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire sur la situation personnelle de M. A.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
25. D'une part, eu égard à ce qui vient d'être exposé aux points 22 à 24, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.
26. D'autre part, en dépit du fait que le requérant n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et de la circonstance que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré récemment sur le territoire français et qu'il ne justifie pas entretenir des liens particulièrement intenses et stables avec les membres de sa famille, ni davantage avec la " compagne " dont il invoque, sans l'établir, la présence sur le territoire national. Dès lors, la préfète de l'Oise a pu, sans porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant assignation à résidence :
27. D'une part, aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français ". En outre, l'article L. 733-2 de ce code dispose que : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures () ". L'article R. 733-1 du même code prévoit que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
28. Si les décisions d'assignation à résidence prévues par les dispositions citées au point précédent ne sont pas assimilables à des mesures privatives de liberté, les modalités de ces mesures susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. Elles ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir, ni au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les dispositions de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
29. La décision attaquée fait obligation à M. A de se présenter les lundi, mardi et vendredi matin à la gendarmerie de Saint-Crépin-Ibouvillers ainsi que de demeurer dans les locaux où il réside, au 8 rue Basse à Saint-Crépin Ibouvillers, chaque jour entre 05 heures 30 et 07 heures 30 et lui interdit de sortir du département de l'Oise sans autorisation. Si M. A soutient que la décision contestée est, compte tenu de ses modalités, disproportionnée au regard de l'objectif poursuivi, il ne ressort toutefois aucunement des pièces du dossier, alors que ce dernier a déclaré un domicile à Saint-Crépin-Ibouvillers, que la préfète de l'Oise, en l'y assignant à résidence et en l'obligeant d'y demeurer de 05 heures 30 à 07 heures 30, heures pendant lesquelles son conseil a déclaré à la barre " qu'il dormait ", a fait peser sur ce dernier des obligations excessives, ce d'autant qu'il ne se prévaut d'aucune contrainte inhérente à sa vie privée comme professionnelle. Par suite, le moyen tiré du caractère disproportionné de la mesure d'assignation à résidence doit être écarté.
30. D'autre part, en se bornant à soutenir que la décision portant assignation à résidence " ne trouve aucune justification au regard de sa situation ", M. A n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, et ainsi qu'il vient d'être dit, ce dernier ne fait état d'aucun élément précis et circonstancié de nature à démontrer que la décision attaquée, du fait des obligations ci-dessus rappelées, porterait à sa liberté d'aller et venir une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Il s'ensuit que le dernier moyen de la requête ne peut qu'être écarté.
31. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions relatives aux frais de l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2024.
La magistrate désignée,
Signé
P. BEAUCOURTLa greffière,
Signé
A. RIBIÈRE
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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