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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401761

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401761

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401761
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU2
Avocat requérantWACQUIER LOUIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mai 2024, M. A C, représenté par Me Wacquier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays dont il a la nationalité comme pays à destination duquel il est susceptible être reconduit ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;

- elle est insuffisamment motivée et prise sans examen de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme ;

Sur le pays de destination :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;

- la décision attaquée est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur de droit.

Par mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier et notamment les pièces de M. C, enregistrées le 29 mai 2024 et communiquées le même jour.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Truy pour statuer sur les demandes telles que celles faisant l'objet du litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Truy, magistrat désigné ;

- les observations de Me Wacquier, représentant M. C, qui reprend les conclusions et moyens de la requête, précise la situation familiale de M. C en insistant sur les risques encourus en cas de retour au pays en raison de sa volonté affichée de refuser la tâche de chef coutumier, en présence de M. B, interprète en langue lingala.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant congolais, né le 11 novembre 1983, déclare être entré en France pour y formuler une demande d'asile. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par décision de la préfète de l'Oise en date du 5 avril 2024. M. C en demande l'annulation.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du

10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, par un arrêté du 14 septembre 2023, régulièrement publié le même jour au numéro spécial du recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Oise, la préfète de ce département a donné délégation à M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer notamment toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus en matière de police des étrangers par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". En particulier, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

6. L'arrêté attaqué du 5 avril 2024 mentionne les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que, au demeurant, de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et développe les motifs retenus au soutien de la décision en litige. A cet égard, la préfète de l'Oise, après avoir mentionné les éléments constituant la situation personnelle de M. C, a indiqué, au visa du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que ce dernier est entré et se maintient irrégulièrement sur le territoire français sans rechercher la régularisation de sa situation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision en cause, qui n'est pas rédigée de façon stéréotypée, ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient M. C, la préfète ne s'est pas crue tenue de prononcer une obligation de quitter le territoire français à la suite des décisions de refus de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile, et a procédé à un examen de la situation personnelle du requérant en fonction des éléments portés à sa connaissance.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui est arrivé récemment en France et n'établit pas être isolé au pays d'origine où résident, selon ses indications à l'audience, sa femme et ses quatre enfants. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne le pays de destination :

10. En premier lieu, compte-tenu de ce qui a été dit aux points 4 à 9, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel il sera reconduit en cas d'exécution de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet serait illégale à raison de l'illégalité de cette dernière.

11. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Personne ne peut infliger à quiconque des blessures ou des tortures () ".

12. Si M. C fait valoir que la décision fixant le pays de renvoi méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il se borne à soutenir qu'il pourrait subir des atteintes à son droit à la vie ainsi que des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, le requérant n'apporte aucune précision à l'appui de ces allégations autres que des considérations générales sur les pratiques en usage au Congo, alors que par ailleurs, sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, lequel s'est notamment prononcé sur les pratiques coutumières au Congo et les allégations de M. C, mais aussi par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

13. En dernier lieu, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur de fait ne sont assortis d'aucune précision permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Wacquier et à la préfète de l'Oise.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle d'Amiens.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

G. Truy

La greffière,

Signé

F. Joly

La République mande et ordonne à la préfète l'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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