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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401726

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401726

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401726
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2024 M. C A, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel le préfet du Nord a prononcé son transfert aux autorités italiennes ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de prendre en charge l'instruction de sa demande d'asile, ou de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle méconnait l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 ;

- il n'est pas établi que les autorités italiennes ont été destinataires d'une demande de transfert ni qu'elles ont accepté le transfert ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

Le 7 mai 2024, le préfet du Nord a produit les pièces du dossier de M. A.

Par une décision du 29 mai 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de Mme Galle, magistrate désignée,

- les observations de Me Niquet, substituant Me Tourbier, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 6 juin 2000, s'est présenté à la préfecture de l'Oise le 22 novembre 2023, en vue de déposer une demande d'asile. Le 15 décembre 2023, les autorités italiennes ont été saisies d'une demande de prise en charge sur le fondement des dispositions de l'article 13, paragraphe 1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Les autorités italiennes ont donné leur accord implicite à la prise en charge de M. A le 16 février 2024. Par un arrêté du 24 avril 2024, notifié le même jour, le préfet du Nord a décidé du transfert de l'intéressé aux autorités italiennes.

2. En premier lieu, par un arrêté du 4 avril 2024, publié le 5 avril 2024 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme D B, adjointe à la cheffe du bureau de l'asile, à l'effet de signer, en particulier, les décisions de transfert. Le moyen d'incompétence du signataire de la décision litigieuse, qui manque en fait, doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Il précise que M. A a demandé l'asile en France le 22 novembre 2023, que les autorités italiennes, saisies par la France le 15 décembre 2023 sur le fondement du paragraphe 1 de l'article 13 de ce règlement, ont implicitement accepté de le prendre en charge le 16 février 2024. Dès lors, l'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante pour permettre au requérant de comprendre les motifs de la décision et, le cas échéant, d'exercer utilement son recours. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu délivrer, lors d'un entretien individuel, le 22 novembre 2023 des brochures d'informations en langue française, comprise lue et parlée par l'intéressé, dont l'une dite " A " intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de ma demande ' ", l'autre dite " B " intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". Le préfet du Nord produit une copie de chacune des brochures remises au requérant portant la signature de l'intéressé. Ces deux brochures comportent l'ensemble des informations rendues obligatoires par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que les autorités italiennes ont accusé réception le 15 décembre 2023 de la demande de prise en charge de M. A par un courriel transmis sur le réseau Dublinet. L'absence de réponse à cette demande a fait naitre une décision implicite d'acceptation de cette prise en charge le 16 février 2023. Par suite le moyen tiré de ce qu'aucun accord des autorités italiennes n'est intervenu pour la prise en charge du requérant doit être écarté.

6. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord a procédé à un examen complet de la situation de M. A.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Il résulte de ces dispositions que si le préfet peut refuser l'admission au séjour d'un demandeur d'asile au motif que la responsabilité de l'examen de cette demande relève de la compétence d'un autre Etat membre, il n'est pas tenu de le faire et peut autoriser une telle admission au séjour en vue de permettre l'examen d'une demande d'asile présentée en France.

8. Si M. A fait valoir que l'Italie présente des défaillances systémiques en matière d'accueil des demandeurs d'asile, et soutient qu'il n'a pas bénéficié d'une prise en charge lors de son passage en Italie, le requérant n'apporte aucune précision à l'appui de cette allégation. La circonstance, également alléguée, que le requérant dispose d'un logement en France, qu'il maitrise la langue française et qu'il est pris en charge par des associations alors qu'il n'est pas établi qu'il pourra bénéficier d'une telle prise en charge en Italie ne suffit pas, en outre, à établir que le préfet aurait dû faire application de l'article 17 précité pour l'autoriser à présenter sa demande d'asile en France. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire application des dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel le préfet du Nord a ordonné son transfert aux autorités italiennes. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Tourbier, et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La magistrate désignée

Signé

C. Galle

La greffière

Signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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