samedi 27 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401587 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ALEXANDRE |
Vu les procédures suivantes :
I) Par une requête, enregistrée sous le n° 2401587 le 22 avril 2024, M. E B, représenté par Me Alexandre, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit la circulation sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait révélant un défaut d'examen de sa situation personnelle dès lors qu'il n'est pas incarcéré au centre pénitentiaire de Beauvais ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- il méconnaît le point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.
II) Par une requête, enregistrée sous le n° 2401588 le 22 avril 2024, M. E B, représenté par Me Alexandre, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il se prévaut des mêmes moyens que ceux exposés dans la requête n° 2401588.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Beaucourt, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beaucourt, magistrate désignée,
- les observations de Me Alexandre, représentant M. A B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête et par les mêmes moyens,
- et les observations de M. A B, qui indique, en réponse aux questions posées par la magistrate désignée, qu'il réalise, dans le cadre de son suivi par le service pénitentiaire d'insertion et de probation, des bilans sanguins réguliers démontrant le comportement responsable qu'il adopte vis-à-vis de son addiction passée, qu'il est séparé de la mère de ses plus jeunes enfants depuis le 11 juillet 2019, date à laquelle cette dernière a abandonné la cellule familiale, que son plus jeune garçon, en rémission d'un cancer, poursuit un suivi au centre hospitalier d'Amiens, que sa fille est actuellement scolarisée en classe de quatrième, que ses deux enfants mineurs n'entretiennent, pour l'heure, aucun lien avec leur mère laquelle n'a pas exercé le droit de visite qui lui a été octroyé par le juge des affaires familiales et qu'enfin, il n'a fait l'objet d'aucune incarcération récente en établissement pénitentiaire mais a été assujetti à une période de détention à domicile sous surveillance électronique durant laquelle il a pu continuer à pourvoir intégralement à l'éducation et à l'entretien de ses deux enfants ainsi qu'à l'accomplissement des actes nécessaires à la santé de son fils.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A B, ressortissant portugais né le 30 septembre 1973, déclare être entré en France au mois de mai 1987. Par un arrêté du 15 avril 2024, dont il demande l'annulation par sa requête enregistrée sous le n° 2401587, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit la circulation sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an. Par un arrêté du lendemain, dont M. A B sollicite également l'annulation par la requête enregistrée sous le n° 2401588, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
2. Les requêtes n° 2401587 et n° 2401588, présentées pour M. A B, concernent la même personne et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 15 avril 2024 :
3. Aux termes du point 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent des enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur des enfants doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
4. Il est constant que M. A B est père de cinq enfants dont deux enfants français mineurs, une fille née le 17 juin 2010 et un fils né le 1er janvier 2013, de son union avec une ressortissante française de laquelle il est séparé depuis le mois de juillet 2019. Il ressort des pièces du dossier que sur saisine de l'intéressé, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Compiègne, après avoir rappelé que l'autorité parentale était exercée conjointement par les deux parents sur leurs enfants, a, par un jugement rendu le 22 septembre 2020, réservé une exception s'agissant des actes de l'autorité parentale nécessaires à la santé du jeune garçon dont l'accomplissement revient exclusivement à son père, a fixé la résidence habituelle des enfants au domicile de ce dernier et a octroyé un droit de visite à la mère à raison de deux fois par mois dans un espace de rencontre dédié.
5. Les mentions de ce même jugement, corroborées par les déclarations du requérant, nullement contestée, en réponse aux questions posées par la magistrate désignée lors de l'audience publique, révèlent que s'il est vrai que M. A B a souffert, par le passé, de problèmes d'addiction à l'alcool, ce dernier, par le comportement responsable qu'il adopte en vue de les traiter durablement, ne présente plus d'attitude témoignant d'un ancrage dans la déviance et démontre, au contraire de son ancienne compagne laquelle, si elle dispose de l'autorité parentale conjointe, ne s'est jamais approprié le droit de visite dont les modalités ont été fixées à son bénéfice par le juge aux affaires familiales, une mobilisation attentive ainsi qu'un investissement considérable dans l'entretien, l'éducation et l'avenir de ses deux enfants mineurs, et notamment dans le suivi médical régulier dont bénéficie toujours son fils au centre hospitalier d'Amiens après les traitements du cancer dont il est désormais en rémission.
6. Par suite, eu égard à la nécessité de la présence de M. A B auprès de ses enfants et tout particulièrement de son fils pour lequel il est le seul parent à pouvoir accomplir les actes nécessaires à son état de santé, la préfète de l'Oise, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, a, dans les circonstances caractéristiques de l'espèce, méconnu les stipulations du point de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 15 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, celles fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement et portant interdiction de circulation sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 16 avril 2024 :
8. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
9. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la mesure portant assignation à résidence est expressément fondée sur la circonstance que, en application du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A B fait l'objet d'un arrêté du 15 avril 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai. Par suite, l'annulation de cette dernière décision, et des décisions afférentes, prononcée par le présent jugement entraîne l'annulation, par voie de conséquence, de celle assignant M. A B à résidence.
Sur l'injonction :
10. L'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
11. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique, conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il soit procédé au réexamen de la situation de M. A B. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Oise d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme globale de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A B et non compris dans les dépens sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 15 avril 2024 de la préfète de l'Oise est annulé.
Article 2 : L'arrêté du 16 avril 2024 de la préfète de l'Oise est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Oise de procéder au réexamen de la situation de M. A B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : L'État versera à M. A B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et à la préfète de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2024.
La magistrate désignée,
Signé
P. BEAUCOURTLa greffière,
Signé
A. RIBIÈRE
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2401587 et 2401588
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026