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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401710

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401710

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401710
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantDOGAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 avril 2024, M. A B, représenté par Me Dogan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise a rejeté sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision d'abrogation du document de séjour est insuffisamment motivée ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant la Turquie comme pays de renvoi méconnait les stipulations de

l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Galle , magistrate désignée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né le 12 décembre 1995, déclare être entré sur le territoire français le 1er janvier 2023. Le 19 janvier 2023, il a déposé une demande d'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile par une décision du 13 novembre 2023, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 12 mars 2024. Par un arrêté du 5 avril 2024 dont l'intéressé demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Turquie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions législatives et règlementaires dont il fait application, notamment l'article L. 611-1, 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique les circonstances de fait et de droit sur lesquelles la décision de refus de titre de séjour se fonde, notamment la circonstance que l'OFPRA et la CNDA ont rejeté la demande d'asile du requérant. Enfin, la seule circonstance que l'arrêté attaqué ne vise pas l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne suffit pas à démontrer le caractère insuffisant de la motivation en droit de l'arrêté attaqué, qui, en tout état de cause, vise les articles L. 542-1 et L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Si M. B soutient qu'il est marié à une ressortissante française, le mariage n'a été célébré que le 15 mars 2024, soit très peu de temps avant la décision attaquée. Le requérant n'établit pas avoir partagé la vie de son épouse sur une période antérieure significative et n'a pas d'enfant. En outre, M. B n'établit ni ne plus disposer d'attaches dans son pays d'origine ni ne pouvoir y réaliser, s'il s'y croit fondé, les démarches pour rejoindre régulièrement son épouse sur le territoire français. Enfin, si M. B fait valoir qu'il est titulaire d'un contrat à durée indéterminée depuis le 21 février 2024, en tant que plombier et monteur sprinkler au sein de la SAS ISPI Sprinkler et produit à l'appui de ces allégations deux bulletins de salaire de février et mars 2024, ces seuls éléments sont très récents à la date de la décision attaquée et le requérant ne justifie pas de qualification, d'une expérience ou d'un diplôme spécifiques. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas, en l'espèce, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au regard des buts en vue desquels elle a été prise.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. M. B se prévaut de craintes pour sa vie ou sa liberté en cas de retour en Turquie. Toutefois il n'apporte aucun élément circonstancié à l'appui de ses allégations, en se bornant à se référer, sans les produire à l'instance, aux nouvelles pièces versées au soutien de sa demande d'asile, qui d'ailleurs a été définitivement rejetée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de l'Oise et à Me Dogan.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 15 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Galle

Le greffier,

Signé

J-F. Langlois

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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