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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401748

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401748

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mai 2024, M. B A, représenté par

Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Sénégal comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle n'énonce pas les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile trouvaient à s'appliquer à sa situation ;

- elle méconnait son droit à la vie privée, dès lors qu'il justifie d'une intégration dans la société française, d'une résidence de quatre ans et que le centre de ses attaches personnelles et familiales s'y trouve ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 29 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 juin 2024 à 12 heures.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

15 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Thérain, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 20 novembre 1996, déclare être entré en France le 18 octobre 2019, sous couvert d'un visa long séjour délivré en qualité d'étudiant. Il a présenté, le 13 décembre 2022, une demande de titre de séjour en cette même qualité sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 avril 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Sénégal comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, si M. A soutient que l'arrêté du 3 avril 2024 est insuffisamment motivé, il ressort des pièces du dossier que cette décision vise les dispositions législatives dont elle fait application et indique les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Au surplus, le requérant ne démontre pas s'être prévalu devant l'autorité administrative de circonstances particulières dont le défaut de mention constituerait un vice de motivation. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté est insuffisamment motivé ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entre et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ". Selon l'article L. 412-1 du code même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

4. Il résulte par ailleurs de la rubrique 25 de l'annexe de l'arrêté du 4 mai 2022 fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance des titres de séjour prévus par le livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que, s'agissant des moyens d'existence, en cas de prise en charge par un tiers, l'intéressé doit justifier du versement de sommes permettant d'atteindre le montant mensuel requis de 615 euros, au moyen d'attestations bancaires de la programmation de virements réguliers ou d'une attestation sur l'honneur de versement des sommes.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a obtenu en juin 2021 le diplôme en vue duquel un visa de long séjour en qualité d'étudiant lui avait été délivré en 2019 et n'a pas ultérieurement demandé de titre de séjour en cette même qualité, soit au titre des années 2021/2022 et 2022/2023. Dans ces conditions, à la suite de sa reprise d'études en première année d'un cycle ingénierie-éco-énergétique au titre de l'année 2023/2024 et alors qu'il avait perdu le bénéfice du visa de long séjour précédemment délivré, la préfète a opposé à bon droit à sa demande l'absence de nouvelle délivrance préalable d'un tel document, exigée par les dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, alors que l'intéressé n'entre pas dans le champ des exceptions à cette obligation. L'intéressé ne conteste en outre pas ne pas disposer des ressources suffisantes également exigées par les mêmes dispositions. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entre et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur leur fondement.

6. Par ailleurs, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise a commis une erreur de droit dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile en lui opposant l'absence de moyens d'existence suffisants, dès lors que cette circonstance lui a été exclusivement et à bon droit opposée sur le fondement de l'article L. 422-1 précité.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. A, célibataire et sans enfant à sa charge, n'établit avoir qu'une relation personnelle avec son hébergeur. Par ailleurs, il ne réside en France que depuis 3 ans et 6 mois et ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a résidé jusqu'à ses 23 ans, ni d'obstacles à y retourner pour poursuivre ses études. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Pour les mêmes raisons que celles énoncées au point précédent, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans la mise en œuvre du pouvoir de régularisation de la préfète ni dans l'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

S. Thérain

L'assesseur le plus ancien,

signé

A. Rondepierre

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2401748

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