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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401694

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401694

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401694
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU4
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de la Somme a refusé le renouvellement de son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle vit en France depuis deux ans, n'a jamais constitué une menace pour l'ordre public et manifeste la volonté de s'insérer professionnellement ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle craint pour sa vie, sa liberté et sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine ;

- il méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'il prend effet en pleine année scolaire et est de nature à bouleverser l'équilibre de ses enfants ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée.

Par un mémoire enregistré le 21 mai 2024 la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Binand, magistrat désigné.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante guinéenne née le 16 mars 1993, est entrée en France le 19 septembre 2022 démunie de visa de long séjour. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 16 mars 2024. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de la Somme a refusé le renouvellement de son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français sous trente jours et fixant le pays de renvoi :

2. En premier lieu, si la requérante soutient que ces décisions contenues dans l'arrêté attaqué sont insuffisamment motivées, il ressort de l'examen de cet arrêté qu'y sont indiqués les dispositions législatives et règlementaires dont il est fait application et les motifs de fait sur lesquels l'autorité préfectorale s'est fondée. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la requérante disposerait d'attaches familiales stables et intenses en France, où elle n'est entrée que récemment en septembre 2022, à l'âge de vingt-neuf ans ni qu'elle serait dépourvue d'attaches dans son pays d'origine. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sous trente jours et fixe le pays de renvoi méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, ces décisions ne sont pas entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

4. En troisième lieu, s'il ressort des pièces du dossier, et notamment d'un certificat médical établi le 9 avril 2024 en Côte d'Ivoire, que sa sœur a fait l'objet d'une excision, Mme B n'établit pas être personnellement exposée à une telle pratique en cas de retour dans son pays d'origine, nonobstant les témoignages insuffisamment probants produits au dossier. En outre, Mme B ne saurait se prévaloir d'un certificat médical établi le 25 août 2020 en Guinée et prétendant que sa fille C aurait fait l'objet d'une excision, dès lors qu'il ressort de la confrontation des autres pièces du dossier que cette dernière, âgée de trois ans et scolarisée en toute petite section, est née en 2021. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. En quatrième lieu, si Mme B soutient que l'arrêté attaqué, qui intervient en cours d'année scolaire, a pour effet de bouleverser l'équilibre de ses trois enfants scolarisés à Abbeville, ceux-ci ont vocation à l'accompagner dans leur pays d'origine afin d'y reconstituer la cellule familiale et rien ne fait obstacle à ce qu'ils y poursuivent leur scolarité, encore peu avancée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

6. En vertu de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français à un étranger auquel un délai de départ volontaire est accordé pour y satisfaire, d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. L'article L. 612-10 du même code prévoit que, pour l'édiction et la durée d'une telle interdiction de retour il est tenu compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

7. Il résulte des dispositions rappelées au point précédent que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs.

8. En l'espèce, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que pour décider d'interdire Mme B de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de la Somme s'est fondé sur l'entrée récente de l'intéressée sur le territoire, la nature des attaches dont elle dispose en France et a pris en considération les circonstances qu'elle n'avait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que son comportement ne troublait pas l'ordre public. Ainsi, au regard de ce qui a été dit aux deux points précédents, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais non compris dans les dépens de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de la Somme et à Me Tourbier.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 30 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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